Situation socio-politique : Suivez le regard de Dr Aly Tounkara

Dans les lignes qui suivent, le directeur du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S) livre son analyse sur la récente visite du président de la Transition du Burkina au Mali et la fin de l’opération Barkhane au Sahel. Le sociologue se prononce aussi sur la question de la laïcité et sur l’institution d’une Journée nationale des légitimités traditionnelles.

Publié mardi 15 novembre 2022 à 06:51
Situation socio-politique : Suivez le regard de Dr Aly Tounkara

Pour le chercheur, la visite président Ibrahim Traoré au Mali n’a rien de surprenant pour qui connaît l’état dans lequel se trouvent les  frontières des deux pays en termes de présence militaire.

Selon lui, les militaires  burkinabés avaient déserté les frontières avec le Mali depuis le mois de décembre. Seules quelques poches de la gendarmerie étaient, par moments et par endroits, présentes de façon sporadique. Pour le directeur du CE3S, cette visite, au-delà d’une déclaration officielle, chercherait à reprendre ces activités militaires conjointes entre Bamako et Ouagadougou.

D’après lui, lors de cette visite, les différents états-majors auraient abordé la question des partages de renseignement et même de collecte d’informations sur les groupes radicaux qui sévissent dans ces deux pays. Il s’agit  notamment de ceux du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans avec la Katiba d’Amadoun Kouffa au Mali et ceux de Malam Diaffar Dicko  au Burkina Faso.


Dr Tounkara fait savoir que cette visite s’inscrit fondamentalement dans la reprise des actions militaires conjointes, dans le possible soutien aérien que le Mali pourrait apporter au  Burkina Faso au besoin. Mais aussi, le renforcement et même la mutualisation des renseignements et informations sur les groupes radicaux violents.

Parlant de l’annonce de la fin de l’opération Barkhane par le président Emmanuel Macron, le chercheur dira que cela peut être inscrit  dans un effet communicationnel. Pour Aly Tounkara, il chercherait à coup sûr, à défaut d’être légitimé par les Sahéliens, une certaine acceptabilité de l’opinion publique sahélienne vis-à-vis de la présence militaire française dans le Sahel.


«Cette annonce du président Macron vise à apaiser le sentiment anti-politique militaire français qui s’exprime dans les rues sahéliennes. Mais dans le même temps, par cette annonce, Emmanuel Macron chercherait également à rassurer ses nouveaux alliés dont le Niger de cette nouvelle volonté de la France d’opérer dorénavant de concert avec les pays avec lesquels, elle serait en partenariat en termes de coopération militaire», explique-t-il.

Pour le directeur du CE3S, c’est un gage d’assurance que le président Macron a voulu donner par cette annonce. Mais en termes de contenu, il n’y a rien de subséquent à retenir. Dr Tounkara pense qu’il est important que les Sahéliens comprennent qu’au-delà de cette annonce, la défense et la securité reviennent avant tout à l’élite politique au pouvoir dans les États.

Pour lui, tous les efforts des partenaires qu’ils soient Russes, Portugais, Arabes, Iraniens, Américains, doivent venir s’ajouter à ceux déjà consentis par les hommes et femmes en charge des questions de défense et de securité dans nos pays.

 

RÈGLEMENTER LES PRÊCHES-Le chercheur s’est aussi prononcé sur la question de la laïcité dans notre pays. Pour Dr Tounkara,  la laïcité est un concept qui fâche au Mali parce qu’il est loin d’être compris. Mieux, il estime que c’est un concept instrumentalisé voire  manipulé à la fois par certains acteurs politiques et religieux.

C’est pourquoi, il dira que la laïcité dans le contexte malien mérite une attention particulière. Selon lui, les gens sont plus dans la sensation religieuse que dans la compréhension religieuse. Le directeur du CE3S soutient que l’état du Mali a été longtemps absent en termes de réglementation des faits cultuels et même culturels dans l’espace public malien. Il a rappelé que la dernière règlementation de l’État du Mali vis-à-vis des faits religieux remonte à 1962. Et depuis cette date, aucun texte officiel n’a été adopté vis-à-vis du fait religieux.

D’où toute la pertinence de sortir du sensationnel religieux, de la crise idéologique et de s’attaquer à cette question avec rigueur sans qu’il y ait d’interface de la Péninsule arabique, du Proche ou Moyen-Orient ou même de l’Afrique du Nord dans ce débat. Pour lui, c’est un débat  qui doit être mené aujourd’hui entre Maliens, coreligionnaires.

Dr Aly Tounkara trouve qu’il n’est pas normal que dans un Etat, des hommes et des femmes s’adonnent à des activités de prêches sans pour autant obtenir les qualifications requises à cet effet.


Il soutient que  dans tous les pays à dominance musulmane qu’on soit en Mauritanie, en Algérie, au Maroc, en Arabie saoudite, en Iran, pour prêcher, la condition est d’avoir au minimum le niveau licence dans les études théologiques.


Selon lui, toutes les tentatives de réformes du fait religieux au Mali de 1962 à nos jours ont échoué parce que beaucoup d’hommes et de femmes qui tiennent des prêches ne sont pas outillés théologiquement et n’ont pas la légitimité religieuse pour le faire.


Le directeur du CE3S estime que le prêche ne doit pas se faire dans  l’amateurisme. Il nécessite des études très approfondies en théologie musulmane pour un musulman ou en théologie chrétienne pour un chrétien.  

Enfin, Dr Aly Tounkara s’est prononcé sur la question des légitimités traditionnelles auxquelles une journée a été consacrée par les autorités de la Transition.

Pour le chercheur, les légitimités qu’elles soient traditionnelles ou religieuses dans le contexte malien, dans toutes les aires culturelles et  sur tout le territoire national, remplissent des fonctions de prévention, de gestion des tensions et des conflits.


Consacrer une journée aux légitimités traditionnelle, à vue d’œil, est une bonne chose, estime notre interlocuteur, ajoutant que les rôles et les places qui doivent revenir à ces légitimités doivent être au préalable définis. 

Dieudonné DIAMA

Lire aussi : Mali : De nouveaux numéros verts disponibles

Le nombre de chiffres des numéros d’appel d’urgence des services de sécurité et de la Protection civile a été réduit de plusieurs chiffres. L'objectif est de permettre aux citoyens de signaler rapidement les incidents, les dangers ou les situations nécessitant l'intervention des services .

Lire aussi : Communiqué du conseil des ministres du mercredi 25 mars 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le mercredi 25 mars 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée AssimiGOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat..

Lire aussi : Sécurité alimentaire : Une distribution de près de 20.000 tonnes de vivres prévue en 2026

Le gouvernement malien a partagé ce mercredi 25 mars, le Plan national de réponse à la sécurité alimentaire (PNR) 2026 avec les partenaires techniques et financiers impliqués dans les actions de sécurité alimentaire. La session organisée, à cet effet, s'est tenue au ministère des Affaires.

Lire aussi : COMMUNIQUE DU CONSEIL DES MINISTRES DU MERCREDI 18 MARS 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le mercredi 18 mars 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat..

Lire aussi : Le Président Assimi Goïta : «Il doit y avoir un changement notoire dans la vie quotidienne de nos communes»

Au terme de la cérémonie, le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a accordé une interview à la presse au cours de laquelle il s’est félicité, à travers cette initiative, de la mise en œuvre d’une recommandation des Assises nationales de la refondation..

Lire aussi : Fonds minier de développement local : Les communes empochent plus de 18 milliards de Fcfa

Les chèques géants remis hier aux bénéficiaires par le Chef de l’Etat, le Général d’armée Assimi Goïta, varient de 4,20 millions de Fcfa à 3,39 milliards de Fcfa.

Les articles de l'auteur

Amap : Abdel Kader Maïga, nouveau directeur de l’Agence nationale de presse du Mali

Dans la vague de nomination opérée au niveau de l’Agence malienne de presse et de publicité (Amap) il y a quelques jours, Abdel Kader Maïga prend les rênes de l’Agence nationale de presse du Mali..

Par Dieudonné DIAMA


Publié vendredi 20 février 2026 à 08:43

Palais de Koulouba : Un dîner à l’honneur des présidents Tiani et Traoré

Dans le cadre de la 2è session du collège des Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES), le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta a offert un dîner à l’honneur de ses hôtes le Général d’armée Abdourahamane Tiani du Niger et le Capitaine Ibrahim Traoré du Burkina Faso, au palais de Koulouba dans la soirée du lundi dernier..

Par Dieudonné DIAMA


Publié mercredi 24 décembre 2025 à 08:32

Présidence de la Confédération AES : Le riche héritage du général d’armée Assimi Goïta

La Confédération des états du Sahel (Confédération AES) sous le leadership et la présidence du Général d’armée Assimi Goïta est aujourd’hui une réalité géopolitique au Sahel, en Afrique de l’Ouest et en Afrique de façon générale avec laquelle il faut désormais compter. Cette alliance créée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger pour faire face aux défis communs sur le plan sécuritaire et de développement est en train de faire son petit bonhomme de chemin..

Par Dieudonné DIAMA


Publié lundi 22 décembre 2025 à 08:57

Gestion de la crise des hydrocarbures : Comment le gouvernement et les opérateurs pétroliers ont déjoué les pronostics

Ces derniers mois ont été marqués par un changement de posture des groupes armés terroristes qui ont décidé de s’attaquer aux sources d’approvisionnement du pays en produits pétroliers dans le but d’asphyxier l’économie nationale et de révolter les populations contre les autorités..

Par Dieudonné DIAMA


Publié mardi 09 décembre 2025 à 08:51

Couverture de la 2è session du Collège des Chefs d’État de la Confédération AES : Les médias intéressés invités à se manifester pour les accréditations

La 2è session du collège des Chefs d’Etat de la Confédération des Etats du Sahel (AES) se tiendra à Bamako les 22 et 23 décembre prochains. En prélude à cette importante rencontre, la commission nationale d’organisation est à pied d’œuvre pour une éclatante réussite..

Par Dieudonné DIAMA


Publié mardi 09 décembre 2025 à 08:43

Boubacar Samaké, président du COSAES Libye : «Les trois Chefs d’État de l’AES sont des libérateurs et des patriotes engagés»

Dans cet entretien, Boubacar Samaké, président du Comité de soutien à l’Alliance des États du Sahel en Libye (COSAES Libye), explique les raisons qui ont motivé la création de son association. Il appelle les populations de la Confédération des États du Sahel (AES) à soutenir les Chefs d’État du Mali, du Burkina Faso et du Niger qu’il qualifie de messies, de libérateurs et de patriotes engagés..

Par Dieudonné DIAMA


Publié mercredi 03 décembre 2025 à 08:55

Dr Aly Tounkara : «Nous assistons à une réduction nette de l’intensité des conflits…»

Dans cet entretien, le directeur exécutif du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel(CE3S) livre son analyse sur la nouvelle posture des groupes radicaux violents qui s’attaquent désormais aux sources de ravitaillement du pays en carburant. Dr Aly Tounkara se prononce aussi sur les informations non fondées circulant sur un éventuel encerclement de Bamako et sur les actions à mener par les autorités pour contrer ces fausses informations alarmistes.

Par Dieudonné DIAMA


Publié mardi 25 novembre 2025 à 08:34

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner