Issa Sissouma, directeur général de l’UTM : «Le Ramu est une question de solidarité nationale»

Dans le cadre de la Journée mondiale de la couverture sanitaire universelle (CSU), célébrée le 12 décembre, le directeur général de l’Union technique de mutualité malienne nous a accordé une interview exclusive. Issa Sissouma aborde les acquis et les défis liés à l’opérationnalisation du Régime d’assurance maladie universelle (Ramu)

Publié jeudi 18 décembre 2025 à 08:21
Issa Sissouma, directeur général de l’UTM : «Le Ramu est une question de solidarité nationale»

L’Essor : Pouvez-vous nous présenter l’Union technique de la mutualité malienne ?

Issa Sissouma : L’Union technique de la mutualité malienne, créée en avril 1998, est l’un des 4 Organismes de gestion délégués du Ramu. Elle est la structure faîtière des Mutuelles du Mali et regroupe 150 membres. Nous travaillons dans le cadre de la couverture maladie des populations, lancée depuis 2000, presque 10 ans avant l'Assurance maladie obligatoire (Amo) et le Régime d’assistance médicale (Ramed).

 Ce qui faisait qu’au début, pratiquement de 2000 à 2009, avant l’institution de l’Amo, nous couvrions les secteurs formels et informels. Mais, avec l’avènement de ces régimes dont les bénéficiaires sont totalement estimés à 22% de la population malienne, nous nous sommes focalisés sur les secteurs informels et agricoles qui constituent 78%. On a évolué avec ces trois dispositifs cloisonnés pratiquement jusqu’en 2018 qui a vu leur fusion en un seul; à savoir le Ramu.

 L’Essor : La création du Ramu est une avancée majeure vers la CSU dans notre pays. Quels sont les acquis liés à l’opérationnalisation de ce dispositif  d’assurance maladie ?

Issa Sissouma : Aujourd’hui, le fait qu’on soit déjà dans cette dynamique d’attente de l’opérationnalisation du Ramu est un acquis. La plupart des textes permettant de mettre en œuvre la loi de 2018 qui institue ce régime ont été adoptés, notamment la création de la Caisse nationale d’assurance maladie (Canam) en tant que gestionnaire de ce régime dans sa globalité. En termes d’acceptation psychologique de la réforme, il y a une grande avancée. Les secteurs informels et agricoles attendent qu’on leur dise combien ils doivent payer pour qu’ils se fassent enrôler.

 Aujourd’hui, des efforts sont en train d’être faits par les autorités pour que l’offre de soins soit à hauteur de souhait dans les structures sanitaires quand le régime sera opérationnel. 
Au-delà, les acteurs de la mutualité réfléchissent aussi aux différentes stratégies et alliances pour passer à échelle par rapport à cette réforme.

Sur le plan informatique, des séances de travail ont lieu entre nos services et ceux de la Canam sur les modalités de transfert des données pour qu’on puisse passer aux enrôlements et au basculement des assurés mutualistes actuels le jour où tout sera finalisé. Il y a également l’expertise que les acteurs ont pu développer notamment la gestion de l’Amo, de la mutualité dont nous avons 27 ans d’expérience. Donc, il y a aujourd’hui des acquis sur lesquels le Ramu se construit.


L’Essor : Quels sont les défis majeurs qui entravent l’opérationnalisation de ce dispositif de la CSU ?

Issa Sissouma : Le processus d’opérationnalisation peine. Il reste encore un défi majeur qui est l’adoption du texte sur le financement du Ramu qui précisera les cotisations à payer et le panier de services à offrir. Si le texte est adopté d’ici la fin de l’année 2025, on peut être dans le processus opérationnel de basculement vers le Ramu des dispositifs d’assurances qui sont à la mutualité et dans d’autres régimes comme le Ramed et l’Amo.



La pérennité du financement de la couverture universelle des maladies reste un autre défi. Depuis 2010, l’État a décidé de soutenir 50% de la cotisation des travailleurs du secteur informel agricole à travers les mutuelles. Sur les 22 millions de Maliens dont 78% sont du secteur informel et agricole, environ 17 millions vont être concernés par cet apport de l’État. Ça nécessite que l’État mobilise les ressources nécessaires ou les mécanismes de financement innovants pour que chaque année, il puisse assurer, sans aucune difficulté, le cofinancement.

Je crois aussi qu’il faut aujourd’hui une communication politique et publique accrue pour avoir l’adhésion populaire. C’est une réforme majeure. Imaginez demain que quand chacun de nous se présente dans une structure sanitaire, vous êtes couvert par un système où vous ne payez que soit 20% ou 30% de vos soins. Ça va être un soulagement pour nous tous, partout où on se trouve dans ce pays. Souvent, on a les meilleures réformes, mais quand il faut les déployer, c’est là où il y a de la peine. Le pays qui a pu réussir ces réformes a usé de la puissance publique. En 2002, j’ai reçu une délégation rwandaise venue s’inspirer de l’expérience malienne. Sept ans après, nous sommes partis voir comment ils ont réussi à mettre en place leur régime.

L’Essor : Comment le Ramu peut-il représenter une valeur ajoutée pour nos compatriotes ?

Issa Sissouma : Le Ramu est une valeur ajoutée pour les citoyens grâce à l’aspect universalité. Avec ce dispositif, tout Malien a l’obligation d’avoir une couverture maladie. Et ça fait partie des droits constitutionnels. Actuellement, nous couvrons à peu près 500.000 personnes soit environ 3% des 17 millions de Maliens que le Ramu est amené à couvrir. Donc, il y a des efforts à faire. Les gens sont libres d’adhérer. On doit avoir une vision holistique de cette question de couverture maladie.

 À titre d’exemple, l’État peut dire, pour obtenir l’engrais ou autres produits subventionnés, il faudrait que vous ameniez votre couverture au Ramu. Outre la proximité de l’accès aux soins, un autre avantage porte sur l’intégration des indigents dans la prise en charge globale. Donc, ils bénéficient des soins gratuits grâce aux cotisations payées par les contributions que les autres vont payer. L’indigent n’est plus marginalisé. Il aura la même carte que les autres bénéficiaires. C’est vraiment une question de solidarité nationale.

L’Essor : Quel est le panier de soins inclus dans ce dispositif ?

Issa Sissouma : Le panier de soins est aujourd’hui défini dans le document de financement du Ramu. Il comprend les soins ambulatoires et hospitaliers ainsi que les médicaments. Le texte va fixer les différentes dimensions et les modalités d’accès au panier. Il y a même des cotisations qui sont annoncées dans ce document pour le secteur informel agricole. Il reste juste qu’il soit adopté par le gouvernement pour que ça soit un outil que nous sommes chargés de mettre en œuvre, puissions le communiquer.

Propos recueillis par

Mohamed DIAWARA

Lire aussi : Kéniéba : Des femmes périssent dans l’éboulement d’une ancienne mine à Kéniéty

Le village de Kéniéty, situé dans la Commune rurale de Dialafara (Kéniéba), est endeuillé, suite à un éboulement survenu le vendredi dernier dans une ancienne mine d’or qui appartenait à des ressortissants chinois..

Lire aussi : Sitafa Berthé : «Les semences locales de pomme de terre sont de bonne qualité»

La saison froide est propice pour la culture de la pomme de terre. En cette période de semis ou encore de plantations de semences de la pomme de terre, Sitafa Berthé, président de la Coopérative des producteurs de semence de la pomme de terre (Faso shi) de Sikasso, mais aussi de la Confédérati.

Lire aussi : Binta Moussa Diallo : Première miss du Soudan français

Il y a 72 ans de cela que Binta Moussa Diallo a été désignée miss de Kita Sébougouni à l’âge de 13 ans. Agée aujourd’hui de 85 ans, la native de Kita se porte visiblement bien avec son teint clair et son tatouage noir sur la bouche..

Lire aussi : Kermesse : Une journée de joie, de rire et d’apprentissage pour les enfants

Donner de la joie et semer des graines d’espoir dans les cœurs des enfants, c’est cette idée qui sous-tend l’initiative de Right To Play qui, en partenariat avec la Fondation Orange, a organisé, samedi dernier à la Cité des enfants, une journée de station de jeux kermesse et de distribut.

Lire aussi : Bafoulabé : Attaque D’hommes Armés Contre Plusieurs Unités Industrielles

Le dimanche 11 janvier 2026, vers 2 heures du matin, environ 160 terroristes lourdement armés, circulant sur une centaine de motos, ont attaqué simultanément plusieurs unités industrielles du cercle de Bafoulabé situées le long de la Route nationale (RN 22)..

Lire aussi : Universités de Sikasso et Ségou : Une réelle bouffée d’oxygène

À l’intérieur du pays, ces institutions publiques enlèvent une véritable épine du pied des populations locales en termes d’offres de formation. L’Université de Sikasso dont un seul institut est opérationnel pour l’instant, est en chantier et coûtera environ 53 milliards de Fcfa sur .

Les articles de l'auteur

Amap : Le comité syndical suspend son mot d'ordre de grève

Le comité syndical de l'Agence malienne de presse et de publicité (Amap) a suspendu son mot d'ordre de grève du 29 décembre 2025. Une décision prise ce vendredi 9 janvier 2026 après la signature d'un protocole d'accord entre la direction générale de l'Amap et les syndicalistes sous l'égide du ministère de la Communication, de l'Économie numérique et de la Modernisation de l'Administration..

Par Mohamed DIAWARA


Publié vendredi 09 janvier 2026 à 21:37

Canam : Des ambitions fortes en 2026

En 2026, la Caisse nationale d’assurance maladie (Canam) entend renforcer sa performance opérationnelle, la qualité des services rendus aux assurés, mais aussi améliorer la bonne gouvernance et maîtriser les risques..

Par Mohamed DIAWARA


Publié mercredi 31 décembre 2025 à 08:45

Modibo Danion : «Aujourd’hui, nous avons 10.869 assurés volontaires»

Dans les lignes qui suivent, le chef de service de l’Assurance volontaire (AV) à l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) aborde notamment les avantages de ce régime de protection sociale, les critères d’adhésion et fait le bilan de l’année 2025.

Par Mohamed DIAWARA


Publié mercredi 31 décembre 2025 à 08:40

Établissement de santé : L’anaes développe un plan d’actions anti-corruption

L’Agence nationale d’évaluation et d’accréditation des établissements de santé (Anaes) a développé un plan d’actions contre les risques de corruption au sein d’un établissement de santé. L’étude sur le développement de ce plan et sur l’évaluation et la cartographie des risques de corruption au sein d’un établissement de santé a été validée, hier dans un hôtel de la place, lors d’un atelier..

Par Mohamed DIAWARA


Publié mercredi 24 décembre 2025 à 08:51

Santé : Les fondations de l’organisation confédérale mises en place

L’initiative vise à bâtir un système de santé unifié et solidaire qui permettra d’améliorer la santé des populations par l’harmonisation des politiques, le partage des ressources et la coordination des efforts sanitaires.

Par Mohamed DIAWARA


Publié lundi 22 décembre 2025 à 08:10

Concours des acteurs des médias: L’Essor en tête de peloton

En marge de la Journée mondiale de la population, la Direction nationale de la population (DNP), en partenariat avec le projet Horizon d’Espoir, a procédé ce jeudi 19 décembre 2025, à la remise des prix du Concours des acteurs des médias..

Par Mohamed DIAWARA


Publié dimanche 21 décembre 2025 à 19:03

Écoles communautaires à Bamako : Au bord du gouffre

La multiplication démesurée des écoles communautaires, la difficile intégration des enseignants dans la Fonction publique des Collectivités territoriales et l’irrégularité du paiement du fonds Adars étouffent ces établissements. Pourtant, ceux-ci sont censés accroître la scolarité dans les familles démunies.

Par Mohamed DIAWARA


Publié jeudi 18 décembre 2025 à 08:29

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner