Spécial 22 septembre 2025, Colonel-major à la retraite Ousmane Edmond Korongo : «Le combat est dur mais faisons confiance en notre Armée»

Dans cette interview, le Colonel-major à la retraite Ousmane Edmond Korongo évoque l’évolution de la situation sécuritaire de notre pays depuis l’avènement de la Transition. L’officier supérieur à la retraite s’exprime également sur les nouvelles acquisitions d’équipements militaires et l’initiative de la mise en place d’une force unifiée de 5.000 hommes au sein de la Confédérati on des Etats du Sahel

Publié vendredi 19 septembre 2025 à 19:24
Spécial 22 septembre 2025, Colonel-major à la retraite Ousmane Edmond Korongo : «Le combat est dur mais faisons confiance en notre Armée»

L’Essor : Quelle appréciation faites-vous de l’évolution de la situation sécuritaire de notre pays depuis l’avènement de la Transition ?

Ousmane Edmond Korongo : On ne peut pas parler de la situation sécuritaire présentement sans parler des causes qui nous ont amenés ici, notamment la deuxième rébellion qui a éclaté en 1990 et dont est issu l’accord de Tamanrasset a été signé en 1991. Malheureusement, cet accord n’a pas permis d’instaurer la paix. Une seconde rébellion a éclaté en 2012 avec des terroristes importés d’ailleurs. C’est une guerre qui nous a été imposée. Le Mali, dans toutes ses capacités, n’a pas pu tenir le coup, si bien que sa partie Nord est tombée avec la complicité de plusieurs pays.

Il a fallu signer un autre accord qu’on appelle l’Accord pour la paix et la réconciliation en 2015, qui n’a apporté non plus la paix. En 2013, le Mali a été obligé de faire appel aux Nations unies qui ont déployé la Minusma pour, soit disant, le sauver et l’aider à avoir la paix. Aussi, l’Union Européenne a apporté des unités de formation pour former nos militaires. L’UE a formé nos militaires, mais ne les a pas équipés. En réalité, cette Union européenne a détruit notre système de formation. Donc, la crise s’est accentuée. 

De notre côté, on n’oublie jamais que la crise du Mali est née à cause de la mauvaise gouvernance. Les populations se sont révoltées à cause de certains jugements mal rendus. Le problème foncier passe par-là. Les enfants désœuvrés, étant laissés à eux-mêmes, se sont livrés à du banditisme. C’est pourquoi, lorsque le terrorisme vient, c’est très facile de les embobiner. La Minusma n’a pas amené la paix, au contraire, le Mali est tombé dans une crise totale où des conflits intercommunautaires et intracommunautaires sont nés. C’est dans cette situation horrible que le coup d’Etat du 20 août est intervenu.

Lorsque de nouvelles autorités sont venues, après avoir analysé la situation sécuritaire, elles ont décidé d’équiper l’Armée pour faire face à ce problème. C’est ainsi qu’on a choisi un nouveau partenaire qui est la Russie parce que l’ancien partenaire ne faisait que compliquer notre situation. Avec lui, on s’est rendu compte qu’il était complice. Lorsqu’il y avait l’anniversaire de l’Azawad, les Nations Unies se faisaient représenter à cet évènement. Vous êtes venus pour sauver le Mali et vous êtes partisans des gens qui veulent créer un Etat. Logiquement, ils auraient dû dire non. Après avoir analysé toutes ces situations, les jeunes qui ont vécu cela dans leur chair, ont fait appel à un nouveau partenaire qui a été prêt à nous équiper avec des moyens.

 

L’Essor : Justement, dans le cadre de ce partenariat avec la Russie, on a vu la récupération de Kidal 

Ousmane Edmond Korongo : La récupération de Kidal a eu lieu lorsqu’on s’est équipé. Maintenant, lorsqu’on a été bien équipé, on a dit merde aux Nations unies. On a chassé la Minusma, la force Barkhane et l’EUTM pour notre propre souveraineté. C’est parce que nous avons eu des moyens qu’on leur a dit trop c’est trop ! Allez-y, nous-mêmes, on va se débrouiller.

 

L’Essor : Les autorités de la Transition ont fait de la lutte contre le terrorisme la priorité des priorités. Quelle est votre lecture de cette décision ?

Ousmane Edmond Korongo : L’ancien partenariat avec la France et les autres pays ne nous a pas amené grand-chose. On a été équipé par des moyens dérisoires. On a eu des hélicoptères déjà dépassés. Des hélicoptères qu’on payait et qui étaient cloués au sol deux jours après.

Cela a été fait exprès pour nous endormir et pour aider les terroristes à nous détruire. Raison pour laquelle, on a fait appel à la Russie qui nous a donné des moyens de dernière génération. Ce sont des moyens modernes de l’Armée de terre comme les blindés. Mais aussi ceux de la troisième dimension qui concerne les vecteurs aériens. 

On a eu des vecteurs aériens, des hélicoptères, des avions de chasse, des avions de reconnaissance, des avions de transport et des drones de dernier cri. On ne pouvait pas avoir ces matériels avant. Et malgré la présence de ces pays étrangers qui nous aidaient, on ne pouvait pas voler sur notre propre territoire sans leur permission. Donc, ces moyens nous ont permis de libérer Kidal qui était le bastion de tous les terroristes et les rebelles. Et les puissances étrangères voyaient cela.

Kidal n’était plus une ville malienne. Donc cette libération nous a permis de dire au monde entier que la souveraineté du Mali a commencé tout comme sa libération Cette récupération a été possible grâce aux moyens acquis. La lutte contre le terrorisme ne se fait pas uniquement avec les armes. C’est bien d’avoir des armes de dernier cri mais il faut associer tout le monde. L’Armée est là pour la population et son bien-être. Mais aussi pour sécuriser le pays. Mais il faut collaborer avec la population. Il y a des populations qui se sont révoltées, pas parce qu’elles n’aiment pas l’État, mais à cause de l’injustice créée par la mauvaise gouvernance. Pour remédier à cela, il faut aller vers les populations, les gérer, les conseiller et leur montrer qu’une nouvelle ère a commencé et que cette situation n’arrivera plus.

 

L’Essor : De plus en plus, on assiste à des attaques simultanées des groupes terroristes contre l’armée. En tant qu’officier à la retraite, qu’est-ce qui explique cela ?

Ousmane Edmond Korongo : Lorsqu’on a chassé les anciens partenaires, ils sont partis mais ils n’ont jamais pu digérer cela. Pour eux, le Mali ne peut pas faire face au terrorisme sans eux. Parce qu’ils savent comment ils ont armé ces terroristes. Nous également, on s’est armé avec la Russie et on fait face à eux. Pour que le Mali fasse encore appel à eux, ils ont commencé à aider les terroristes. Toutes les attaques contre les bases militaires et les civils, sont faites uniquement pour faire révolter la population.

 C’est pour que les populations disent, les autorités nous ont chassés, mais notre présence est nécessaire. C’est cela qu’ils veulent faire croire à la population. C’est pour cela que ces terroristes qui sont sans foi  ni loi s’attaquent à tout. Parce que la plupart du temps, ces bandits sont des étrangers. Un vrai Malien ne peut pas égorger ou éventrer son semblable. Ce sont des gens venus d’ailleurs et payés par les puissances étrangères pour faire du mal et pour nous faire tomber. Mais nous restons solides. Le combat est dur mais faisons confiance en nos forces armées et de sécurité.

 

 L’Essor : Les autorités ont décidé de créer le Commandement des opérations spéciales regroupant toutes les forces spéciales. Quelle analyse faites-vous de cela ?

Ousmane Edmond Korongo : Cette une initiative est très importante parce que les forces spéciales d’un pays sont capitales, en ce sens qu’elles font des missions difficiles. Il y a l’armée régulière mais les forces spéciales ont une mission bien différente. Ces forces spéciales existent au niveau de toutes les unités, notamment l’Armée de terre, la gendarmerie, la police nationale, la garde nationale et l’Armée de l’air. Et la grande force spéciale est le Bataillon autonome des forces spéciales et des centres d’aguerrissement (BAFS-CA).  

Le président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, avant le coup d’État, était le chef du bataillon des forces spéciales basé à Sofara. Les forces spéciales du Mali ont rempli des missions importantes. Elles ont été projetées partout, nuit et jour, et leurs prouesses ont été reconnues. Maintenant, compte tenu de la situation sécuritaire, les autorités politiques ont décidé de les regrouper sous  le Commandement des opérations spéciales qu’on appelle le COS.

C’est une structure militaire qui regroupe, coordonne et conduit l’ensemble des forces spéciales. Sa mission principale est de planifier, préparer et conduire les opérations spéciales décidées par les autorités politiques et le chef d’état-major général des Armées. Le domaine d’action du Commandement des opérations spéciales est de lutter contre le terrorisme et les groupes armés, la libération des otages, la reconnaissance stratégique, l’action directe, la neutralisation et l’appui aux forces conventionnelles. La particularité est que les forces spéciales agissent dans la discrétion sur des théâtres sensibles, parfois en amont ou en complément des forces conventionnelles. Le texte a été voté par le Conseil national de Transition (CNT). Maintenant, le Chef de l’Etat va signer un décret pour son application.

 

L’Essor : Les pays de la Confédération AES ont décidé de mutualiser leurs efforts dans la lutte contre le terrorisme, en mettant en place une force unifiée de 5.000 hommes. Quelle appréciation faites-vous de cette initiative ?

Ousmane Edmond Korongo : Lorsqu’on est uni, on se bat mieux. C’est la première fois que des pays en Afrique se réunissent et mettent en place des hommes, des moyens pour se battre ensemble. La mutualisation des moyens des États de l’AES en l’occurrence le Niger, le Mali et le Burkina Faso, dans leur lutte contre le terrorisme, le banditisme, le trafic de tout genre, passe par la mise en place d’une force de défense conjointe. Cette initiative demande également l’élaboration de stratégies communes et le partage des renseignements. Cela veut dire qu’en ce moment, tous ces pays travaillent ensemble.

En plus des armées qui existent dans les pays membres, les 5.000 hommes vont se battre partout. Cette initiative vise aussi à s’attaquer aux causes profondes de l’extrémisme violent par des initiatives de développement socio-économique. Sans sécurité, on ne peut pas avoir de paix. Il faut que les terroristes se sentent traqués. En plus des forces conventionnelles qui existent, ces 5.000 hommes vont travailler à traquer et à neutraliser ces bandits. Nous en sommes fiers. C’est une initiative de taille et appréciée par tout le monde.

Propos recueillis par

Bembablin DOUMBIA

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