#Mali : Tontine de bijoux en or : La fluctuation du prix du métal jaune peut jouer de mauvais tours

La tontine de bijoux en or, est considérée par certaines femmes comme un investissement sûr et rentable, le prix du métal jaune pouvant augmenter sur le long terme. Mais dans ce business, il arrive que le gain escompté ne soit pas au rendez-vous

Publié mardi 14 mai 2024 à 18:34 , mis à jour mardi 28 mai 2024 à 13:29
#Mali : Tontine de bijoux en or : La fluctuation du prix du métal jaune peut jouer de mauvais tours

 Sur le marché, on y trouve du 18, 21 et 24 carats

 

La tontine de bijoux en or est un système d’achat collectif qui se développe de plus en plus en Afrique de l’Ouest, notamment au Mali, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Le principe est simple : un groupe de personnes cotise chaque mois une somme d’argent définie et pendant une durée donnée (plusieurs mois ou années), ensuite l’ensemble des cotisations est utilisé pour acheter des bijoux en or. Il s’agit généralement de colliers, de bracelets ou des bagues qui sont distribués aux participants, selon un ordre prédéfini.

La tontine de bijoux permet à des personnes qui n’ont pas les moyens d’acheter un bijou en or de manière individuelle de s’en offrir. Les cotisations mensuelles étant généralement abordables. Fatoumata Diaby dite Faty est présidente d’une tontine d’or depuis 2020. «Mon groupe de tontine était constitué de 20 femmes, avec comme cotisation 50.000 ou 100.000 Fcfa par mois et par personne», dit celle dont les bijoux viennent de Dubaï, d’Inde et de Singapour. Le groupe se retrouvait ainsi avec 2.000.000 de Fcfa par mois pour l’achat de bijoux en or. Avant que la commande ne soit lancée, des photos des bijoux sont montrées à la bénéficiaire pour son choix, mais le grammage dépend de la hausse ou de la baisse du prix du gramme de l’or sur le marché. Sur le marché, on y trouve du 18, 21 et 24 carats.

Kyatou Sogodogo, quadragénaire, est une adhérente. Pour elle, la tontine peut être un moyen d’épargner de l’argent, car les cotisations versées ne sont récupérables. En plus, c’est de l’investissement pour elle, puisque le prix de l’or peut augmenter sur le long terme. Kyatou Sogodogo a pris l’habitude de vendre ses bijoux une fois que le prix de l’or grimpe.

Tatou Bocoum vend de l’or qu’elle achète à Dubaï. «J’amenais de l’or de Dubaï et j’avais du mal à écouler mes produits. Tous mes clients se plaignaient de la crise économique et c’est là que j’ai eu l’idée de faire une tontine pour vendre mes bijoux», confie-t-elle. Chaque participant paye 200.000 Fcfa, un prix fixe pour cinq personnes et renouvelable tous les cinq mois. Chaque mois, quelqu’un «ramasse» ses bijoux, selon le modèle voulu et le grammage dû.

 

PRIX FLUCTUANT- Le phénomène est en vogue. Mais dans ce business, il arrive que le gain escompté ne soit pas au rendez-vous. Amadou Traoré a interdit à son épouse d’adhérer à une tontine d’or. Ce cadre d’une banque a préféré ouvrir un compte d’épargne pour sa femme afin qu’elle économise pour s’acheter les bijoux dont elle raffole. En effet, soutient-il, le prix de l’or peut fluctuer, et il n’est pas garanti que la valeur des bijoux à la fin de la tontine soit supérieure ou égale au montant total des cotisations versées.

Tel fut le cas de sa femme qui, son tour arrivé, n’a pas eu la chance d’avoir au moins l’équivalent de sa cotisation. En plus, les bijoux en or proposés par les tontines sont souvent des modèles standard, avec peu de choix possible. Awa Sangaré, administrateur civil, abonde dans le même sens. «Il y a un an, on a eu à initier une tontine d’or de 25.000 Fcfa par mois, dans notre structure.

Les premières bénéficiaires ont eu, sans problème, leurs bijoux. Puis, la suite s’est compliquée. On a eu d’énormes problèmes pour avoir l’argent et jusqu’à présent je n’ai pas eu le montant qui me revient de droit», raconte-t-elle. Selon Djelika Diawara, économiste à la Faculté des sciences économiques et de gestion, les tontines favorisent la solidarité entre les membres du groupe, car ils cotisent tous pour un objectif commun. Cependant, la pratique porte quelques risques dont les pertes d’argent.

 En effet, si la personne qui organise la tontine est malhonnête, le processus peut ne pas arriver à terme. En plus, il y a des contraintes notamment celles liées au manque de flexibilité. «Il est difficile de quitter une tontine en cours de route, car cela peut pénaliser les autres participants», souligne l’économiste.

Et à Sékou Tangara, huissier de justice, d’ajouter que le manque de régulation est un défi majeur dans ce domaine. Pour lui, ce type de tontine n’est pas encadré par un cadre juridique ou réglementaire, ce qui peut exposer les participants à des risques de fraude ou de malversation. Toujours, selon cet huissier de justice, le caractère informel des tontines peut engendrer des conflits entre les participants, notamment en cas de litige.

Néanmoins, les tontines de bijoux en or demeurent une solution intéressante pour épargner et acquérir des bijoux en or. Il est essentiel de choisir une tontine de confiance et de s’assurer du sérieux des organisateurs. Il est également important de se renseigner sur le prix de l’or et sur les conditions de revente des bijoux avant de s’engager dans une tontine.

Anta CISSÉ

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