Présidentielle au Liberia : Quand le président Weah donne la leçon au sein de la Cedeao

Faut-il applaudir George Weah, président sortant du Libéria, pour avoir reconnu sa défaite avant même la déclaration de la commission électorale qui a crédité son challenger, Joseph Boakai, de 50,64% des voix au second tour de la présidentielle du mardi 14 novembre ?

Publié vendredi 15 décembre 2023 à 06:51
Présidentielle au Liberia : Quand le président Weah donne la leçon au sein de la Cedeao

Le président sortant George Weah a reconnu sa défaite à l’issue de l’élection présidentielle

 


La pratique est d’autant plus rare sous le ciel africain que la démocratie et les droits de l’Homme y sont malmenés pour se maintenir au pouvoir, en particulier dans l’espace Cedeao, dont son pays est un des quinze États membres. Cette communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, créée le 28 mai 1975, fait de la bonne gouvernance la pratique la moins bien partagée, surfant sur le déni des droits des peuples à la jouissance de leur souveraineté et de leur richesse.

Les gouvernants, pour maintenir leur pouvoir «éternel», ont transformé l’institution en ce qu’une large majorité des citoyens dépités appelle le syndicat des chefs d’État qui avalise toutes leurs dérives dans la gestion de la cité. Les constitutions sont passées à la moulinette pour en confectionner de nouvelles qui répondent à leur rage de sauvegarder leurs fauteuils. Se trouve ainsi dégommée cette perturbante limitation à deux mandats que les peuples ont imposé pour mettre fin aux interminables règnes et qui aboutissent souvent à une sorte de monarchie intronisant les rejetons des défunts présidents à vie.

Les élections sont si pipées que dans la grande majorité des cas, il n’y a aucune possibilité d’en arriver légalement au renversement du pouvoir en place par la voie des urnes. Les donneurs de leçons que sont la Cedeao et l’Union africaine, ont beau jeu de fermer les yeux sur la répression qui s’abat sur les contestataires et d’avaliser les tricheries à grande échelle, allant jusqu’à proclamer que tout s’est passé dans la transparence et la légalité.

Au regard de ces énormes scandales qui se déroulent sous nos yeux, l’on s’étonne d’entendre ces institutions s’indigner lorsque les pouvoirs, qui ne répondent plus à aucune attente de leurs peuples las de ne pas pouvoir les virer légalement, se trouvent renversés des suites de coups d’État. C’est comme le médecin après la mort quand elles s’égosillent dans la condamnation des changements anticonstitutionnels de gouvernement. Les causes, pourtant bien palpables, sont murées dans une tour de silence coupable. La mauvaise gouvernance, la corruption endémique et le tripatouillage des Constitutions pour s’attribuer un illégal troisième mandat ne donnent lieu à aucune mise en garde de la part de ces institutions.

C’est au milieu de ce fouillis dans la région ouest-africaine où les peuples se trouvent impunément abandonnés à la merci de ces prédateurs du pouvoir, que le président George Weah démontre que le changement démocratique par des voies pacifiques est possible et qu’il ne tient qu’à l’honnêteté des hommes qui nous gouvernent et des institutions censées prôner le bon droit. C’est le temps de l’élégance dans la défaite, a déclaré l’ancienne gloire du foot, au pouvoir depuis 2017 et qui était en quête d’un second mandat.

 Il entend favoriser ainsi un transfert de pouvoir non-violent dans ce pays en quête de stabilité après les années de guerre civile, entre 1989 et 2003, qui a fait plus de 250.000 morts. Par ce geste, le premier Africain Ballon d’or s’attire les éloges de l’étranger et donne une bonne leçon aux hommes et aux institutions qui nous gouvernent que le viol de la conscience des peuples n’est pas une option crédible pour la démocratie et la lutte contre la pauvreté qui gangrène la société africaine.

Espérons que les présidentielles prévues en 2024 en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal, au Ghana, en Mauritanie, au Mali et au Burkina Faso, auront le même dénouement qu’au Libéria. Cependant, ce geste d’élégance n’absout pas le présidentWeah de sa gestion peu performante des affaires du Libéria. Il avait suscité de grands espoirs parmi les classes défavorisées lors de son élection en 2017 dans un contexte économique très défavorable.

Hélas, le nombre de promesses tenues est jugé peu élevé dont la lutte contre la corruption en augmentation et la non mise en place du tribunal censé être chargé de juger les crimes de guerre commis au cours des années de guerre civile. Ces zones d’ombre ne sauraient annihiler l’élégante posture qu’il a adoptée en évitant à son pays de nouveaux tourments et en donnant une bonne leçon à la Cedeao en plein tourment à la recherche de justes repères démocratiques.

Kabiné Bemba  DIAKITÉ

Rédaction Lessor

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