À Bamako, tout comme dans plusieurs localités du pays, les enfants de familles démunies vivent dans des conditions précaires. Les parents dont les portefeuilles sont pressurés par une conjoncture à nulle autre pareille se démènent pourtant comme de beaux diables pour mettre leur progéniture dans leurs droits, notamment celui à l’éducation. Ce droit est consacré par les textes fondamentaux. En termes clairs, tous les enfants ont droit à la scolarisation.
À Tiéguenan, un village de la Commune rurale de Kalaban Coro, notre équipe de reportage est arrivée aux environs de 17 heures dans une famille Konaté. L’atmosphère est conviviale. Des enfants vaquent à leurs occupations. Mais Mariam, âgée seulement de 13 ans, sacrifie à la corvée de puiser de l’eau et de faire la vaisselle.
La môme ne disperse pas ses explications et va directement à l’essentiel. Pour elle, la situation de sa fratrie (ses cadets et elle), résulte simplement d’un manque de moyens financiers de leur père. Ils n’ont pas eu la chance d’être scolarisés à l’école classique. «J’ambitionnais de devenir médecin, mais ce rêve est impossible à réaliser parce que je ne suis pas allée à l’école», confie-t-elle avec une pointe d’amertume. Cette âme innocente s’adonne ensuite à sa corvée. Dans cette cour, tout renvoie l’image d’une bourgade. Les parents semblent moins préoccupés par les études des enfants. Ce qui importe pour eux, c’est l’alimentation de la famille.
LA POLITIQUE DU NOMBRE- Marié depuis plus de 20 ans, Mamadou Konaté a fait de la politique du nombre (parce qu’on dit que le nombre c’est la valeur) une réalité. Il est père de 13 enfants dont trois fois des jumeaux. Ses deux premières filles vivent au village chez leur grand-mère. Elles y ont été scolarisées mais n’ont pu poursuivre leur cursus.
Mamadou Konaté qui traîne un terrible mal de dos depuis 17 ans a été contraint d’abandonner son travail d’employé au compte d’une entreprise de réalisation de forages. Actuellement, il s’est reconverti vigile et gagne moins de 50.000 Fcfa. Il officie dans une usine industrielle de Dialakorobougou (Commune de Mountougala). «Je peine à subvenir aux besoins de ma famille. Je n’ai pu inscrire mes enfants à l’école faute de moyens.
La dame Salimata Coulibaly et ses enfants
Il indique que le benjamin de ses enfants a 8 ans. Mais tous ses mômes expriment le désir de fréquenter l’école classique et devenir des cadres du pays. Le natif de Kolondièba dans la Région de Bougouni dit avoir pris l’initiative d’orienter ses enfants vers l’école coranique où les frais sont plus accessibles à sa bourse. Ils baigneront au moins dans une une éducation religieuse.
L’ÉCOLE DéMOCRATISE LA RÉUSSITE- Dans le quartier, la famille Konaté joint parfois les deux bouts grâce à l’aide alimentaire des voisins surtout depuis la naissance des jumeaux. «Ce qui me peine le plus, c’est que malgré l’aide reçue pour l’alimentation, je n’ai jamais trouvé de soutien pour permettre à mes enfants de bénéficier de la scolarisation», déplore le quadragénaire.
Pour venir en aide à son époux, Salimata Coulibaly, âgée d’une trentaine d’années, fait des travaux domestiques. «Tout le monde sait que l’avenir d’un enfant repose sur son éducation. Je mène plusieurs activités. Il m’arrive même de faire de la lavandière ou d’approvisionner des chantiers de construction en eau», explique Mme Konaté. Elle reste bien consciente que c’est l’école qui démocratise la réussite. «Quand les enfants sont inscrits à l’école, ils ont la chance de réussir et de soulager leurs parents», pense-t-elle.
Une autre réalité se dessine du coté de Mohamed Niaré âgé de 14 ans. Juste après sa naissance, ses parents se sont séparés. L’adolescent avait rejoint sa mère chez son nouvel époux. Mais personne ne semblait être en mesure de payer sa scolarité. Il avait été renvoyé de l’école en classe de 8è année. Mohamed Niaré quitte le foyer de sa mère pour trouver gîte et couvert chez un oncle maternel. Après être passé de famille à famille parentale, il s’est retrouvé chez une tante à Djicoroni Para en Commune IV du District de Bamako où il reprit le chemin de l’école.
Une mère de deux garçons âgés respectivement de 13 et 8 ans regrette le manque de moyens pour scolariser ses enfants. Après le décès de son mari dans la Région de Dioïla, sa belle-famille n’a pu l’aider. Livrée à elle-même, elle peine à subvenir aux besoins de ses enfants. «Ils étaient inscrits à l’école, mais j’ai dû les retirer faute de moyens», se lamente-t-elle. Son fils aîné, Modibo Fofana, exprime sa frustration : «Tous mes amis vont à l’école, mais maman ne peut pas payer mes frais. Quand je les vois partir en classe, je suis frustré.»
Le cas de Boua Nama Keïta illustre encore cette réalité. Ce dernier semble élire domicile dans la rue. Il écume le quartier avec un lance-pierre à la main. Il a perdu son père, un chauffeur de camion-citerne il y a cinq mois. Sa mère a donc rejoint sa famille. Sa grand-mère paternelle qui l’héberge, n’a plus les moyens de financer ses études. «J’étais dans une école privée, mais on m’a chassé pour non-paiement. On voulait me transférer dans une école publique, mais cela n’a pas marché. J’espère avoir la possibilité d’être réinscrit l’année prochaine dans une école au moins publique», raconte l’adolescent de 10 ans.
SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE- Les facteurs sociaux impactent sur le développement de l’enfant. Le psychologue du développement humain spécialité éducation des enfants et femmes, Dr Guidas Waïgalo, explique que beaucoup d’enfants n’échouent pas à l’école par manque d’intelligence ou de volonté. Il affirme que les difficultés scolaires trouvent souvent leur origine dans des facteurs sociaux et environnementaux, le logement instable, la perte d’un ou des deux parents, la pauvreté, les conditions de vie précaires. Il poursuit que ces éléments perturbent la motivation, la santé mentale et l’équilibre émotionnel de l’enfant.
Comme solution, le spécialiste du développement humain, pense que pour prévenir l’échec et les déperditions scolaires, il est essentiel d’appuyer les enfants confrontés à des difficultés sociales. La stabilité familiale, le logement, le soutien psychologique et la lutte contre la pauvreté sont des piliers indispensables pour garantir leur réussite éducative et leur bien-être.
Face à ces réalités, Dr Waïgalo, propose à l’État de mettre en place des politiques sociales fortes pour accompagner l’éducation des enfants. «Cela implique le développement de dispositifs de protection sociale, la mise en place d’un soutien psychologique pour les enfants fragiles, une solidarité nationale renforcée pour lutter contre la pauvreté, des programmes de formation et d’accompagnement spécifiques pour les enfants issus de familles vulnérables», cite-t-il.
Du point de vue social, Dr N’Fali Dembélé, sociologue, fait savoir que quel que soit la situation, il est essentiel de rappeler que l’enfant n’est pas responsable de sa condition. Sur le plan sociologique, l’enfant est inséré dans des liens sociaux qui le placent en situation de dépendance et de protection vis-à-vis de ses parents. Selon ce toubib, le môme doit être pris en charge avant de pouvoir jouir d’une certaine autonomie. «Les parents ont la responsabilité d’investir dans leurs enfants. Toutefois, lorsque ceux-ci sont pauvres ou vulnérables, il revient au gouvernement, à travers son système de protection sociale, d’apporter un soutien. Les organismes internationaux tels que le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), doivent également contribuer à la promotion et à la défense des droits des enfants», ajoute-t-il.
Par ailleurs, le sociologue estime que les «enfants démunis» ne peuvent attirer l’attention des «nantis» ni bénéficier directement de leur aide, car juridiquement et traditionnellement, on ne traite pas avec des enfants. En l’absence des parents, l’enfant doit être placé sous l’autorité d’un tuteur. Si des mécanismes formels d’aide n’existent pas, toute assistance demeure incertaine.
Ainsi, la notion d’«enfants démunis» doit être maniée avec prudence. Elle met en lumière non pas la responsabilité des enfants, mais celle des adultes, des institutions et des structures sociales qui doivent garantir leur protection et leur avenir, a conclu Dr N’Fali Dembélé.
L’année 2026 a été décrétée «Année de l’éducation et de la culture» au Mali par le Président de la Transition, le Général d'armée Assimi Goïta. Cette initiative vise à refonder le système éducatif en y intégrant les valeurs culturelles nationales, renforcer le capital humain et valoriser l’identité. Cette volonté devrait permettre de relever les défis liés à la scolarisation des enfants démunis.
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LE SEUIL DE PAUVRETÉ ESTIMÉ À 43,3% AU MALI
Au-delà des témoignages recueillis à Tiéguena, les données nationales confirment l’ampleur de la pauvreté. Selon les résultats de l’Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (Emop 2024) de l’Institut national de la statistique (Instat), 43,3% de la population malienne vit sous le seuil de pauvreté, une proportion qui dépasse les 52% en milieu rural. Cette enquête, basée sur un échantillon représentatif de ménages à l’échelle nationale, met en évidence le lien structurel entre précarité économique et difficultés d’accès à l’éducation.
Les chiffres de l’Emop montrent également que l’école reste hors de portée pour une grande partie des enfants. Le taux net de scolarisation au second cycle du primaire ne dépasse pas 32,1% chez les filles et 28,4% chez les garçons. Autrement dit, la majorité des enfants maliens n’atteint pas ce niveau d’enseignement.
Produites à partir de données collectées directement auprès des ménages, ces statistiques démontrent la réalité rencontrée sur le terrain. Les inégalités se reflètent également dans les niveaux d’alphabétisation. D’après l’Emop 2024, seuls 38,4% des Maliens âgés de 15 ans et plus savent lire et écrire, avec des taux encore plus faibles chez les jeunes issus de ménages pauvres, notamment les filles. L’enquête repose sur des déclarations des ménages concernant les capacités de lecture et d’écriture. Ce qui permet d’appréhender les disparités sociales face à l’éducation.
Moussa DEMBELE
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