Le quadragénaire Boubacar Diallo (nom d’emprunt) dans son atelier
Les couturiers sont
les artisans clés de la célébration de la fête de Tabaski. Ils sont
responsables de la confection des vêtements que des fidèles musulmans porteront
pour la circonstance. Face aux coupures d’électricité qui perturbent
immanquablement leur travail, certains tailleurs ont recours à la machine à
coudre mécanique qui fonctionne à l’aide d’une pédale.
Dans un atelier de
couture collectif à «Dabani», en Commune II du District de Bamako, sont
installés plusieurs tailleurs concentrés sur des habits à coudre. Des bruits de
machines à coudre, de la musique et des clients d’un côté marchandent le prix
de leurs vêtements. Plus loin, des personnes qui font du thé essayent de rendre
l’atmosphère plus agréable.
Dans ce brouhaha, un
jeune homme, habillé en Jeans et maillot de l’équipe du FC Barcelone assemble
des pièces de tissus au moyen d’un fil passé dans l’aiguille de sa machine à
coudre. Il pédale avec entrain, s’arrête par moments, prend un bout de tissu,
l’ajuste à un autre, puis les fait passer en dessous de l’aiguille et continue
à pédaler. Il ne s’arrête que pour découper un morceau de tissu ou prendre un
peu de thé. «Je suis le seul à avoir cette machine parmi la cinquantaine de
tailleurs qui travaille ici. Je travaille avec ça, car il n’y a pas
d’électricité et je n’ai aucun moyen de m’acheter un groupe électrogène»,
déclare Bourama Sacko avec agacement.
Malgré le travail et
les modèles limités, on constate que certains clients se tournent vers ces
tailleurs, car leurs prix sont moins chers. Contrairement à ceux qui utilisent
des machines électriques. «Je suis venue déposer les habits de mes enfants chez
Abdoul. Il coud à 7.500 Fcfa ce que des utilisateurs de la machine électronique
font jusqu’à 15.000 Fcfa», affirme une femme portant un enfant au dos.
Boubacar Diallo (nom d’emprunt), quadragénaire, barbe grisonnant, est assis dans son atelier situé à Djelibougou, non loin du Lycée Kodonso. La position de son local attire plusieurs clients. Mais hélas, il ne pourra pas répondre à toutes les sollicitations à cause des coupures d’électricité. «Je cherche à m’adapter, mais c’est très dur. Je suis obligé de travailler avec mon ancienne machine à coudre», se lamente-t-il. Il explique que le processus est très fatiguant et qu’il a des courbatures à force de pédaler. Boubacar Diallo prévoit de s’acheter un groupe électrogène, car il ne peut plus continuer dans ce pétrin. «Certes, je ne ferai pas beaucoup de bénéfices, mais je préfère cela. J’ai une famille à nourrir, des clients et des salariés à honorer», avoue-t-il.
150.000 Fcfa- Moussa
Touré, son apprenti, subi la même dure épreuve. «Avec les machines modernes, on
aurait fini cette partie depuis très longtemps. Les machines traditionnelles
ont fait leur temps. Aujourd’hui, les gens veulent des modèles et des broderies
compliqués, chose que les machines traditionnelles ne peuvent pas faire», fait
constater l’artisan. Il affirme que les capacités de cette machine sont
limitées par rapport à la demande de leur clientèle. Selon lui, cet appareil
n’a pas assez de force pour faire certains modèles et motifs. «Même si on
branche la machine traditionnelle, ces capacités seront toujours limitées. Avec
la machine moderne, il suffit de faire passer le tissu une fois sous l’aiguille
pour que le fil tienne, dit-il. Avec son ancêtre, tel n’est pas le cas».
Certains tailleurs
ont opté pour le solaire qu’ils qualifient de solution durable, efficace et économique
très rentable. C’est le cas de Abou, tailleurs et styliste au quartier Golf, en
Commune V du District de Bamako, à une centaine de mètre du centre de secours
de la Protection civile. La dizaine de machine à coudre de cet artiste aux dix
doigts de fée fonctionnent exclusivement avec l’énergie solaire. En tout, il
dispose de trois panneaux solaires d’une capacité de 250 W chacun, alimentant
deux petites batteries qui stockent l’énergie qui fait tourner les machines la
nuit. Installé à l’angle gauche de l’atelier, le système est contrôlé par un
ensemble régulateur, convertisseur et inverseur qui permettent de stabiliser
l’électricité produite en l’adaptant aux besoins des machines.
Ce mordu de l’élevage explique avoir migré vers le solaire à l’approche de l’Aïd al-Fitr, fête musulmane marquant la rupture du jeûne du mois de Ramadan. Cela après s’être convaincu qu’il n’y aurait pas de solution à court terme à cette situation inouïe que vit la société Énergie du Mali (EDM-SA).
Et le coût de
l’investissement est presque dérisoire au regard de l’avantage énorme que le
solaire offre au plan économique.
«Le tout m’a coûté environ 150.000 Fcfa. Je
suis autonome aujourd’hui à 100%. J’utilise l’électricité de la société Énergie
du Mali la nuit lorsque c’est disponible. J’ai également adapté les moteurs des
machines au solaire, elles consomment donc moins d’électricité», explique-t-il,
un large sourire au coin des lèvres. Aujourd’hui, ses factures d’électricités
dépassent à peine 5.000 Fcfa contre environ 30.000 à 35.000 Fcfa qu’il
dépensait pour alimenter son compteur prépayé (Isago) d’EDM-S. Et de nouveaux
clients continuent de solliciter les services de Abou.
Aminata DJIBO
Rédaction Lessor
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