Accueil dans les établissements de soins publics : L’angoisse des patients

Certains malades et autres usagers pointent du doigt les conditions d’accueil dans les établissements hospitaliers de la place. D’autres, à tort ou raison, évoquent une négligence coupable des praticiens hospitaliers

Publié lundi 17 novembre 2025 à 08:39
Accueil dans les établissements de soins publics : L’angoisse des patients

Patients et accompagnants devant l’entrée principale (archives)

Ousmane Diarra accompagne régulièrement sa mère à l’hôpital Gabriel Touré. Elle a été victime d’un Accident vasculaire cérébral (AVC). Depuis un mois, elle suit des traitements tous les jours. Déjà, son fils est fatigué de suivre la longue file devant l’entrée de l’hôpital. «Je ne pourrai plus suivre ce rang. J’ai le ticket N°113. Il me vaut plus d’une heure d’attente. Alors que maman souffre, donc, je vais la conduire dans une clinique privée», lance-t-il, quelque peu énervé.

Ousmane Diarra accuse les agents de santé, dans les hôpitaux publics, de n’accorder aucune attention aux patients.

Gaoussou Konaté qui accompagne son grand frère pour des analyses, abonde dans le même sens. Il déplore le comportement irrespectueux de certains agents de santé à l’égard des malades. «Ce qui m’étonne, c’est la désinvolture des agents de santé. Nous avons passé la nuit ici. Les premiers soins ont été faits. Mais ce matin, mon grand frère ne se sent pas bien. J’ai appelé, en vain, plus de trois agents de santé, afin qu’ils viennent le voir», dit-il, l’angoisse dans la voix.

Quant à Sory Diakité, venu rendre visite au jeune frère de son collègue, il a plutôt fait le choix de supporter les frais dans les cliniques que de venir dans les hôpitaux publics. «Même si les consultations dans les cliniques coûtent chères, les malades sont au moins bien pris en charge, bien entretenus et mieux accueillis», soutient-il.

Depuis fort longtemps, le mauvais accueil érode la réputation et l’image de nos grands hôpitaux publics. Il est presque 8 heures, en ce jour de mois d’août, quand nous arrivons à l’hôpital Gabriel Touré. Plus de places pour les motos. Le gardien du parking indique un autre emplacement. À quelques mètres de l’entrée de l’hôpital, une flopée de vendeurs ambulants de cache-nez, chapelets et de crédit de téléphone vous assaillent avec leurs marchandises à bout de bras. Si la clientèle pour le masque est rare, ceux qui veulent acheter du crédit téléphonique, un chapelet ou transférer de l’argent restent nombreux.

Avant de franchir le seuil de cette grande structure sanitaire, une quinquagénaire pousse des cris. Elle se jette par terre tout en hurlant. Rassurez-vous, elle ne souffre pas d’une maladie, mais elle vient de perdre sa fille. Cette dernière avait subi une césarienne. «Elle ne peut pas partir sans me dire au revoir. Hier, quand je la quittais, elle se portait bien», se lamente-t-elle les yeux embués de larmes.

Jeudi 7 août, la salle d’accueil refusait du monde. Toutes les places sont occupées. Des malades entrent de façon continue. Des fracturés du pied, des femmes enceintes et autres. Tous à la recherche d’une seule chose : la santé. Les agents de santé majoritairement en blouses blanches font la navette entre les blocs.   

Ici, les patients se suivent par ordre d’arrivée sur la base des tickets pris à l’entrée. Quatre guichets pour les tickets : trois pour les autres malades et un quatrième pour ceux du régime de l’Assurance maladie obligatoire (AMO). Malgré cette volonté de bonne organisation, parfois, la situation peut tourner à l’altercation.

Deux hommes, dans le rang devant la caisse de l’AMO. Le premier d’un âge plus avancé avait un patient à l’Urgence. Il a demandé à la caissière de faire passer le patient qu’il accompagne. Celui-ci s’est directement dirigé vers la caissière pour expliquer son cas. «Madame, vous pouvez nous aider ! Nous avons un malade à l’Urgence. Il nous faut payer rapidement les médicaments», plaide l’ancien. La dame derrière les vitres, n’a pas posé de problème.

Un deuxième homme, pas content, réagit violemment. «Il ne vaut pas mieux que tous ceux qui attendent ici. Vous devez suivre le rang, comme tout le monde. Nous avons tous une urgence. Ils ne sont pas au-dessus des autres», lance-t-il, sur les nerfs. Après quelques minutes, le calme revient.

 

ENTRE ESPOIR ET IMPATIENCE- Les malades demeurent à l’hôpital, n’ont qu’un seul objectif : avoir un agent de santé pour les soins. Chacun veut que son patient soit pris en charge, le plus vite possible, ignorant que l’hôpital vit une crise de lits : un autre défi pour le service d’accueil des Urgences de l’hôpital. Ici, les patients arrivent dans un état très critique. Parfois, ils sont agonisants, avec un besoin d’assistance médicale rapide.

Vers 11 heures-demi, un patient est arrivé aux Urgences à bord d’un véhicule personnel de couleur grise. Il était vraisemblablement accompagné par des membres de sa famille. Cet homme, qui avait du mal à respirer, serait un hypertendu.

Devant la porte des Urgences, ils attendent plus d’une dizaine de minutes pendant que le malade est resté dans le véhicule. Une femme, assise à côté du chauffeur, les larmes aux yeux, exprimait son désespoir. Le jeune conducteur fait le tour des blocs pour tenter de trouver une place pour le patient. Malheureusement, il n’y avait plus de lits disponibles pour les cas urgents. Ils se sont dirigés vers le Centre hospitalier universitaire (CHU) du Point-G, dans l’espoir d’y trouver une place. Au cours de la journée, des milliers de patients sont renvoyés faute de place.


Le CHU Gabriel Touré est l’un des plus grands hôpitaux du Mali, mais ses Urgences sont souvent surchargées. Le surpeuplement est un défi quotidien. Cet établissement public est confronté au manque de lits, de matériel et de personnel. Les couloirs deviennent des zones d’attente improvisées. Les équipes médicales font preuve d’un dévouement remarquable. «Souvent, nous avons l’impression que nous ne sommes pas dans un espace de soins. Un malade peut faire parfois plus de trois heures avant que les agents de santé n’interviennent. J’ai passé trois jours avec mon père aux Urgence, ce n’est vraiment pas facile. L’accueil n’est pas exempt de critiques», raconte Amadou Ouattara, venu de Koutiala.

Ousmane Sanogo séjourne à l’hôpital depuis plus de dix jours. Il partage ce constat. «Tous les jours, je paie 6.500 Fcfa. Ils disent que cet argent est destiné à nettoyer les salles de nos patients. Cela n’est pas le problème. Ce qui est grave, c’est la disparition de médicaments. J’ai payé une ordonnance à plus de 50.000 Fcfa. La nuit, ces médicaments ont disparu. Ensuite, nos patients peuvent attendre plus de trois heures, sans recevoir de traitement», se plaint-il.

L’accompagnant de patient, dans la soixantaine, rencontré sous un hangar de l’hôpital dit avoir été surpris de voir un agent de santé vendre des médicaments dans le bloc des Urgences. «J’ai vu un agent de santé vendre des médicaments à plus de 100.000 Fcfa. Or, je pense que cela est interdit par la loi. Les médicaments doivent être achetés dans les pharmacies et non à l’hôpital», estime-t-il.

Une autre femme admise aux Urgences, il y a deux mois, affirme que les agents de santé y négligent parfois les malades. «Quand on est malade, le premier soin, c’est le bon accueil de l’agent de santé. Je trouve que c’est le contraire dans nos structures de santé. J’étais hospitalisée ici, il y a juste deux mois. J’ai vu que la qualité de l’accueil laisse à désirer», se souvient notre interlocutrice qui accompagne sa belle-sœur.

 

ARGUMENTS DE LA «DÉFENSE»- Le chef du Département anesthésie réanimation-médicine d’urgence (DARMU), le Pr Diango Djibo explique le fonctionnement et les défis quotidiens de son service. «L’accueil des Urgences ne reçoit que les patients qui sont en urgence. Ce qui veut dire que ce sont ceux qui présentent des détresses. Quand il arrive aux Urgences, il est reçu dans un endroit qu’on appelle l’espace tri.  Cet endroit est dédié essentiellement à séparer des malades très graves et ceux moins graves. Avant qu’il ne rentre dans la structure, on sait déjà sa catégorie», précise le Pr Djibo.

Les cas très graves, sont directement orientés dans la salle de déchoquage. «Ce sont des malades qui ont des détresses au niveau du cerveau, des poumons ou du cœur. Les autres patients classés moins graves, sont envoyés aux urgences», affirme-t-il. Le service d’accueil des Urgences ne peut pas garder un patient pendant plus de 72 heures. Passé ce délai, il est orienté vers un autre secteur.


 «C’est le principe mais pas ce qui se passe dans les faits», indique le premier responsable des Urgences. Faute de place, des patients en AVC dépassent ce délai dans les urgences. «Ces malades peuvent faire plus de trois mois à l’hôpital. Ils sont reçus. Le diagnostic est fait, mais le service de neurologie, qui doit les recevoir après, ne dispose pas d’assez de places. Ils sont gardés aux Urgences plus de 72 heures», a expliqué le Pr Diango.

Le nombre de patients dépasse les capacités d’accueil. C’est ce qui explique la surpopulation des patients au niveau du bloc des Urgences. Parfois, certains sont couchés à terre pour suivre leur traitement. «La capacité des services d’accueil des urgences est de 23 malades. Aujourd’hui, nous recevons quotidiennement, au moins 70 patients. Tous les jours, il y a 7 personnes qui restent dans le service. Pendant trois jours, il n’y a plus de places. C’est pour cette raison, qu’il n’est pas rare de voir des patients couchés à terre», dit le spécialiste.

Ces patients sont nombreux à se plaindre parce qu’ils traînent parfois sans recevoir de traitement. Ils estiment que les agents doivent faire des efforts. «Alors que la loi est très claire. Elle dit que tout patient en urgence, qui se présente à la porte de l’hôpital, a droit à une prise en charge. C’est une obligation», rappelle notre interlocuteur. «Après les soins, ses parents doivent payer les frais. Ceux qui disent que les premiers soins sont gratuits, ne connaissent pas la loi», précise-t-il.

S’agissant de la disparition des médicaments dans les structures de santé, dénoncés par des patients ou accompagnants interrogés à l’hôpital Gabriel Touré, le chef du service des Urgences explique que cela «n’est pas exclu». «Par exemple, vous avez un patient, qui est couché à même le sol, ses médicaments à côté de lui. L’équipe de nettoyage, qui arrive va forcément déplacer ces médicaments. D’où les pertes», fait-t-il savoir.

Le chef des Urgences confirme que la somme 6.500 Fcfa est une obligation pour tous les malades dans le service. «C’est ce qu’on appelle le déchoquage. Tous ceux qui sont aux Urgences de Gabriel Touré, doivent payer à la caisse de l’hôpital 6.500 Fcfa», soutient le Pr Diango Djibo.

Moussa DEMBELE

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