Heureusement que d’autres comme Mme Konaré Nafissatou Guindo prennent la parole au nom de la solidarité féminine pour briser l’omerta et coucher sur les pages d’un livre les souffrances des femmes. Les féministes ont donc de bonnes raisons d’être séduits par son ouvrage titré : «Douleurs et souffrances silencieuses de femmes». C’est un livre qui porte le combat de la femme avec «grand F», mais surtout celles qui pleurent en silence dans les chaumières et réclament intérieurement que la société porte une plus grande attention sur leurs conditions de vie.
L’auteure analyse comment l’urbanisation forcée a effrité les vertus de solidarité, transformant les femmes en bêtes de somme. Elle laisse entrevoir en filigrane, tout le long du livre ou presque, que toute femme doit vivre dignement et pouvoir élever ses enfants. Elle essaie d’être le porte-voix des femmes qui souffrent dans une sorte d’injustice entretenue par une société qui s’appuie sur le poids des traditions. Il s’agit de femmes vertueuses aux parcours faits de sacrifices, de don de soi et de résignation dans la souffrance.
La page couverture du livre propose une illustration poignante avec des visages exclusivement féminins mortifiés par une souffrance morale, bien rendue par des bribes de larmes. L’auteure titille encore les sensibilités à la première page de l’ouvrage. Nafissatou Guindo évoque cru et dru : «Il n’est pas possible pour un individu conscient de vivre dans une société telle la nôtre sans vouloir la changer», exprimant ainsi, «toutes griffes dehors» son indignation de voir les femmes vivre certaines injustices.
Le lecteur en a pour son content d’émotions et de révolte intérieure. Nafissatou glisse aussi sur des préoccupations liées au poids des traditions, à la croyance aux pratiques occultes, surtout à la précarité des familles et la non scolarisation des enfants faute de moyens financiers, entre autres. Elle révèle des vérités enfouies dans un quartier périphérique dont personne ne semble s’en préoccuper.
L’héroïne du livre, Aïché, dont la vie est teintée de violence, de déception conjugale, de corvées et de souffrance morale, est pourtant un modèle d’abnégation, de sacrifice, de don de soi et de résilience. Celle qui avait ses études arrêtées après le Diplôme d’études fondamentales (DEF) pour s’être mariée, sera divorcée, puis remariée. Elle finira par poursuivre ses études, convaincue des prédictions de son père lui assurant la possibilité de les réussir. Aïché décrochera un diplôme de secrétaire et finira avec le soutien de mécènes et autres bonnes volontés, notamment Nafissatou Guindo, par créer une école pour scolariser nombre d’enfants du quartier.
Une autre figure de l’ouvrage est Adama Diarra, cousine d’Aïché. Elle aussi a été violentée dans un premier mariage, avant de contracter un second. Après voir obtenu une maitrise en psycho-pédagogie à l’École normale supérieure (Ensup), elle broiera du noir pendant des années. Elle postule et échoue au concours de recrutement des maitres de l’Institut de formation des maitres (IFM) et opte finalement pour la solution de facilité : la mendicité comme si le chômage menait à tout.
Elle retournera au village pour y vivre dignement et avec le soutien de philanthropes qui la “perfusait” avec une subvention de 50.000 Fcfa par mois pendant quelques mois. Les récits de Bintou et de Niéléba Diarra aussi contés dans l’ouvrage attestent que leurs conditions n’étaient guère meilleures, bien au contraire, elles sont même humainement indignes.
Nafissatou Guindo ratisse large et brode les sociétés multiculturelles, les exigences de la vie urbaine et ce que l’État doit faire, entre autres. Inspecteur des Services économiques, Nafissatou a fait valoir ses droits à la retraire en 2008 après quarante ans d’expérience. Elle a fait montre d’un engagement associatif constant et d’un humanisme au service de l’autre, notamment des femmes qui vivent des souffrances et sont atteintes dans leur chair et âme.
Brehima DOUMBIA
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