En cause : les réseaux sociaux qui font aujourd’hui peser sur
eux une menace existentielle. Cela, en remettant en cause la viabilité
du modèle économique qui a jusqu’ici permis leur essor fulgurant, et en
les privant du public : lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, qui
continuent de migrer vers les plateformes digitales.
Un nouveau
rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science
et la culture (Unesco), publié en mars dernier et qui a examiné les
tendances mondiales en matière de liberté d’expression et de
développement des médias de 2016 à 2021, attire l’attention sur cette
situation qui tend à devenir une «menace» contre le droit à
l’information. Audience ou auditoire dont dépendent en grande partie les
ressources financières des médias conventionnelles.
En effet, au
cours des cinq dernières années, le public et les revenus publicitaires
ont tous deux expatrié en grand nombre vers les plateformes Internet,
selon l’étude. «Google et Meta/Facebook absorbent désormais environ la
moitié de l’ensemble des dépenses publicitaires numériques mondiales,
tandis que ces cinq dernières années, les recettes publicitaires
mondiales perçues par les journaux ont diminué de moitié», précise
l’Unesco, dans un communiqué.
Les professionnels des médias
n’échappent pas aux conséquences de cette baisse drastique des recettes
publicitaires mondiales perçues par les journaux. En la matière, la
présence dominante des médias sociaux a entraîné une diminution de la
demande de journalisme imprimé traditionnel. Et comme pour ne rien
résoudre à la situation, les fausses informations liées à la pandémie de
Covid-19 se sont répandues sur les réseaux sociaux.
Plus
d’un million de messages contenant des informations inexactes, peu
fiables ou trompeuses sur la pandémie ont circulé sur Twitter en
septembre 2020, selon l’Observatoire de l’infodémie liée à la Covid-19,
une initiative de la Fondation Bruno Kessler. Entraînant ainsi les
fermetures de salles de presse et les suppressions d’emplois dans ce
secteur, en particulier dans les pays du Sud, souligne l’Unesco. Deux
tiers des journalistes sentent que leurs emplois sont plus précaires en
raison des pressions économiques liées à la pandémie, selon des données
du Centre international des journalistes.
Pour y faire face,
l’agence onusienne appelle les gouvernements à soutenir la viabilité
économique des médias d’information indépendants tout en respectant
l’autonomie professionnelle des journalistes. Les décideurs peuvent, par
exemple, offrir des avantages fiscaux aux organes d’information
indépendants, d’une manière qui soit équitable, transparente et qui ne
compromette pas l’indépendance éditoriale, proposent ses experts. Elle
suggère de développer l’éducation aux médias et à l’information, pour
apprendre à tous les citoyens la différence entre des informations
fiables et vérifiées et celles non vérifiées.
Cheick Moctar TRAORE
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