Environnement : Les femmes de Siby à l’avant-garde de la sauvegarde

En plus d’être de ferventes agricultrices, les femmes de Siby sont aussi de véritables gardiennes de la nature. Elles assurent la protection de l’environnement avec leur savoir-faire

Publié mercredi 15 octobre 2025 à 09:13
Environnement : Les femmes de Siby à l’avant-garde de la sauvegarde

Ces plantes sont nourries à l’aide des déchets issus de la production

 

Toujours en première ligne, nos héroïnes s’engagent consciemment et même inconsciemment dans des pratiques respectueuses de la nature. Ce, à travers le ramassage des noix de karité et la production du beurre selon des techniques à la fois traditionnelles et modernes qui ne polluent pas le sol, et le reboisement avec des essences locales comme le néré, le karité ou encore le caïlcédrat. Avec les femmes de Siby, les déchets issus de la production sont valorisés. Selon Filifing Koumaré, commerciale à la Maison du Karité, «les femmes de la coopérative tiennent toujours compte de l’aspect écologique dans leurs productions». Elle illustre ses propos par le fait que lors du processus de fabrication, les eaux usées ne sont pas versées au sol. Elles sont récupérées pour être mélangées à la boue en vue de renforcer la structure des murs des maisons en banco. Ce composant terre-effluents issus des résidus de transformation a pour avantage de consolider les murs pour les rendre plus résistants et imperméables aux intempéries.

«C’est une technique traditionnelle ancienne qui protège à la fois nos maisons et l’environnement. Nos mères adoptaient cette pratique sans même se douter un instant qu’elles rendaient service à l’écologie. Elles étaient et restent soucieuses de la protection et du bien-être de la nature qui les fait vivre. Et nous ne faisons que prendre graine leur exemple», ajoute-t-elle. À la Maison du Karité, comme dans les champs, cette mentalité écologique est bien ancrée. Les agricultrices à l’instar de Nastou Koné, sont exemplaires. «Ici, nous privilégions surtout les déchets comme intrants. C’est ce qu’on appelle «Sunugun nôgô». Nous savons combien cela aide la terre, alors chacune utilise ses déchets pour fertiliser le sol», confie-t-elle.

Le Capitaine Abdoul Salam Fané, chef du service local des Eaux et Forêts de Siby, confirme les pratiques des femmes interrogées. Il assure sans détour que les femmes de Siby contribuent fortement à la protection de l’environnement. Cela passe surtout par le ramassage des noix de karité et la transformation des produits forestiers non ligneux comme le miel. Selon lui, le ramassage des noix par les femmes contribue non seulement à l’assainissement du milieu, mais aussi à l’approvisionnement des localités voisines comme Sanankoroba et Banankoroni.

SOUCIEUSES DE LA PRÉSERVATION- Le Capitaine Fané va plus loin en confirmant que les responsables de la dégradation des forêts sont dans la plupart des cas les hommes, souvent venus d’autres localités. Il estime par contre que les femmes font le nécessaire pour limiter les dégâts malgré leurs besoins en bois de chauffe et de charbon.

Conscient des défis, il salue les projets qui forment les femmes aux pratiques agricoles plus durables. «Chaque année, nous organisons une journée écologique pour les sensibiliser à la protection de l’environnement. Les résultats sont fort heureusement probants. La coopérative des femmes de la Maison du Karité dispose aujourd’hui d’une parcelle de cinq hectares entièrement dédiée à la reforestation en karité. C’est une preuve de leur engagement», se réjouit-il. Et d’ajouter que la consolidation de ces acquis, passe par la formation des femmes à la transformation des produits forestiers non ligneux comme le miel, le karité ou le néré.

Sur la question, le maire de la Commune de Siby, Daouda Kéita, a un avis nuancé. Il reconnaît que les femmes de Siby sont soucieuses de la préservation de l’environnement et de la protection des arbres qui les nourrissent. Toutefois, il dénonce la coupe du bois par certaines femmes. Le maire concède cependant que ces actes sont motivés par la nécessité, non par la cupidité des gains pécuniaires.

Pour y remédier, la mairie collabore avec les services forestiers et les associations féminines afin de mener des campagnes de sensibilisation. Il salue la création d’un comité de défense de l’environnement, qui inflige des sanctions financières lourdes allant de 50.000 à 100.000 Fcfa en cas de coupe illégale d’arbres protégés comme le karité ou le néré. «Notre objectif n’est pas seulement de faire de la répression une arme dissuasive, mais d’éduquer et de sensibiliser à la protection de l’environnement. La terre de Siby est notre richesse commune et il incombe à chacun de s’investir à sa protection», conclut-il avec fermeté.

DEMBÉLÉ Siguéta Salimata

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