Pratique démocratique : Regards croisés de deux acteurs politiques

Le Mali a commémoré, samedi dernier, le 26 mars 1991 qui consacre l’avènement de la démocratie. Que peut-on retenir de ces 31 ans de pratique démocratique ? Que faut-il refonder pour consolider notre démocratie ?

Publié mardi 29 mars 2022 à 06:08
Pratique démocratique : Regards croisés de deux acteurs politiques

Deux hommes politiques, de générations différentes, ont répondu à nos questions.

Me Mountaga Tall, acteur du mouvement démocratique et président du CNID-FYT : «LE MOUVEMENT DÉMOCRATIQUE AVAIT COMME MISSION ESSENTIELLE D’INSTAURER LE PLURALISME DÉMOCRATIQUE»

Je pense que le Mali se trouve à un tournant décisif. Il y a aujourd’hui une volonté unanimement exprimée d’aller vers la refondation. Mais, il y a en même temps, un regard très critique sur le passé incluant les trente années de vie démocratique.

Ce que j’entends, n’est pas très favorable aux acteurs de ces trente dernières années. Pour ce qui me concerne, je considère qu’il y a une part de critiques à accepter, mais une part aussi plus importante de malentendus à lever.

Le 26 mars n’est pas qu’une date, il procède d’une vision, d’un esprit, d’une volonté d’instaurer au Mali ce qui manquait le plus à l’époque : la liberté. Je considère pour ma part que la liberté, tout comme l’oxygène, est indispensable pour un homme.

Ceux qui n’ont pas connu les privations de liberté ou la dictature ne peuvent pas apprécier à sa juste valeur, la liberté. Beaucoup posent la question : qu’est-ce que le 26 mars a apporté ? Qu’est-ce que le Mouvement démocratique a apporté ? Il faudrait apporter des éclaircissements.

Le Mouvement démocratique avait comme mission essentielle d’instaurer au Mali le pluralisme démocratique, lequel devait servir de socle pour un développement économique, social, culturel et un mieux-être individuel et collectif.

Le Mouvement démocratique a assuré le pouvoir au Mali du 26 mars 1991 au 8 juin 1992, date à laquelle le flambeau a été transmis à un président élu. Si l’on doit juger le Mouvement démocratique, il faut le faire pour cette période. Et il n’y a aucun doute qu’en termes de gouvernance, tout s’est très bien passé et que le bilan est très positif.

Maintenant, le socle posé, qu’est-ce que les différents régimes ont bâti comme édifice ? Cela ne concerne plus le Mouvement démocratique. Cela s’adresse aux gouvernants et quelquefois aux gouvernés avec des acquis incontestables mais aussi des reculs ou des échecs retentissants.

C’est parce qu’il y a eu ces reculs et ces échecs que le M5-RFP (Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques) a décidé de s’assumer et d’apporter au Mali, une gestion plus patriotique et plus efficiente.

En clair, refonder le Mali en tirant les enseignements de la mauvaise gouvernance. Parce que ce qu’il y a en cause au Mali, pas seulement pour les derniers régimes déchus mais sur l’ensemble de la période de l’indépendance, c’est la mauvaise gouvernance que quelques-uns assimilent à la démocratie et à ses travers. La démocratie n’a comme alternative que la dictature ou le populisme. Ceux qui ont connu la dictature n’en voudront jamais.

Pendant les dernières années, tous les gouvernements du Mali ont compté des hommes politiques et des acteurs de la société civile, des militaires et des civils, des hommes et des femmes, des gens de différentes générations. Donc, la crise de gouvernance ne s’adresse pas à une catégorie précise, elle s’adresse à ceux qui ont gouverné et quelquefois à ceux qui ne se sont pas assumés en refusant la mauvaise gouvernance.

Si cela est entendu, il ne faut jamais jeter le bébé avec l’eau du bain. Il faut chercher parmi les Maliens, les meilleurs d’entre nous sur la base d’un certain nombre de critères, dont le patriotisme, l’intégrité, la compétence. Bien avant la chute de l’ancien régime, nous avons travaillé sur les Assises nationales de la refondation (ANR) en définissant les contours. Nous avons été heureux et fiers de voir que le peuple malien s’est approprié le concept et la démarche.

Ces ANR ont eu lieu, des documents en sont issus. Il y a aujourd’hui des réflexions en cours pour leur mise en œuvre. La refondation pour moi, c’est ce qui a été retenu par les ANR. Les reformes, ce sont celles qui sont prévues et préconisées par les ANR. Il est vrai que cela ne suffit pas.

Il y a des recommandations qui ne procèdent pas d’une vision stratégique. C’est un document humain. Il y a des faiblesses, il y a aussi des excès. Il faut prendre ce qui est nécessaire, travailler à mettre ces recommandations en œuvre. Certaines ne peuvent pas être différées. Et le reste pourrait être prise en charge par des pouvoirs élus peut-être sur deux, trois voire plusieurs mandats.


Cheick Oumar Diallo, président de l’Association Nouvel horizon Faso Jo Sira : «LE RENFORCEMENT DE LA CULTURE DÉMOCRATIQUE EST UNE PRIORITÉ ABSOLUE»

Je crois que cette date revêt aujourd'hui un caractère extrêmement particulier puisque nous vivons cette commémoration en pleine période de Transition, donc de rupture démocratique. Cela prouve à quel point le chemin a été tortueux et complexe. Ce qu'il faut retenir c’est qu'à ce jour, le pays continue à chercher sa voie vers une démocratie plus équilibrée et surtout plus vertueuse.

En 31 ans de démocratie, les acquis qui devaient être des points de repère pour chacun de nous sont supplantés dans l'imaginaire public par les maux qui l'ont gangrenée à savoir l'impunité, l'injustice sociale, la corruption ou encore les conflits armés.

Ces mauvaises pratiques ont donné le sentiment au citoyen que la démocratie était automatiquement synonyme de mauvaise gouvernance au point qu'aujourd'hui, le débat sur la refondation prend de l'ampleur au sein de l'opinion.

Là encore, on serait tenté de se demander ce qu'il faut refonder : la démocratie ou le citoyen dont les pratiques ont affaibli cette même démocratie. Je crois qu'au terme de ces 31 années d'exercice, nous devons travailler sur nous-mêmes et sur les jeunes générations pour que chacun comprenne que nous n'avons absolument aucune alternative à la démocratie mais qu'en revanche, nous devons farouchement lutter contre les mauvaises pratiques au sein de la démocratie.

Renforcer la culture démocratique comme priorité absolue. Je crois que les réformes prioritaires sont connues de tous. Il s'agit avant tout de travailler à renforcer l'indépendance de notre système judiciaire pour qu'il soit au service du citoyen et permette de placer tout le monde sur un pied d'égalité.

Ensuite, la question du système électoral se pose. Notre mode d'élection est à revoir notamment pour y mettre plus de transparence et de contrôle citoyen du processus depuis son lancement jusqu'à son aboutissement.

Je crois qu'il faut aussi penser à la réforme du secteur de la sécurité. Le pays fait des efforts énormes en matière de sécurisation mais il n'en demeure que le fonctionnement de cet outil est à revoir pour qu'il cadre avec les exigences d'un recrutement par la vocation, une armée plus offensive et qui s'intègre à hauteur de souhait dans une coopération régionale indispensable pour éradiquer le terrorisme du Sahel.

Enfin, la priorité absolue est une réforme du secteur de l'éducation qui est actuellement en panne totale. C'est l'aspect qui m'inquiète le plus. Nous ne préparons absolument aucune relève et ceux qui sont actuellement dans les facultés sont abandonnés à eux-mêmes, sans perspective et sans alternative.

Si nous ne faisons pas d'efforts majeurs pour redynamiser l'éducation nationale, nous ferons face à une bombe sociale bien plus dangereuse que la mauvaise gouvernance : celle du désespoir et de l'absence de perspectives de progrès social. Ces deux facteurs détruisent tout sur leur passage.

Propos recueillis par
Issa DEMBÉLÉ et
Bembablin DOUMBIA

Rédaction Lessor

Lire aussi : 35 ans de démocratie au Mali : Du sacrifice de 1991 à l’exigence de Refondation

Le 26 mars 1991 demeure une date charnière dans l’inconscient collectif malien..

Lire aussi : Célébration du 26 mars: La nécessité de consolider les acquis de la démocratie

26 mars 1991-26 mars 2026, cela fait 35 ans jour pour jour que le Mali commémore la révolution de son peuple pour l'accession à la démocratie..

Lire aussi : France : Le rappeur Maître Gims placé en garde à vue

L’auteur du tube «Je me tire» serait impliqué dans une affaire de blanchiment d’argent en bande organisée.

Lire aussi : Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ : L’espoir est permis en 2026

Le budget 2026 de ce temple de la culture est arrêté en recettes et en dépenses à la somme de 588 millions de Fcfa en 2026, contre environ 616 millions de Fcfa en 2025, soit une baisse de 4,6 %.

Lire aussi : Start-up au Mali : L’accompagnement des incubateurs, un levier pour les jeunes

Des initiatives existent, portées aussi bien par les pouvoirs publics que par les structures d’appui à l’entrepreneuriat. Toutefois, ces efforts demeurent insuffisants pour soutenir pleinement l’innovation.

Lire aussi : ONDD : 75 % des activités réalisées en 2025

Notre pays connaît une transition démographique caractérisée par une jeunesse nombreuse et dynamique. Cette réalité, accompagnée de politiques publiques adaptées, peut constituer un levier puissant pour réduire la pauvreté.

Les articles de l'auteur

Communiqué du conseil des ministres du mercredi 25 mars 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le mercredi 25 mars 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée AssimiGOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 25 mars 2026 à 22:15

COMMUNIQUE DU CONSEIL DES MINISTRES DU MERCREDI 18 MARS 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le mercredi 18 mars 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 18 mars 2026 à 23:29

Bamako: Arrivée de 780 citernes ce mercredi

Selon le ministère de l’Industrie et du Commerce, ce sont plus de 780 camions-citernes qui sont arrivés ce mercredi 18 mars 2026 dans les parkings à Bamako..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 18 mars 2026 à 16:40

Service national des jeunes : Plusieurs activités réalisées en 2025

Le ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba, a présidé, hier, dans la salle de conférences du stade Mamadou Konaté, l’ouverture des travaux de la 9ᵉ session ordinaire du conseil d’administration de la direction du Service national des jeunes (SNJ), dont il assure lui-même la présidence..

Par Rédaction Lessor


Publié vendredi 13 mars 2026 à 10:20

Mali-États-Unis : Pas encore de coopération dans le domaine militaire

Dans le cadre du dialogue politique régulier entre les deux pays, le Mali et les États Unis d’Amérique ont eu des échanges directs, tant avec la représentation diplomatique américaine au Mali qu’avec des Hauts Fonctionnaires américains en provenance de Washington..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 11 mars 2026 à 08:46

Enseignement supérieur : Le Professeur Abdoulaye Djimdé nommé au sommet de la science mondiale

Le Professeur Abdoulaye Djimdé, éminent chercheur à l’Université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako (USTTB), rejoint officiellement le prestigieux Comité scientifique consultatif du Secrétaire général des Nations unies..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 11 mars 2026 à 08:27

Journée internationale de la femme : Zoom sur deux amazones aux parcours exemplaires

A l’occasion de la commémoration du 8 mars, journée internationale de la femme, nous nous sommes intéressés à deux femmes dont le parcours peut inspirer d’autres..

Par Rédaction Lessor


Publié dimanche 08 mars 2026 à 12:20

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner