Transition numérique : Les médias traditionnels s’adaptent

Ces organes publics ou privés sont entrés, depuis belle lurette, dans l’ère des Nouvelles technologies. Ils disposent, pour la plupart, de plateformes digitales sur lesquelles ils continuent de servir téléspectateurs et lecteurs avec des informations fiables, modernes et accessibles

Publié vendredi 12 décembre 2025 à 08:34
Transition numérique : Les médias traditionnels s’adaptent


La transition numérique est un concept qui a acquis droit de cité dans notre pays depuis quelques années maintenant. La presse classique colle à l’air du temps parce que pour rien au monde, elle n’entend rater le train du progrès, sans pour autant renoncer à sa mission classique et à ses supports traditionnels. Selon Bréhima Touré, ancien directeur général de l’Agence malienne de presse et de publicité (Amap), «il faut que nous ayons des supports numériques performants pour relever le défi».

Au regard de ces propos, peut-on dire que les médias traditionnels s’adaptent à l’évolution du numérique dans un contexte médiatique de plus en plus concurrentiel et innovateur, en vue de répondre à leur mission de service public ? On est tenté de répondre, sans prendre de gants, par l’affirmative parce qu’il suffit de constater les changements opérés, ces derniers temps, pour être en phase avec les technologies numériques. Ainsi, ces médias traditionnels en pleine mutation ont migré progressivement vers le numérique.  Assis derrière son bureau où s’entremêlent documents officiels et machines de dernière génération, le directeur général de l’ORTM, Hassane Baba Diombélé, accepte de verser son avis dans le débat. Il explique que sa structure est passée à l’ère du numérique et des nouvelles technologies en général. Ce qui, selon lui, a profondément changé leur manière de travailler. 

Les rédactions, affirme-t-il, se sont adaptées aux évolutions technologiques. «Autrefois, les équipes en mission devaient rentrer avant de pouvoir traiter et diffuser les informations, ce qui prenait un temps fou. Aujourd’hui, grâce aux outils modernes, les envoyés spéciaux peuvent transmettre leurs reportages en temps réel. Les journalistes-reporters d’images réalisent désormais la collecte, le montage et la mise en voix eux-mêmes, et envoient directement des contenus prêts à diffuser.

Cette évolution facilite aussi le travail avec les correspondants régionaux», déclare le patron de l’ORTM. Celui qui se souvient encore des nuits rythmées par les dépêches d’agence qui tombaient au compte-gouttes, explique que les rédactions d’ORTM1 et ORTM2, mais aussi de la Radio nationale et de la Chaîne 2 s’appuient aujourd’hui instantanément sur un flux d’informations venant des plateformes digitales et des agences de presse.

 Toutefois, Hassane Baba Diombélé reconnaît que cette facilité peut entraîner un «certain laxisme» chez les journalistes, tentés de moins vérifier l’information. L’ORTM s’est solidement installée dans l’univers numérique, grâce à ses plateformes digitales, notamment le site web de la télé (www.ortm.ml) qui est très suivi. «Nous avons aussi les différentes pages que nous animons, la page Facebook, Twitter, c’est dans une moindre mesure, mais nous avons une page YouTube aussi, qui est très utilisée.

Donc, voilà un peu les moyens que nous utilisons», souligne le DG de l’ORTM. Ajoutant que la radio filmée, innovation phare, permet désormais aux auditeurs de suivre en image les émissions à la radio, et une version télévisée de ce format est en expérimentation. «La radio filmée, c’est-à-dire que l’animateur dans le studio de la radio peut se montrer en live avec ses auditeurs, mais qui deviennent tout de suite des téléspectateurs». En outre, ORTM2, rappelle-t-il, est même l’une des premières chaînes 100% numériques du pays.

 Les performances d’audience confirment cet engouement, car il affirme que la plateforme digitale de l’ORTM a enregistré jusqu’à 14 millions de vues lors du 22 septembre dernier. Certaines émissions notamment «Le Grain du Midi» atteignent des niveaux d’audience exceptionnels. «Nous avons la rediffusion des différentes éditions aussi. Et le journal, les différentes éditions matinales de la radio qui sont en direct et qui sont très suivies», cite-t-il avec une pointe de fierté. Pourtant, cette modernisation n’a pas été un long fleuve tranquille.

Dans les coulisses, l’ORTM a dû batailler pour reprendre le contrôle de sa propre page Facebook. «Aujourd’hui, nous avons enfin une main sur ça», souffle Hassane Baba Diombélé. Il s’empressera d’ajouter que la certification est en cours. La monétisation aussi, même si la prudence reste de mise après avoir récupéré le contrôle d’une page Facebook compromise par des administrateurs étrangers.

 

Une direction du numérique en gestation- Pour structurer cette montée en puissance, l’ORTM prévoit la création d’une Direction du numérique, dédiée à la Web TV, au contenu digital et à l’animation des plateformes. C’est l’une des grandes perspectives exposées par le directeur Diombélé et que des formations ont déjà permis à des agents de se spécialiser dans la captation et le montage via le Smartphone.

 Le patron du service public de l’audio-visuel les présente fièrement comme «la nouvelle garde» du numérique. L’objectif, selon lui, est de professionnaliser ce secteur encore peu structuré et répondre à une demande croissante du public en matière de contenus numériques rapides et de qualité. Face à la prolifération des fake news sur les réseaux sociaux, le premier responsable de l’ORTM rappelle que sa structure publique reste soumise à une obligation de rigueur. Le fact-checking et le recoupement systématique des informations demeurent au cœur du métier. Si cette prudence peut donner l’impression que l’ORTM réagit plus lentement à l’actualité, Hassane Baba Diombélé insiste que l’institution n’a «pas droit à l’erreur». Il reconnaît cependant qu’il faudra moderniser certains formats pour répondre à l’exigence d’instantanéité du public, notamment via des bandeaux d’information ou des alertes conditionnelles.

 Sur les défis, le premier responsable évoque un premier défi technique qui implique de disposer de professionnels formés dans le numérique. Beaucoup de jeunes sont passionnés, mais manquent de formation, souligne-t-il. Quant à celui de l’institutionnel, Hassane Baba Diombélé assure que malgré les critiques sur la lenteur supposée du média public, que l’État n’est pas un frein. Le véritable enjeu est d’assurer la fiabilité de chaque information diffusée, car «tout ce que nous donnons porte le sceau de la République», a-t-il soutenu.

 Par ailleurs, le journaliste signale que l’instantanéité totale exige des moyens humains et techniques importants. «Petit à petit, on va y aller», assure toutefois le directeur général. Pour l’heure, la priorité reste claire, dit-il, servir le public avec une information fiable, moderne et accessible sur toutes les plateformes. La future Direction du numérique devrait jouer un rôle central dans cette évolution.

 De son côté, le Quotidien national d’information (L’Essor) n’est pas en marge de ces transformations numériques. Selon son directeur de publication, Souleymane Bobo Tounkara alias SBT, face à l’émergence des réseaux sociaux, le journal s’est engagé résolument dans une modernisation profonde de ses outils et méthodes de travail. «Avec les réseaux sociaux, la donne a complètement changé», reconnaît le directeur, qui observe que les lecteurs se tournent désormais davantage vers les plateformes numériques que vers les médias classiques.

C’est pourquoi, dira-t-il, pour répondre à cette évolution, L’Essor a multiplié les initiatives notamment le développement des plateformes numériques et la mise en place d’un site web (www.lessor.ml), très suivi également. Le développement du site web et des plateformes sociales, affirme le dirpub, constitue aujourd’hui un complément essentiel au journal papier, qui demeure le produit principal du Quotidien.



De gauche à droite: Bréhima Touré ,  Hassane Baba Diombélé et Souleymane Bobo Tounkara alias SBT


 «En Afrique et particulièrement au Mali, le papier a encore de beaux jours devant lui», fait-t-il savoir. La transformation digitale s’est traduite au sein de son journal par la mise en place d’une rédaction web fonctionnant en continu. Cette équipe spécialisée assure un suivi permanent de l’actualité et dispose d’une organisation flexible parce que les journalistes peuvent travailler à distance, renforçant ainsi la réactivité éditoriale. Cette transformation s’accompagne d’une meilleure synergie entre les différents desks. «C’est essentiel pour garantir des pages bien animées et une information de qualité», explique le directeur des publications en français.

 

 Avancée stratégique- Dans sa stratégie numérique, le journal mise sur la diversification des rubriques avec pour objectif de toucher un public jeune, principal utilisateur des nouveaux canaux de communication. La rédaction web a reçu pour mission de créer des contenus adaptés aux centres d’intérêt de cette génération hyperconnectée. Ces initiatives viennent compléter les rubriques traditionnelles et moderniser l’image du journal. S’agissant du modèle économique lié au numérique, SBT indique qu’un dispositif unique n’a pas encore été arrêté.

La direction générale de l’Amap mise pour l’instant sur l’amélioration globale des recettes  du marketing, publicité, partenariats, reportages sponsorisés. «Il est impossible aujourd’hui de fixer un modèle économique parce que les choses évoluent et les partenaires sont différents et la diversification des activités fait qu’on ne peut pas mettre en place un seul modèle. C’est en fonction de l’évolution du journal, de l’audience et des activités des partenaires», précise le directeur.

 La transition numérique s’accompagne de plusieurs défis. Sur le plan technique, le directeur des publications en français mentionne le renforcement de la maîtrise des outils digitaux par l’ensemble du personnel. «Il faut que les journalistes maîtrisent les nouveaux outils digitaux», préconise-t-il, avant d’indiquer que sur le plan institutionnel, la gestion de l’information doit concilier instantanéité et respect de la ligne éditoriale, notamment pour les sujets sensibles nécessitant une validation hiérarchique.

À cela, s’ajoutent les contraintes financières imposées par la situation nationale. «Depuis plus de dix ans, le pays traverse une période difficile. Il faut travailler avec les moyens du bord», admet le directeur. Parmi les grandes ambitions du journal, figure la décentralisation de la rédaction web. L’Amap, éditrice de L’Essor, ambitionne de doter ses bureaux régionaux de rédactions numériques opérationnelles afin d’assurer une couverture totale du territoire. Une avancée stratégique qui pourrait attirer de nouveaux partenaires et renforcer la proximité avec les lecteurs.

Tamba CAMARA

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