C'est une période de vaches maigres pour les coiffeurs
Pendant ce Ramadan, la gent féminine ne se bouscule pas aux portillons des salons de coiffure. Pour s’en convaincre, il suffit de faire le tour de quelques uns de ces temples de la beauté. C’est une période de vaches maigres pour les promoteurs et promotrices de salons de coiffure. Les femmes qui représentent majoritairement la clientèle des salons de coiffure optent pour la sobriété pendant ce mois de grande spiritualité et de dévotion. Un silence de cathédrale règne dans les salons alors que d’habitude les coins grouillent de monde, notamment de femmes qui viennent se faire belles pour les cérémonies sociales (baptêmes, mariages et autres).
Les salons sont quasiment à l’arrêt, puisqu’il y a moins d’unions célébrées devant les officiers d’état civil. Ce qui explique la situation actuelle des salons de coiffure. Quelques jours après le début du Ramadan, les coiffeurs se plaignent de ne pas tourner à plein régime faute de clientèle. C’est le cas au niveau du salon de coiffure Gaba sis à Yirimadio en Commune VI du District de Bamako.
Ce jour de Ramadan, votre serviteur y pointe le nez aux environs de 14 heures. Le salon est bien paré d’affiches des types de coiffure et le décor est agréable. C’est la morosité. Le promoteur des lieux et ses stagiaires se tournent les pouces. Ousmane Guindo, qui essaie de prendre cette situation avec philosophie, est loin d’être surpris.
Il estime que simplement les choses ont pris une autre dimension cette année. «J’évolue dans la mode depuis 2014, bien avant le Ramadan on pouvait faire une rentrée de 5.000 Fcfa les jours ordinaires et plus pendant les veilles de mariages. Mais le Ramadan complique les choses, car on a difficilement 2.000 Fcfa par jour», explique-t-il.
À son avis, les jeunes ne s’occupent pas d’eux-mêmes pendant ce mois. Ils ont d’autres priorités. Il y a aussi moins de distractions dans la ville, ça aussi c’est un facteur considérable dans la réduction de nos recettes. Nos clients, en cette période, sont les hommes qui viennent pour se coiffer. «Cette rareté de clients vient s’ajouter aux coupures d’électricité même si nous constatons une légère amélioration», commente le coiffeur. Et de poursuivre : «Personnellement, j’évolue dans la coiffure depuis des années. Je ne souhaite plus me reconvertir dans une autre activité.»
Abordant dans le même sens, le coiffeur Bourama Dicko du même quartier exprime à qui veut l’entendre ses amertumes. Je dois payer l’électricité, le local, les aides salons et le salaire de ma maquilleuse. En temps normal, on peut faire une recette de 30.000 Fcfa par jour, mais avec le Ramadan, la recette atteint difficilement 2.500 Fcfa.
C’est le même constat fait par un jeune universitaire qui consacre ses heures libres à la coiffure. Il détient un petit salon à Sébenikoro et explique avoir constaté une baisse des recettes de 3.000 Fcfa à moins. Même là, c’est parce que quelques clients se pointent après la rupture du jeûne.
Mlle Oumou Konaté explique que la période n’est pas propice pour aller dans un salon. Pendant cette période, nous avons aussi l’obligation de changer notre mode d’habillement et d’avoir une coiffure convenable. Donc, c’est un moment de communion et de spiritualité.
Elle évoque aussi un aspect à ne pas négliger, la cherté des denrées pendant le Ramadan, parce que les familles préfèrent consacrer les avoirs aux priorités de ce mois béni. De son côté, Mamadou Bagayoko dit Diallo précise qu’avant ce mois sacré, il gagnait plus de 5.000 Fcfa par jour et les samedi et dimanche plus de 10.000 Fcfa. «Mais depuis que le Ramadan commencé, il peine à réunir 3.000 Fcfa par jour.», souligne-t-il. Il explique ne pas se plaindre, puisqu’il arrive à subvenir aux besoins de sa famille.
Et, d’ajouter que c’est à partir du 25è jour du mois de Ramadan que les coiffeurs retrouveront le sourire. Pour Mme Sidibé, la trentaine, le salon est généralement fréquenté par les jeunes filles. Par contre, la plupart des femmes d’un certain âge utilisent des chapeaux. Ce qui impacte aussi les salons. De l’avis de l’iman Mamourou Diarra à Tiébani, le moment de jeûne n’est pas bien indiqué pour se coiffer. L’érudit ne donne pas plus de détails. Et dans quelques jours, on amorcera le dernier virage du mois de Ramadan et les choses peuvent changer pour les salons de coiffure.
Sinè TRAORE
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