Audiovisuel : Les virtuoses qui font la fierté de l’Ortm

Mme Bintou Ouédraogo Dembélé et Mme Ouédraogo Rokia Traoré ont su tracer avec abnégation leur sillon dans le métier du son, essentiellement dominé par la gent masculine

Publié vendredi 05 décembre 2025 à 09:39
Audiovisuel : Les virtuoses qui font la fierté de l’Ortm

 Mme Ouédraogo Rokia Traoré Mme Bintou Ouédraogo

 


À l'instar de la communauté internationale, notre pays a célébré, il y a quelques semaines la Journée mondiale de la télévision. Parmi les acteurs de l'audiovisuel, on retrouve les techniciens de son. Ils connaissent parfaitement les arcanes de ce métier et sont les artisans du son sans lequel aucune image ne sera agréable à contempler. Malgré ce rôle incontournable, les journalistes et les animateurs leur font ombrage dans le décor de la chaine audiovisuelle, alors qu’ils apportent une touche particulière aux productions radiophoniques et télévisées.



Pour le bonheur des téléspectateurs, deux «génies des signaux», émergent du lot à l'Office de radios et télévisions du Mali (ORTM). Elles sont deux dames sur un effectif de 7 agents qui ont, pendant plusieurs années, assuré la production du son. Il s’agit en l’occurrence de Mme Bintou Ouédraogo Dembélé et Mme Ouédraogo Rokia Traoré. Cette dernière a été nommée, en février dernier, au poste de cheffe de division production à l'ORTM 1, une première pour une femme d’assurer cette responsabilité. Ce mercredi 19 novembre 2025 aux environs de 11 heures plusieurs agents de la télévision ont déjà visité le bureau de cette ingénieure de son installée au premier étage du bâtiment abritant la direction marketing de la télévision nationale. Au quotidien, elle organise et coordonne tout ce qui est nécessaire pour réaliser une émission (le personnel, les équipements et les décors).



Ce premier poste de Mme Ouédraogo Rokia Traoré au sein de l'administration vient récompenser ses efforts après environ 30 ans de service dans le métier du son. Elle affirme qu'il faut être passionné de l’enregistrement sonore pour tracer son sillon dans ce métier essentiellement dominé par la gent masculine. Depuis le second cycle, la native de Bamako s'est éprise pour ce type de production. «C'était un plaisir d'écouter les voix des intervenants à la radio, dont la production constituait un mystère pour moi», confie-t-elle.

Détentrice d’un Brevet de technicien (BT) en électronique à l'École centrale pour l'industrie, le commerce et l'administration (Ecica), elle effectue un stage de fin d’études comme technicienne de son à la radio nationale de 1992 à 1993. «Après les examens, je suis revenue cette fois-ci à la télévision, car je connaissais déjà la boîte. J’avais une meilleure idée de son fonctionnement», justifie-t-elle. Son dévouement lui vaut un contrat de collaboratrice extérieure, puis très rapidement un autre à durée indéterminée en 1994.



En 2001, elle intègre la Fonction publique d'État. Femme de terrain elle a couvert plusieurs reportages souvent en direct lors des grands événements comme les fêtes d'indépendance, de l'Armée, les messages des présidents de la République adressés à la Nation à l'occasion des vœux de nouvel An ou des fêtes religieuses. La quinquagénaire a aussi dirigé, avec brio, les équipes de production sur le terrain. Elle a encore en mémoire la couverture médiatique de la pose de la première pierre du barrage de Félou en 2009 par le défunt président Amadou Toumani Touré.



FEMMES BATTANTES- En 2019, Mme Ouédraogo Rokia Traoré obtient une licence à l'école supérieure des Hautes études technologiques et commerciales (Hetec) en systèmes informatiques, réseaux et télécommunications. Outre ce diplôme, la cheffe de division production est bardée d'attestations de formation professionnelle sur les techniques audiovisuelles au niveau national et international. Celle qui a assuré le poste de directrice de production de la 3è édition de l'émission Mali Kura Taasira dit avoir beaucoup appris avec les hommes. «Je me mettais dans leur peau. Je voulais leur montrer que je suis venue dans ce métier par passion», fait-elle savoir.



L'ingénieure encourage les filles à embrasser ce métier qu’elle trouve très passionnant. La carrière de Mme Ouédraogo Rokia Traoré a été couronnée de récompenses et de distinctions comme la médaille du Mérite national avec effigie abeille qui lui a été décernée en 2009. Elle garde toujours l’estime de ses collègues, ce qui représente une fierté pour elle.



Selon Yiriyé Sabo, conseiller du directeur général de l'ORTM en charge des questions liées à l’audiovisuel, Mme Ouédraogo Rokia Traoré est une femme battante très rigoureuse et calme, des «qualités qui sont nécessaires voire indispensables pour un bon ingénieur de son». Il poursuit qu'il faut avoir du cran pour venir dans ce métier. «J'apprécie son courage. Elle a participé à l'installation de la Chaîne 2 (la radio) en 1992 en tant que jeune étudiante. Beaucoup ont essayé et ont jeté l’éponge», rappelle-t-il, avant d'ajouter qu'elle fait partie des premières femmes à venir dans le métier du son.


De son côté, Mme Bintou Ouédraogo Dembélé a également su tisser son fil d’Ariane en domptant la console pour les productions à la télévision nationale. Des célèbres émissions produites à l'extérieur de l'ORTM portent ses marques de fabrique comme Top Étoiles, Maxi jeunes, Gniaga et des reportages sur le basketball et le football. La sexagénaire a participé également à la réalisation des émissions en direct, les débats, les JT de 20 heures, etc. Ce jeudi 20 novembre 2025, elle nous reçoit à la Régie Thierno Ahmed Thiam de l'ORTM entre consoles de son et des écrans avec caméras accédant à des studios.

EMPREINTES INDÉLÉBILES- Le travail de technicien de son à la télévision rime avec la ponctualité. «On ouvre l'antenne à 8 heures 00. Chacun doit être à son poste. Si le technicien de son est absent, vous verrez l'image muette sur l'écran, ce qu’il faut absolument éviter», informe-t-elle. Au cours de sa carrière, elle a vécu des moments mémorables. La native de Mopti cite les compliments et encouragements qu'elle a reçus. «J'ai monté un élément JT avec le journaliste Alpha Maïga sur le décès d'un sergent de la police. C'était comme un film. Très enthousiasmée et touchée par mon travail, la Direction de la Police ne s’est pas privée d’envoyer une lettre de félicitation à l'ORTM. Ça je ne l'oublierai pas», assure-t-elle. Elle cite aussi le cas d'un manœuvre de l'ORTM qu'elle a formé. Elle poursuit qu'un jour, cet agent a assuré l'antenne de 8 heures à 20 heures. «C'est une satisfaction morale pour moi», confie-t-elle.

Des appuis de ce genre, celle qui s’apprête à faire valoir ses droits à la retraite a su en donner. Modibo Tangara, preneur de son, loue les qualités humaines et professionnelles de celle qu'il considère comme sa mère grâce à ses soutiens inestimables lors de son stage. «C'est elle qui m'a offert ma première opportunité de reportage et m’a permis d’assurer la prise de son lors du JT. À l'heure du journal, elle a quitté la régie me laissant seul et m'a rassuré que si tout venait à mal tourner, elle en assumerait les conséquences», commente-t-il. Aboubacar Mamadou Konaté, preneur de son à l'ORTM a beaucoup appris auprès de sa collègue Bintou Ouédraogo Dembélé après plus de 20 ans de collaboration. «Je faisais partie de l'équipe en charge du décor. Elle m'a encouragé à exercer le métier de preneur de son», dit-il.

Avant de poser sa valise à Bozola (le siège de l’ORTM) en 1998, Mme Bintou Ouédraogo Dembélé a servi aux stations de radios privées «Fréquence 3» et «Patriote» au poste d'animatrice. Elle est un pur produit de l'audiovisuel pour avoir bénéficié de plusieurs formations à l’issue desquelles elle détient plusieurs parchemins comme un Certificat d'aptitude professionnel (CAP) en photo et vidéo, une attestation de régisseur de son et un certificat de formatrice en son.

Elle a un diplôme de Licence en journalisme et communication décroché à l'Université catholique de l'Afrique de l'Ouest (Ucao). Qui aurait cru que celle qui avait renoncé aux études secondaires pour se faire enrôler dans l'Armée de terre (AT) allait se hisser à ce niveau. Surtout après un parcours semé d'embûches. Sa passion de servir la Grande muette sera très éphémère à cause de son «licenciement» en 1986 du 2è contingent du personnel féminin de l'AT sans motif officiel. Ce rêve brisé, elle se consacre désormais aux activités sportives dont elle est passionnée depuis l'adolescence. Cette fille d'ancien combattant acquiert de la renommée en tant que Capitaine de l'équipe de Handball du Debo club de Mopti. Durant cette période, elle décide de reprendre les études. Après le CAP, elle obtient le diplôme de Baccalauréat en tant que candidate libre. Mme Bintou Ouédraogo Dembélé invite les femmes à s'intéresser aux métiers de leurs choix sans complexe.

Ces deux professionnelles ont en commun une vie faite de dévouement pour l'audiovisuel et la volonté de surmonter les épreuves. L'histoire retiendra que ces deux femmes intrépides ont su relever de gros défis à la télévision nationale. Elles ont surtout démontré grâce à leur pugnacité qu’à « cœur vaillant rien d’impossible ». Elles ont décidé de vivre pleinement et avec ardeur leur passion en surmontant avec abnégation tous les écueils qui se sont placés sur leurs parcours. Inutile de penser qu’elles éprouvent un quelconque regret pour avoir exercer un métier qu’elles ont aimé du plus profond de leur âme. Elles ont su se faire une place de choix dans le gotha des techniciens du son en y laissant leurs empreintes indélébiles.

Mohamed DIAWARA

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