#Mali : Samba Coulibaly : «L’accord d’Alger appartient désormais aux livres d’histoire»

Dans cette interview, le président du parti Nouvel espoir pour le Mali (Nema) passe en revue l’actualité, l’adresse du chef de l’État à la nation, le processus de paix, les défis et les perspectives de la Transition. Samba Coulibaly aborde également la reconquête de Kidal par les Forces armées maliennes (FAMa) et les différentes crises

Publié mardi 09 janvier 2024 à 07:03
#Mali : Samba Coulibaly : «L’accord d’Alger appartient désormais aux livres d’histoire»

L’Essor : Quel regard portez-vous sur la situation socio-politique du pays?

Samba Coulibaly : La situation sociopolitique du pays se caractérise par une perte de confiance sans précédent à la classe politique. Les partis politiques, de plus en plus silencieux, sont dans une phase de reconquête de cette confiance jadis trahie par la mauvaise gouvernance, laissant la place à une Transition de plus en plus populaire. Pour le parti Nema, des succès, comme la restauration de la souveraineté du Mali dont la reprise de Kidal aux groupes armés, sont des motifs qui devraient conduire les Maliens à l’union sacrée. En ce sens, il est impératif que des initiatives politiques soient prises par les partis. Sur le plan social, le climat reste tendu à cause de la crise énergétique et des récentes interpellations. 

 

L’Essor : Quelle appréciation faites-vous du discours tenu par le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta lors du passage au Nouvel an ?

Samba Coulibaly : Le parti Nema retient le caractère hautement présidentiel de ce discours, en ce sens que c’est un message d’espoir, de cohésion et de paix. L’invitation à la mise en place d’un comité chargé de réfléchir sur la cohésion nationale démontre à suffisance l’importance de la volonté politique aux fins d’un  retour définitif à la paix et au développement. Le discours est caractéristique d’un président reconnaissant de la résilience du peuple malien. Il est aussi évocateur de la détermination des FAMa, dont je salue le sacrifice, dans la reconquête de l’intégrité territoriale du Mali, dans une vision de souveraineté clairement affichée.

Le président de la Transition a, entre autres, évoqué le problème de la Société énergie du Mali (EDM S.A) et les solutions d’urgence qui sont envisagées dans les prochains jours. Ces indications présidentielles ont été accueillies avec une grande satisfaction.

Le parti Nema retient du discours présidentiel de Nouvel an, un précieux outil d’informations politiques devant permettre à chacun de comprendre le présent et l’avenir.

 

L’Essor : L’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger a-t-il encore de l’avenir après le retrait de la Minusma et l’entrée des FAMa à Kidal et à Aguelhock ?

Samba Coulibaly : Bien avant le retrait de la Minusma et l’entrée des FAMa à Kidal et à Aguelhock, l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, était devenu caduc. Puisque dans la Constitution du 22 juillet 2023, le peuple souverain du Mali a opté pour une République indépendante, souveraine, unitaire, indivisible, démocratique, laïque et sociale. Or, l’Accord prévoyait un État régionalisé qui est à l’opposé de l’État unitaire. Le départ de la Minusma et l’entrée des FAMa à Kidal et à Aguelhock sont donc les conséquences de l’adoption de la nouvelle Constitution.  Pour relancer le processus de paix avec les groupes rebelles, le gouvernement invite à une négociation directe entre Maliens pouvant aboutir à des solutions à la malienne. Ce faisant, il pose comme zone rouge, aux négociations les caractères unitaire et laïc de l’État et le multipartisme. On en déduit que l’Accord d’Alger appartient désormais aux livres d’histoire.

Pour notre parti, la souveraineté territoriale unitaire n’est pas négociable. Toutefois, Nema est favorable à la décentralisation territoriale qui vient renforcer l’État dans ses actions de développement.

 

L’Essor : Comment vous percevez la Transition, en termes de défis et de perspectives ?

Samba Coulibaly : L’avènement de la Transition est la conséquence de difficultés vécues dans le pays. Les défis sont nombreux mais de plus en plus la sécurité est maitrisée. Cela facilite la gestion des autres défis comme le terrorisme. La mise en place de l’Alliance des États du Sahel (AES) est une opportunité pour les trois pays membres engagés dans la lutte contre le terrorisme. Le partenariat florissant avec la Russie de Poutine est un tremplin aussi bien dans le domaine sécuritaire que celui de développement. De notre part, il y a urgence et nécessité simplement d’union sacrée des Maliens autour des objectifs de la Transition.

 

L’Essor : Votre mot de la fin ?

Samba Coulibaly : Le parti Nema est préoccupé par la recherche d’une méthodologie politique permettant l’implication de tous les acteurs politiques à la gestion de la Transition. Dans ce cadre, notre formation propose la mise en place rapide d’une commission politique pour discuter et planifier toutes les actions fondamentales relatives à la réussite de la Transition et celles pouvant faciliter le retour à l’ordre constitutionnel normal. Au-delà, le parti reste confiant quant à l’avenir du pays du fait de la résilience des Maliens. 

Je termine en réitérant le soutien du parti Nema aux autorités tout en les invitant à donner plus de place au dialogue pour une sortie de crise.

Propos recueillis par

Namory KOUYATE

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