Spécial 22 septembre 2025, Formations culturelles nationales : Une dose du patriotisme et de fierté pour le Mali

Il s’agit bien des quatre formations nationales qui ont éclairé le Mali et le monde sur les créations artistiques après l’indépendance du Mali. On peut retenir l’Ensemble Instrumental national du Mali, le Théâtre national, le Badema national et les Ballets maliens

Publié vendredi 19 septembre 2025 à 21:03
Spécial 22 septembre 2025,  Formations culturelles nationales : Une dose du patriotisme et de fierté pour le Mali

 La réussite de l’Année de la Culture nécessite le grand réveil des formations nationales

 

«Tout développement prend sa base à partir de sa culture, c’est ce qui explique l’engagement politique à faire de notre culture, un outil de développement », disait le Président Modibo Keita après l’indépendance de notre pays. En se référant sur cette pensée du grand nationaliste malien, on peut bel et bien confirmer que le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta a eu raison de décréter 2025 comme Année de la culture pour le retour à nos valeurs. Ce réveil aux valeurs sociétale et de citoyenneté́ pour l’avènement de Mali Kura doit se reposer sur des supports qui permettent d’éveiller la conscience des maliens et de susciter la renaissance culturelle tant inspirée par les nouvelles autorités du pays.

Selon plusieurs spécialistes traditionnalistes ou hommes de culture, la réussite de l’année de la Culture nécessite le grand réveil des formations nationales qui sont considérées depuis leurs créations en 1962 par la première République comme bouclier de la souveraineté nationale. Composées de quatre disciplines, l’Ensemble instrumental national du Mali, le Badema national, le Kotéba national du Mali et les Ballets maliens. Aussitôt après leurs créations, elles se sont engagées dans la recherche de l’expression artistique et culturelle.  Ce fut la relance avec l’appui des griots composés de plusieurs personnalités du monde de la culture comme Sidiki Diabaté, le père de Toumani Diabaté, Boncana Maïga, Ousmane Sow, Kassé Mady Diabaté, Siramory Diabaté. Ce qui va leur permettre de participer à plusieurs grands événements culturels et remporter des glorieux prix sur les scènes internationales.

«Les formations nationales ont été créés pour soutenir les valeurs artistiques et culturels du pays. Elles aident à mieux comprendre la politique du pays », a rappelé Kardigué Laïco Traoré, ancien ? Poursuit-il, c’est un outil de promotion artistique et culturelle de notre pays et de reconnaissance de nos valeurs sur d’autres cieux ».  Et d’ajouter que cela a été réalisé avec l’engagement du premier Président Modibo Keita.

À cette époque, c’était un signe de patriotisme et de fierté qui animait les jeunes. « Avec Modibo Keita, il n’y avait pas à discuter. Tout ce qu’il demandait de faire, nous le faisons avec plaisir et fierté», se souvient-il. Avant, les formations nationales étaient adossées sur la politique, mais avec l’évolution du temps, elles sont devenues plus artistique que politique. Il s’agissait pour notre pays qui venait de proclamer son indépendance de donner un sens à la culture malienne.  

« Pour bien intégrer cette vision de la souveraineté nationale, le Président Modibo Keita s’est appuyé sur sa jeunesse pour donner une force à sa politique culturelle afin de permettre aux jeunes de statuer sur les grandes actions de la culture comme la Semaine de la jeunesse en 1962 », a témoigné l’un des rares témoins des différentes évolutions des secteurs de la culture depuis les années 1960 jusqu’aujourd’hui. «Modibo Keita, lui-même, se déplaçait pour chanter souvent, c’était extraordinaire. Et je pense que c’est son combat, que nous sommes entrain de mener à travers cette nouvelle décision des autorités du pays », a-t-il témoigné.


S’agissant du décret pris par le Président de la Transition de considérer cette Année 2025 comme celle de la cuture, le grand défenseur des pratiques de notre culture, apprécie cette idée. C’est  un ouf de soulagement pour tout Homme de culture. Pour la pérennisation, le doyen Laïco Traoré estime qu’il faut créer des choses qui peuvent perdurer dans le temps pendant très longtemps comme les formations nationales qui ont été créées depuis plus cinq décennies et elles continuent de servir son peuple et faire son chemin, malgré les contraintes. Par ailleurs, il suggère à la jeune génération d’accepter de se sacrifier pour atteindre l’objectif fixé par notre nation à savoir la renaissance culturelle.  Et pourque la culture ne meurt pas, il faut que les jeunes emboitent le pas de leurs ainés qui ont tout donné pour que le but culturel soit atteint après l’indépendance de notre pays.  

 LE CONTEXTE EXIGE. Les formations nationales demeurent un véritable instrument de promotion culturelle. Et malgré l’attachement des différentes autorités qui se sont succédées, les formations nationales sont toujours sous évaluées en termes de budget et de programmation lors des événements nationaux ou internationaux selon un responsable d’une formation nationale qui a souhaité l’anonymat.

«Pour l’Année de la Culture, l’état doit beaucoup s’appuyer dans les formations nationales pour la réussite de la vision présidentielle », a soutenu le directeur de l’Ensemble instrumental national du Mali Moussa Mariko dit Remis. « Nous ne sommes pas souvent associés à des événements nationaux, ce qui est une perte pour l’Ensemble instrumental national du Mali », a dit Remis. Nous devons aller au delà du folklore pour mieux fixer l’Année de la Culture décrétée par le Chef de l’état. 


À partir des années 1970, notre pays était considéré comme le centre de la création artistique en Afrique à travers ses formations nationales qui produisaient abondement dans les différentes disciplines artistiques à savoir le théâtre, la musique, la danse et l’orchestre moderne. À travers ces formations nationales, le Mali a laissé ses empruntes dans toutes les grandes manifestations en remportant plusieurs récompenses internationales et un palmarès exemplaire. Parmi les grands événements on peut retenir le festival de la Jeunesse francophone 1974 et le festival mondial du théâtre amateur (Monaco) 1981.

Le président la Fédération des artistes du Mali (Fedama) Adama Traoré, pense que le ministère en charge de la Culture doit travailler pour la professionnalisation des artistes en cette année de la culture. « Il faut travailler pour ce statut puisse être considéré comme des travailleurs avec de contrat », a insisté Adama Traoré. 

Pour parler de la souveraineté, il faut assurer le financement des productions artistiques. Et depuis le Kotèba national souffre car les créations ne sont plus soutenues. Selon cette année doit permettre à notre pays de mettre en place des moyens et stratégie pour que les créateurs maliens puissent vivre de leur création. Avec la souveraineté culturelle, l’état doit d’augmenter le budget de la culture, pas uniquement pour le fonctionnement du département, aussi un budget pour la création et les initiatives culturelles.

Le président de la Fedama a rappelé les années de gloires au Mali du groupe dramatique Kotéba National du Mali, composé de chants, de danses, de comédies burlesques et de satires bouffonnes, a été créé pour promouvoir et valoriser les différentes formes du théâtre populaire national. Après sa création en 1969, le théâtre national avait un soutien politique de taille. A l’époque il y avait une programmation nationale qui se tenait à Bamako et dans les capitales régionales et aussi une programmation internationale Ce qui lui permettait de se confirmer tant sur le plan national qu’international.  Parmi les pièces théâtrales qui ont marqué l’esprit des maliens et qui ont donné une notoriété au Kotéba national sont les pièces Wari, Ferekeniakami Bougou et Bougounièry. 

Toutes ces pièces avaient des messages fort permettant d’éveiller la conscience de la population et d’attirer l’attention des politiques sur la gestion catastrophique de l’état. Force est de reconnaitre que Kotèba national est moribond aujourd’hui, parce que qu’il manque de jus pour produire.  « Nous avons également des problèmes d’espace de production », a souligné Adama Traoré, ajoutant qu’on peut noter le départ en retraite volontaire des acteurs et metteurs en scène, comme Michel Sidibé, Habib Dembélé dit Guimba, le metteur en scène, Ousmane Sow. Au-delà de ces stars d’autres comédiens ont décidé de prendre d’autres aventures rendent ainsi le Kotéba national orphelin. « Les formations nationales ne peuvent se développer sans l’accompagnement des politiques », a dit le metteur en scène Lamissa Traoré.

Force est de reconnaître que le grand théâtre a aujourd’hui perdu sa place dans la programmation de la télévision nationale.  Bref, il est malade et nous pensons qu’avec l’Année de la culture, il sera probablement rétabli. Les ballets maliens et le Badema national ne font pas l’exception. Si elles ont eu l’accompagnement constant des autorités en un moment de leur histoire, elle se trouvent aujourd’hui à la quête de leur acceptation dans le cœur de notre pays.   « Le ballet aujourd’hui n’est pas mourant, mais souffre. Quand nous regardons les années 1960,1970 qui sont considérées comme les périodes fastes du Ballet National avec pleins de tournées et de trophées gagnés à l’international et voir qu’aujourd’hui le Ballet n’a pas un mois de tournée, c’est vraiment grave », expliqué l’artiste. Il lance un cri de cœur pour la relance des activités des formations nationales.


*****


Des rencontres de haut niveau

 

 Aussitôt après leurs créations, les formations nationales ont participé à des rencontres de haut niveau pour représenter le Mali souverain. Parmi les événements, on peut retenir la Tournée artistique en URSS en 1961, le Festival des Arts Nègres à Dakar en 1964, Festival mondial des Arts Nègres au Nigéria en 1977, le Festival de Jazz de New Orléans (USA), et Animation à New York (Maliens de l’Extérieur) en 1997, le 4e Festival International « Roots Festival à Banjul » (Gambie) en 1999.

Ces différentes participations des rencontres artistiques et culturelles ont été rehaussées par plusieurs récompenses lors des compétitions. Elles n’étaient point venues pour figurer mais pour imposer la culture et les valeurs d’un Mali souverain et un Mali debout pour les remparts. Des artistes comme feu Sidiki Diabaté, Batrouba Diabaté, Mogontafé Sacko, Harouna Barry, Saranfing Kouyaté pour EI et Khalil Traoré (chef d’orchestre et des membres comme Amadou Ba, Mamadou Doumbia, Toussaint Siane, et Mama Sissoko du Badéma national. Des titres comme La Mort de Chaka (Seydou Badjan Kouyaté). Une si belle leçon de patience (Mansa M. Diabaté), La Grande Prédiction, La Diaspora noire ; Nègres, qu’avez-vous fait ? (Alkaly Kaba), Kotè Tulon I « Cè tè malo », ont marqué la bonne époque du Kotèba national.

L’Ensemble instrumental national du Mali qui a su résister plus parmi les autres formations. Elle a débuté avec des virtuoses comme Sidiki Diabaté, Batourou Sékou Kouyaté, Mogontafé Sacko, Bako Dagno, Waldé Damba, Loutiki Diabaté, Fanta Damba Koroba, Orakya Kouyaté, Djélimadi Diabaté, Bréhima Kouyaté…A partir des années 1970, la première génération va passer le flambeau à la génération suivante dont la plupart   était le fruit de la semaine nationale des arts et de la culture (SNAC).  Et c’est à partir de cette période que les lauréats des disciplines de la biennale seront choisis pour représenter les capitales régionales au sein des formations nationales.

 Ce fut le cas de Nafissatou Maïga dite Fissa, la voix sublime du désert. Ainsi, notre pays aura un palmarès riche avec un répertoire riche dans les quatre formations. Notre pays a obtenu plusieurs médailles. Il a été médaillé de Folklore au Théâtre des Nations à Paris en 1963, médaillé d’or au premier Festival des Arts Nègres à Dakar en 196, médaillé d’or au premier Festival panafricain des Arts, Alger (Algérie) en 1969 et médaillé d’or de la mélodie à Johannesburg (Foire afro-arabe) en 1995.


Moussa DEMBELE

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