Artisanat : Pour une commande publique accessible aux artisans

La décision des autorités relative à la commande publique des produits locaux «Made in Mali», suscite un vif enthousiasme dans le secteur artisanal. Cette volonté stratégique vise à encourager le consommer local, soutenir les artisans et contribuer durablement au développement socio-économique du pays

Publié vendredi 10 avril 2026 à 08:31
Artisanat : Pour une commande publique accessible aux artisans

Une artisane exposant ses produits lors d’un salon

Considérée comme une avancée majeure pour la valorisation du savoir-faire national, les autorités, responsables des organisations faitières ainsi que les artisans et consommateurs saluent cette mesure historique qui pourrait transformer en profondeur le secteur artisanal et encourager une véritable culture du consommer local. L’artisanat malien a accueilli avec une grande satisfaction la décision des autorités du  pays relative à la promotion des produits locaux à travers la commande publique. Cette décision historique marque également la souveraineté  de notre pays et la sauvegarde de notre identité à travers le savoir-faire local de nos artisans.


Le directeur national de l’artisanat, Daha Niasse, rappelle que la lettre circulaire du 13 février dernier adressée par le ministre de l’Économie et des Finances aux départements ministériels demandant l’identification de lignes de crédit destinées à l’achat de produits «Made in Mali», à hauteur de 100 millions de Fcfa, a été accueillie avec beaucoup de joie. Selon lui, cette décision marque une étape importante dans la reconnaissance du rôle économique et social du secteur artisanal.

Il souligne que certains pays voisins ont déjà adopté des politiques favorables à la commande publique locale, permettant ainsi à leurs artisans de renforcer leurs capacités de production. Et de préciser pourtant que les artisans maliens n’étaient pas moins compétents que ceux de ces pays. C’est pourquoi, il considère cette décision comme historique et porteuse d’espoir pour le secteur.

Il notera aussi que la promotion de la consommation locale permettra également aux artisans de moderniser leurs équipements et d’améliorer leurs conditions de travail. Ainsi cette mutation permettra de réduire des difficultés liées aux  méventes, aggravées par la crise que connait notre pays. 

 

 Reconnaissance salutaire-De nos jours, plusieurs artisans ont déjà été identifiés par les services techniques comme étant capables de répondre aux exigences de la commande de l’État. Ceux-ci travailleront avec les organisations professionnelles et ses services  en vue de relever le défi de la production en qualité et en quantité. Cependant, la commande publique représente une opportunité importante, mais nécessite une organisation rigoureuse du secteur. Les Maliens doivent privilégier les produits locaux pour la sauvegarde de notre patrimoine et la pérennisation du savoir-faire de nos artisans, soutient Daha Niasse.

Parlant de la qualité des produits, il explique que la qualité s’améliorera progressivement avec le temps comme cela a été le cas dans de nombreux pays. Il  a rappelé que la direction nationale de l’artisanat, en collaboration avec ses partenaires, est mobilisée pour accompagner les artisans dans le processus de modernisation et de formalisation. Et de souligner que la majorité des artisans évoluent encore dans le secteur informel. Il les encourage donc à s’inscrire dans une dynamique de formalisation afin de bénéficier de la reconnaissance et de la protection de l’État, mais aussi de contribuer au développement économique du pays à travers leur participation au système fiscal.

  Par ailleurs, il déplore le fait que le marché artisanal malien soit confronté à un problème de concurrence déloyale, lié à l’importation de produits contrefaits, notamment certains tissus traditionnels comme le bogolan et les tissus dogon. Ces produits, souvent introduits sur le marché local avec des complicités internes, fragilisent fortement les artisans locaux.  Il soutient que des mesures réglementaires sont actuellement en cours pour  renforcer le contrôle douanier et  protéger la production nationale. 

L’ancienne présidente de la Fédération nationale des artisans du Mali, Mme Bah Aicha Traoré a également exprimé sa satisfaction et sa gratitude envers les autorités pour cette décision qui contribuera significativement au développement du secteur artisanal et de l’économie nationale. Elle estime que la mise en œuvre de la commande publique devrait passer prioritairement par les organisations professionnelles des artisans afin de garantir une réponse efficace et structurée.

Selon elle, cette mesure permettra aux artisans de sortir progressivement du secteur informel, de renforcer leurs capacités de production et d’améliorer la qualité de leurs produits. Elle invite l’ensemble des artisans à mutualiser leurs efforts afin de relever le défi de la commande publique et de participer activement à la promotion du consommer local, véritable moteur de développement économique et culturel du pays.

Selon Magma Gabriel Konaté, président de la Commission culture, éducation et communication du Conseil national de Transition (CNT), cette initiative constitue l’aboutissement de plusieurs années de plaidoyer en faveur de la valorisation de la culture nationale et du savoir-faire artisanal.

Il explique qu’en visitant de nombreux services administratifs, on constate que la majorité des meubles et éléments de décoration proviennent de l’étranger, alors que le Mali dispose pourtant de humaines capables de produire localement ces équipements. À titre d’exemple, il cite le bambou, matériau abondant dans le pays et pouvant servir à fabriquer divers objets utiles dans l’administration et les espaces publics.

 Selon lui, les autorités ont compris que la culture constitue un levier essentiel du développement durable. Sous l’influence extérieure, beaucoup ont pensé, pendant longtemps que les produits importés étaient forcément meilleurs que ceux fabriqués localement, affirme-t-il. Pourtant, les artisans maliens figurent parmi les plus imaginatifs et créatifs du continent africain, et depuis des générations. Ce membre du CNT estime que le ministère en charge de l’artisanat, ainsi que l’ensemble des acteurs du secteur, doivent travailler en synergie afin d’organiser efficacement la filière artisanale.

Cette organisation va permettre aux artisans de conserver leurs méthodes traditionnelles tout en intégrant progressivement des outils modernes capables d’améliorer la qualité et la compétitivité de leurs produits. Ils suggèrent aux autorités de donner des instructions fermes pour l’application stricte de la décision en vue d’une consommation locale par l’administration nationale et dans les représentations diplomatiques.

Quant au promoteur de Diabatex, Moussa Diabaté, il souligne que cette décision est un grand soulagement pour les artisans, après une longue attente. Elle représente une opportunité importante pour développer l’artisanat national, notamment le textile, secteur capable de générer des emplois et des revenus significatifs pour l’économie nationale. Il  trouve que les principaux défis du secteur restent la  production en qualité et en quantité pour répondre aux grandes commandes publiques.

Et de renchérir que le manque d’équipements modernes, l’insuffisance de matières premières locales comme le fil textile, ainsi que la faiblesse de la mécanisation, limitent actuellement la capacité de production. Moussa Diabaté a insisté  également sur le déficit d’organisation du secteur artisanal. Une meilleure structuration des acteurs, une spécialisation des métiers et un état des lieux clair permettraient d’améliorer l’efficacité du secteur. Le patron  de Diabatex cite des exemples d’expériences internationales montrant l’importance de l’innovation technique et de l’organisation collective.


Il estime que la décision gouvernementale s’inscrit dans une stratégie logique de valorisation des ressources locales et de réduction des importations. Pour réussir, artisans et autorités doivent collaborer afin d’améliorer la production, moderniser les outils et renforcer la formation.

  
Cependant Oumar Diarra, grand consommateur des tissus traditionnels, explique qu’il faut mettre l’accent sur la finition. Il invite les artisans à respecter les normes iso. En plus avec l’Année de l’éducation et de la culture, boostera la décision pour le plus grand bien de nos artisans.

Mohamed Lamine H DICKO

 

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