Révision des listes électorales à Bamako : Faible affluence, malgré la prorogation

Débutée le 1er octobre dernier, la révision annuelle des listes électorales, qui devait prendre fin le 31 décembre, a été prorogée jusqu’au 28 février prochain sur toute l’étendue du territoire national ainsi que dans les missions diplomatiques et consulaires du Mali. Mais pour le momment, l’affluence n’est pas au rendez-vous

Publié mardi 28 janvier 2025 à 07:52
Révision des listes électorales à Bamako : Faible affluence, malgré la prorogation

Les électeurs ne se bousculent pas aux portillons des Commissions administratives


Mercredi 22 janvier, il est environ 11 heures 30. Nous sommes à la mairie de Magnambougou en Commune VI du District de Bamako où la révision annuelle des listes électorales (Rale) de 2024 prolongée se déroule. Ici, l’affluence est morose. Les usagers arrivent au compte-goutte.  Les membres de la commission administrative, autour d’une longue table rectangulaire, sont en train de remplir les listes de transfert des électeurs.

«Ces listes ne sont valables que si elles sont signées par tous les membres de la commission», s’empresse de confier un agent. Ces membres au nombre de 38 sont issus de l’administration et des partis politiques. Ibrahim Dicko, un usager, procède au transfert de son bureau de vote de Sabalibougou (Commune V) à Banankabougou (Commune VI). à la demande de l’agent, il présente la photo de sa carte biométrique dans son smartphone.

Après l’inscription de son prénom, nom et nouveau centre de vote sur trois exemplaires de la liste de transfert, le jeune homme d’une trentaine d’années signe ces documents.  «J’ai fait ce transfert pour être proche de mon centre de vote», déclare celui qui a déménagé à Banankabougou depuis 2022. L’autre raison de son acte civique est de participer aux votes lors des prochaines élections dans notre pays. «Le vote est très important puisqu’il nous permet d’élire des gens qui peuvent répondre à nos aspirations. C’est pour cette raison qu’on vote», explique notre interlocuteur.

Il faut dire que tous les habitants de la cité des trois caïmans n’ont pas la même perception qu’Ibrahim Dicko. D’où l’absence d’engouement autour du processus au niveau des Commune VI, V et III du District de Bamako, où notre équipe de reportage s’est rendue en ce mercredi. Cela, malgré l’initiative du gouvernement de proroger la Rale jusqu’au 28 février prochain sur toute l’étendue du territoire national ainsi que dans les missions diplomatiques et consulaires du Mali.

 

20 À 30 PERSONNES PAR JOUR- Il convient de rappeler que l’opération, qui commence d’ordinaire le 1er octobre, prend fin le 31 décembre chaque année. Pour certains membres des commissions administratives, cette prorogation n’a pas atteint les effets escomptés. «Il fallait plutôt organiser une opération spéciale après la période normale», pense un agent.

En effet, il ressort des statistiques des différents sites qu’il y a moins d’affluence qu’avant la prorogation. Si actuellement, la mairie de Magnambougou enregistre 20 à 30 personnes par jour pour le transfert, elle recevait une cinquantaine avant la prorogation. «Souvent, on peut faire des semaines sans que personne ne vienne pour la radiation», se désole Souleymane Mallé, membre de la commission de la localité. Même constat au niveau des Communes V et III où il y a moins d’affluence qu’auparavant, selon les responsables des commissions.

En ce mercredi, les membres de la Commission de la Commune V tournent les pouces. à notre passage sur ce site aux environs de midi, aucun usager n’était visible. D’après le président de la commission, le site enregistre une à deux personnes par jour pour la radiation et le transfert. «Avant la prorogation, c’était vraiment animé. On pouvait avoir 20 à 30 radiations par jour », signale-t-il.

De son côté, le président de la commission de la Commune III, Sory Sidibé dira que malgré la prorogation, les gens ne viennent pas radier leurs parents décédés. Alors que cela est important pour le nettoyage du fichier, selon lui. « Nous ne pouvons pas nous permettre d’enlever les gens. Il faut que les parents se présentent avec les actes dûment établis », explique-t-il.

En ce jour, cette commission a enregistré entre 300 et 400 transferts depuis le début de l’opération. Cependant, pour la radiation, elle a eu 80 radiations sur la base des registres de décès. «On a été obligé de travailler avec ces documents pour faire la radiation. Sinon, depuis que l’opération a commencé, personne n’est venue faire la radiation», indique Sory Sidibé. Avant de signaler le non-paiement de leurs «perdiems».

Les commissions invitent les partis politiques à mobiliser leurs partisans qui sont nouveaux majeurs à venir s’inscrire afin d’avoir un fichier propre. Signalant un manque de communication autour de l’opération, elles demandent au gouvernement de redoubler d’ardeur pour sensibiliser les jeunes à venir s’inscrire sur la liste électorale.

Les commissions procèdent à plusieurs actions. Il s’agit, entre autres, de l’inscription des citoyens en âge de voter sur la liste électorale, disposant d’un Numéro d’identification nationale (Nina), de ceux figurant dans la base de données biométriques de l’état civil avec leurs photos et empreintes digitales, qui rempliront dans l’année en cours, les conditions d’âge pour être électeurs.

Mais aussi des citoyens en âge de voter figurant dans la base de données biométriques de l’état civil n’ayant pas leurs photos et leurs empreintes digitales, enrôlés à la diligence du ministère chargé de l’Administration territoriale, sur présentation du récépissé d’enrôlement ou de la fiche descriptive individuelle.

Il convient de préciser que la radiation concerne les électeurs décédés, ceux inscrits indûment ou par erreur lors de la précédente révision, même si leur inscription n’a fait l’objet d’aucune réclamation. S’y ajoutent les électeurs condamnés à une peine entrainant l’incapacité électorale et de ceux auxquels les tribunaux ont interdit le droit de voter, en application de la loi.

Le transfert porte sur les cas de changement de résidence d’électeurs à l’intérieur d’une même commune, ambassade ou consulat, d’une commune, ambassade ou consulat à une autre, des déplacés, des réfugies maliens de retour dans les communes de leur choix.


**********

Le politologue Mamadou Samaké explique les raisons de la Faible du manque d’engouement 

Expliquant les raisons du manque d’engouement autour de l’opération de révision annuelle des listes électorales (Rale), l’enseignant-chercheur à l’université Kurukanfuga de Bamako (ex-Faculté des sciences administratives et politiques de Bamako), Pr Mamadou Samaké, a imputé la situation à deux aspects. Le premier est relatif à la faible capacité de mobilisation des partis politiques.

D’après l’universitaire, normalement, ce sont les formations politiques qui doivent inciter leurs militants, nouveaux majeurs à aller s’inscrire sur les listes électorales. Il expliquera ensuite que c’est à partir de la révision des listes électorales qu’on détermine le corps électoral, c’est-à-dire ceux qui sont habilités à aller voter. « Donc, un parti qui veut gagner les élections, c’est à partir de ce moment qu’il faut mobiliser les militants à s’enregistrer sur les listes électorales », estime-t-il. 

Le second aspect que l’enseignant-chercheur évoque a trait à l’incivisme des citoyens. Pour lui, on n’a pas compris que la carte d’électeur peut être un moyen de sanction. « Si un pouvoir ne travaille pas ou ne remplit pas le programme qu’il a soumis aux citoyens, normalement, c’est à partir des élections qu’il faut le sanctionner », signale le politologue. Et de poursuivre : « …si vous n’êtes pas inscrit sur la liste électorale, il est évident que vous ne pourrez pas voter ».
     
Pour renverser la tendance, le spécialiste conseille de sortir de l’inscription automatique. D’après Pr Mamadou Samaké, la révision se fait actuellement sur la base de cahier de recensement. « Dès lors que tu as 18 ans, automatiquement, ton nom est inscrit sur la liste électorale.
Ce qui fait qu’aujourd’hui la liste est artificiellement gonflée», déclare-t-il.

Notre interlocuteur indique que rares sont ceux qui vont déclarer les décès au niveau de l’état civil dans notre pays, sauf ceux qui ont des problèmes d’héritage. Alors que les personnes décédées doivent être normalement radiées de la liste électorale. «Mais, ce n’est pas toujours le cas», déplore Pr Mamadou Samaké qui ajoute à cela, la non-fiabilité de l’état civil.

Il rappelle que les élections de 1997 ont été annulées, car la liste électorale n’était pas fiable, selon l’argument de la Cour constitutionnelle d’alors. Et depuis cette date, souligne le politologue, les partis politiques se sont toujours plaints de la non-fiabilité de la liste électorale. « Donc, cette opération de mise à jour consiste à radier ceux qui sont déjà morts et à transférer ceux qui ont changé de résidence.

Malheureusement, les gens changent de résidence sans le déclarer », soutient l’enseignant-chercheur. Avant de signaler que l’objectif de la révision annuelle des listes électorales est d’avoir un fichier propre afin d’éviter la fraude électorale.

Bembablin DOUMBIA

Lire aussi : 35 ans de démocratie au Mali : Du sacrifice de 1991 à l’exigence de Refondation

Le 26 mars 1991 demeure une date charnière dans l’inconscient collectif malien..

Lire aussi : Célébration du 26 mars: La nécessité de consolider les acquis de la démocratie

26 mars 1991-26 mars 2026, cela fait 35 ans jour pour jour que le Mali commémore la révolution de son peuple pour l'accession à la démocratie..

Lire aussi : France : Le rappeur Maître Gims placé en garde à vue

L’auteur du tube «Je me tire» serait impliqué dans une affaire de blanchiment d’argent en bande organisée.

Lire aussi : Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ : L’espoir est permis en 2026

Le budget 2026 de ce temple de la culture est arrêté en recettes et en dépenses à la somme de 588 millions de Fcfa en 2026, contre environ 616 millions de Fcfa en 2025, soit une baisse de 4,6 %.

Lire aussi : Start-up au Mali : L’accompagnement des incubateurs, un levier pour les jeunes

Des initiatives existent, portées aussi bien par les pouvoirs publics que par les structures d’appui à l’entrepreneuriat. Toutefois, ces efforts demeurent insuffisants pour soutenir pleinement l’innovation.

Lire aussi : ONDD : 75 % des activités réalisées en 2025

Notre pays connaît une transition démographique caractérisée par une jeunesse nombreuse et dynamique. Cette réalité, accompagnée de politiques publiques adaptées, peut constituer un levier puissant pour réduire la pauvreté.

Les articles de l'auteur

Sécurité alimentaire : Une distribution de près de 20.000 tonnes de vivres prévue en 2026

Le gouvernement malien a partagé ce mercredi 25 mars, le Plan national de réponse à la sécurité alimentaire (PNR) 2026 avec les partenaires techniques et financiers impliqués dans les actions de sécurité alimentaire. La session organisée, à cet effet, s'est tenue au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mercredi 25 mars 2026 à 20:37

Aige : Huit agents distingués par la Nation

Au nom du Président de la Transition, le Grand chancelier des ordres nationaux, le Général de brigade Amadou Sagafourou Guèye, a procédé, hier au siège de l’Autorité indépendante de gestion des élections (Aige), à la décoration de huit agents de cette structure..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mercredi 25 mars 2026 à 08:46

Fête du Ramadan : Le Président Goïta prône la paix et le vivre ensemble

À la fin de la prière collective, jeudi dernier au Palais de Koulouba, le Général d’armée Assimi Goïta a salué l’initiative «Sunkalo solidarité» durant le mois béni et les efforts des Forces de défense et de sécurité pour la stabilité de notre pays.

Par Bembablin DOUMBIA


Publié lundi 23 mars 2026 à 08:19

Fête de Ramadan : Le Président Goïta prône le vivre ensemble dans le pays

A l'occasion de la fête de l´Aïd-el Fitr, communément appelée Fête de Ramadan, le Président de la Transition, le Général d'armée Assimi Goïta a participé, au Palais de Koulouba, à la prière collective..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié jeudi 19 mars 2026 à 11:54

Uemoa : le rapport annuel 2025 de la commission présenté aux parlementaires de l’Union

Le document dresse le bilan de l'année écoulée et partage les perspectives sur le processus d’intégration de l’union.

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mardi 17 mars 2026 à 08:29

Cercle de Yélimané : Les FAMa portent un coup dur aux groupes terroristes

L'État-major général des Armées informe que, dans le cadre des opérations de surveillance du territoire, ce samedi 14 mars, les vecteurs aériens des Forces armées maliennes (FAMa) ont pris en filature trois motocyclistes des groupes armés terroristes qui ont rejoint d'autres individus non loin de Sinewali dans le Cercle de Yélimané..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié dimanche 15 mars 2026 à 05:15

57è session ordinaire du Cip-Uemoa : une pile de recommandations pour renforcer l’intégration au sein de l’espace

Les travaux de la 57è session ordinaire du Comité interparlementaire de l’Union économique et monétaire Ouest africaine (Cip-Uemoa) se sont achevés ce samedi 14 mars à Bamako..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié samedi 14 mars 2026 à 16:46

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner