Prise en charge du cancer du sein : Une complémentarité entre médecines moderne et traditionnelle est-elle possible ?

Dans notre pays, on prête le plus souvent, à tort ou raison, de nombreuses vertus à la médecine traditionnelle même le pouvoir de guérir le cancer du sein. Patients, médecins, tradithérapeutes et parents de malades ont des avis divers et divergents sur la question

Publié lundi 10 novembre 2025 à 08:24
Prise en charge du cancer du sein : Une complémentarité entre médecines moderne et traditionnelle est-elle possible ?

Ce mois est celui de la lutte contre le cancer du sein

  

 

«Il vaut mieux aller au boulanger qu’au médecin». Cet adage décrit parfaitement le calvaire des malades, notamment des personnes atteintes par des pathologies chroniques dont la prise en charge coûte la peau des fesses. Ces personnes après avoir dépensé toute leur économie finissent par avoir recours à la médecine, notamment à des vieilles recettes de grand-mère. Dans le cas de la prise en charge du cancer du sein, on rencontre de pareilles situations aussi. La bonne question est de savoir comment la médecine traditionnelle peut-elle intervenir dans le traitement de cette maladie ? Analyses croisées de thérapeutes traditionnels et de survivantes du cancer du sein.

«Les médicaments traditionnels ne peuvent pas guérir le cancer. J’ai fait plus d’une année à suivre des traitements traditionnels, mais cela n’a rien changé. Bien au contraire quand tu te contentes de la médecine traditionnelle, le cancer peut s’aggraver», témoigne Kandia Kanté, admise au Centre hospitalier universitaire (CHU) Point G pour des traitements contre le cancer du sein. Elle explique ressentir un léger mieux depuis  qu’elle suit la chimiothérapie dans cet établissement hospitalier implanté sur les hauteurs de Bamako. «Tous les 21 jours, je fais le sérum. Je pense que mieux vaut prévenir que guérir. Le cancer doit être prévenu», conseille-t-elle. La patiente explique s’être contentée des traitements traditionnels au début de sa maladie, avant de regretter d’avoir accusé un retard dans le recours à la médecine conventionnelle. Mais entretemps, sa maladie s’était aggravée.

 

EFFICACITÉ DU COROSSOL- Ses propos contrastent avec ceux de Coumba Bah. Cette survivante du cancer du sein et communicante genre, joint au téléphone, estime que la médecine traditionnelle peut jouer un rôle dans le processus de traitement de cette pathologie. «Je n’ai pas beaucoup d’expérience, mais je peux vous dire que même aux États-Unis, où je vis actuellement, on utilise des éléments de la médecine traditionnelle pour traiter et prévenir le cancer du sein. On utilise beaucoup les plantes», fait-t-elle savoir. Coumba Bah affirme que «les médecins traditionnels recommandent souvent aux malades du cancer de prendre régulièrement des potions à base d’herbes». Celle qui a été amputé d’un sein à la suite de son cancer soutient que la médecine traditionnelle peut aider. «Je ne parle pas de sacrifices ou de fétichisme, mais de plantes qui peuvent aider dans la lutte contre le cancer. Dans les cultures hindoue et chinoise, il y a moins de cas de cancer. Je pense que cela a un lien avec leur alimentation et leurs méthodes de soin. Le taux de cancer est plus bas chez eux», indique-t-elle.

Le communicante genre relève que beaucoup de malades du cancer consomment du corossol  (une plane épineuse) dont l’efficacité est saluée par la science. Selon Coumba Bah, la médecine traditionnelle peut aider à prévenir le cancer, à ralentir son développement. Mais, il faut faire la part des choses. «Si on va chez le médecin traditionnel alors que le cancer est déjà à une phase de métastases, je ne pense pas que la médecine traditionnelle puisse faire grand-chose», prévient-elle.

Certaines personnes cumulent les deux médecines pour traiter le cancer. Issa Traoré explique le cas de sa mère, victime du cancer du sein. «Les symptômes de la maladie ont commencé après la naissance de notre petite sœur. Sans plus tarder, nous sommes allés voir une vieille dame qui soignerait le cancer», se rappelle-t-il, avant d’expliquer que la thérapeute lui a donné une sorte de poudre à appliquer sur son sein pour que la plaie ne se développe. Mais c’était sans compter sur la fulgurance de ce fléau parce que la plaie s’est développée et l’état de sa maman a continué de se dégrader. Fort heureusement, la médecine conventionnelle est intervenue dans la prise en charge. «Elle a suivi à la fois le traitement moderne et traditionnel. Au bout d’un mois et demi, la douleur a commencé à s’atténuer. Le traitement a été un succès», explique  Issa Traoré, fils d’une survivante.

Pour Toumani Diakité, tradithérapeute, la médecine traditionnelle peut intervenir dans le traitement du cancer de sein, si le diagnostic de confirmation est établi par un médecin moderne. «Je n’ai pas fait d’études sur cette maladie. On l’appelle en bamanankan «M’bo». Mais nous n’avons pas fait de recherche pour connaître ses causes. Les malades qui ont recours à la thérapie traditionnelle se présentent avec des papiers d’analyses des médecins modernes pour dire qu’ils souffrent du cancer, reconnaît-il. Toumani Diakité souligne que «chaque médecin traditionnel a ses compétences et sa façon de traiter cette maladie. J’ai même fait une présentation sur 12 cas de ce type de cancer avec des oncologues et Médecins sans frontières».

 

ARSENAL DE THÉRAPIES- Pour traiter le cancer du sein, Toumani Diakité dit avoir utilisé «des antibiotiques, des antimicrobiens et des anti-inflammatoires. On utilise ces trois types de médicaments pour soigner cette maladie. Des oncologues venus de la France ont confirmé qu’on peut soigner le cancer, particulièrement avec des antibiotiques». Il poursuit : «Je conseille aux malades de faire très attention aux inflammations et d’écouter les médecins, que ce soit le cancer du col de l’utérus, celui du sein, le cancer de la prostate et tout autre type de cancer.

Joint au téléphone depuis Koutiala, Vieux Diarra, promoteur d’une pharmacopée souligne que le cancer du sein peut être soigné avec la médecine traditionnelle, précisément à travers les plantes. Pour traiter une maladie, il faut d’abord la connaître, ses symptômes et ses causes. Mais il reconnaît que le processus de traitement est assez long et sa réussite dépend aussi du degré de la maladie.

Quant à Dr Sidibé Fatoumata Matokoma, oncologue, elle explique que «la manifestation dépend du stade de la maladie. Mais le plus souvent, c’est une boule au niveau du sein ou des aisselles, des douleurs, un écoulement sanguin ou purulent au niveau du mamelon, une modification de la peau du sein, un gonflement du sein, un mamelon dur ou rétracté». Attention, aucun de ces signes n’est spécifique du cancer. Leur présence fait suspecter un cancer qui doit être confirmé par des examens complémentaires, précise la scientifique.

Pour éviter cette maladie, il faut éviter certains facteurs, prévient Dr Sidibé. «Il n’y a pas de cause du cancer du sein, mais des facteurs de risque tels que le tabac, une alimentation déséquilibrée, l’âge au-delà de 50 ans, l’obésité, la sédentarité, des règles précoces, une ménopause tardive, des mutations génétiques dans la famille», ajoute la spécialiste du cancer.

Elle explique que le diagnostic de confirmation est la biopsie avec étude histologique. Une fois le cancer confirmé, il faut faire un examen scanographique pour connaître le stade de la maladie. «Son traitement dépend du type et du stade du cancer. Mais grosso modo, il comprend la chimiothérapie, la chirurgie, la radiothérapie et les thérapies ciblées». Donc tout un arsenal de thérapies. 

Moussa DEMBELE

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