Une vue des participants à l’atelier
Face aux défis persistants liés à la fertilité des sols et à l’approvisionnement en intrants agricoles, les acteurs du secteur agricole renforcent leur concertation, afin d’améliorer la productivité et garantir la sécurité alimentaire. C’est dans cette optique que se tient, depuis hier dans un hôtel de la place, l’Atelier national sur les synergies régionales pour la santé des sols et les marchés des intrants agricoles au Mali.
La cérémonie d’ouverture des travaux était présidée par la conseillère technique au ministère de l’Agriculture, Mme Fatoumata Coulibaly Traoré. Elle a enregistré la présence du directeur pays de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) au Mali, le Pr Bocar Ahamadou Touré, ainsi que de nombreux acteurs du secteur agricole.
Cette rencontre de deux jours fait suite au dialogue régional organisé en décembre 2025 à Accra, au Ghana, qui avait réuni les pays sahéliens et côtiers de la région. Parmi les principales recommandations issues de cette rencontre figurait l’organisation de dialogues nationaux, afin de renforcer la coordination entre les différents acteurs. Organisé dans le cadre de la mise en œuvre du programme « Soil Values », l’atelier vise à mobiliser des partenariats, harmoniser les interventions et promouvoir des politiques ainsi que des pratiques favorisant une gestion durable des sols. Il ambitionne également de renforcer la coordination nationale et d’élaborer des feuilles de route opérationnelles pour améliorer l’accès aux intrants agricoles et la gestion de la fertilité des sols au Mali.
Selon le directeur pays d’AGRA, le Mali, à l’instar de plusieurs pays sahéliens, évolue dans un contexte marqué par de nombreuses vulnérabilités structurelles, notamment l’enclavement, la dépendance aux corridors régionaux, la volatilité des coûts logistiques, les contraintes réglementaires et l’insuffisance de coordination entre les acteurs publics et privés.
Pour le Pr Bocar Ahamadou Touré, l’accès aux intrants agricoles ne peut plus être considéré comme une simple question opérationnelle. « Il s’agit d’un levier essentiel de transformation agricole et d’un déterminant majeur de notre capacité collective à sécuriser la production, à soutenir les producteurs et à préserver notre ambition de développement agricole », a-t-il déclaré.
Il a également insisté sur la nécessité d’accorder une attention particulière à la santé des sols. Selon lui, la performance agricole durable repose non seulement sur la disponibilité des engrais et autres intrants, mais aussi sur leur utilisation efficiente dans une approche intégrée de gestion durable de la fertilité. La dégradation progressive des sols, conjuguée à l’irrégularité de l’accès à des intrants de qualité, compromet la productivité agricole, la rentabilité des exploitations et la résilience des systèmes de production.
LES PREMIERES PLUIES DEJA ENREGISTREES- Pour le responsable d’AGRA, le défi est donc double : garantir un accès à des intrants de qualité, disponibles à temps et à coût maîtrisé, tout en inscrivant cet accès dans une vision plus large de restauration de la fertilité des sols et de transformation structurelle de l’agriculture malienne. « L’enjeu de cet atelier n’est pas seulement de partager des informations, mais de construire un consensus national capable de déboucher sur des actions concrètes », a-t-il affirmé, avant de réitérer l’engagement de son organisation à accompagner cette dynamique.
Prenant la parole, le président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM), Sanoussi Bouya Sylla, a rappelé l’importance de la santé des sols pour un pays à vocation agro-sylvo-pastorale comme le Mali. Il a souligné que les terres agricoles sont exploitées de génération en génération sans possibilité réelle d’extension. « Notre devoir aujourd’hui est de transmettre aux générations futures des terres en bonne santé », a-t-il insisté, invitant les participants à faire de cet atelier un cadre de réflexion porteur d’espoir pour le monde agricole. De son côté, le président du Collectif des fournisseurs d’intrants agricoles du Mali, Youssouf Coulibaly, a salué l’initiative, estimant qu’elle offre une opportunité aux différents acteurs de partager leurs préoccupations avec les décideurs politiques et les autres maillons de la chaîne de valeur agricole.
Il a toutefois attiré l’attention sur les difficultés actuelles d’approvisionnement. Selon lui, les premières pluies ont déjà été enregistrées, alors que le taux de couverture des besoins en intrants demeure insuffisant. « Il y a urgence. Des décisions rapides doivent être prises. Il faut réunir les acteurs, afin que chacun assume pleinement sa part de responsabilité et définisse clairement les actions qu’il peut mener », a-t-il plaidé.
Pour sa part, la conseillère technique au ministère de l’Agriculture a rappelé que plusieurs obstacles continuent d’entraver la circulation efficace des intrants agricoles entre les pays sahéliens enclavés et les pays côtiers. Il s’agit notamment de la fragmentation des marchés, des contraintes logistiques, des disparités réglementaires et du manque de coordination des investissements.
Mme Fatoumata Coulibaly Traoré a enfin invité les participants à tirer pleinement profit des travaux en s’appuyant sur les enseignements et recommandations issus des précédentes rencontres, afin de formuler des solutions adaptées aux réalités du secteur agricole malien.
Amadou GUEGUERE
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