Abdoulaye Diop : «Il n’y a plus de base légale pour la France d’opérer sur le sol Malien»

Dans une interview accordée hier soir à la télévision nationale, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a expliqué en profondeur la décision du gouvernement de mettre fin aux accords de défense avec la France et ses partenaires européens. Toutefois, il rassure que notre pays continuera à coopérer avec toutes les nations qui le souhaitent mais dans le respect mutuel

Publié mercredi 04 mai 2022 à 05:21
Abdoulaye Diop : «Il n’y a plus de base légale pour la France d’opérer sur le sol Malien»

Que faut-il comprendre par le communiqué du gouvernement rendu public lundi soir ? 

 

Abdoulaye Diop : Le cadre juridique des relations entre le Mali et la France, en matière de coopération militaire est assis sur trois piliers. Donc, il y a trois accords. Il y a un premier accord qui date de 2013. Il a permis l’opération Serval au Mali, qui s’est transformée plus tard, pour couvrir les opérations de Barkhane. Ensuite, en 2014, on a signé un traité en matière de défense avec la France, mais qui concernait beaucoup plus la coopération militaire, la formation…Tout ce qui peut entrer dans le cadre d’une coopération d’État à État.

Plus tard, en mars 2020, on a signé un troisième accord avec la France, mais qui couvrait maintenant l’opération Takuba. Donc, il s’agit de pays européens que la France a conviés pour venir l’aider dans le cadre de la lutte antiterroriste. Ce sont les trois piliers de la coopération militaire qu’on a avec la France. Dans ce cadre là, il faut que les partenaires se parlent. En juin 2021, la France a décidé, après les événements de mai, de la rectification au Mali, de cesser les opérations conjointes avec l’Armée malienne.

De façon unilatérale, ils ont pris la décision que le Mali a apprise par voie de presse. Ce qui n’est pas normal. Quand on a un accord, ce sont des choses qui se discutent. C’était la première violation des accords.


En février 2022,  la France a aussi déclaré, par voie de presse, qu’elle retirait la Force Barkhane du Mali, sans au moins discuter avec nos autorités comment ce retrait va se mettre en place et s’organiser au moment où nous sommes tous pleinement engagés dans le cadre de la lutte antiterroriste. C’est une deuxième grande violation que nous avons dénoncée publiquement. Pas que la France n’ait pas le droit de retirer ses forces, mais quand on a un accord avec un partenaire, le minimum c’est de s’asseoir et discuter. 

Au-delà de tout ça, on a vu récemment, pendant que ce retrait est en train de s’organiser, qu’il y a beaucoup de violations. Le gouvernement a identifié près de 50 violations de notre espace aérien. Et pendant ce temps, à cause des opérations militaires qui sont en cours dans beaucoup de localités, le gouvernement a décidé de mettre en place une zone d’exclusion aérienne. C’est-à-dire une zone que seule l’armée de l’air malienne est autorisée à survoler. Pour les autres partenaires, ils ont des couloirs dédiés. Mais malgré cela, il y a des aéronefs qui rentrent et qui sortent.  

Certains même éteignent leurs appareils pour ne pas être identifiés. Nous considérons tout cela comme de la provocation. C’est vous dire qu’il y a une série de violations, parce qu’on ne reconnaît même pas d’abord qu’il y a un gouvernement au Mali. Des militaires étrangers viennent et sortent sans même respecter la souveraineté du Mali. Alors que nous sommes dans un environnement très complexe. Donc, c’est l’ensemble de ces violations que nous avons mis ensemble.

Les derniers évènements étaient pratiquement de l’espionnage de l’armée régulière du Mali sur son propre territoire. Avant tout ça, je dois indiquer que le Mali avait déjà rappelé au partenaire français, comme au G5 Sahel qu’il y avait des dispositions de l’accord de 2013 qui couvrent le détachement français dans le cadre de Barkhane. Pour indiquer que cet accord, en particulier, violait la souveraineté du Mali. Parce qu’il y a des zones au niveau de notre territoire où l’armée de l’air malienne n’est pas autorisée. Il y a aussi des gens en opération qui peuvent commettre un certain nombre d’actes où il n’y a aucune responsabilité.

Donc, le Mali a estimé que sa souveraineté n’était pas respectée, qu’il fallait procéder à la relecture de cet accord de 2013, qui est vraiment le gros du problème. Nous avons saisi la partie française de nos amendements depuis le mois de décembre de l’année dernière. C’est deux mois après que nous avons reçu une réponse de la France en disant qu’on va mettre en place une équipe d’experts pour travailler ensemble. Nous avons estimé que c’était des manœuvres dilatoires parce que jusqu’à ce jour on n’a pas reçu une réponse de la France.

C’est avec l’ensemble de ces éléments que le gouvernement a décidé que ces dispositions de l’accord de 2013, le traité de coopération de 2014, le protocole additionnel de 2020 qui concerne l’opération Takuba que nous allons dénoncer l’ensemble de ces dispositifs.


Mais, on ne peut pas tous les dénoncer ensemble parce que juridiquement dénoncer veut dire qu’on met un terme à l’accord ou que l’accord cesse de produire ses effets à l’égard d’une partie qui est le Mali. Donc, la dénonciation, c’est vraiment mettre fin. Mais pour mettre fin à un accord, il y a toujours des procédures. Maintenant, on a deux lots d’accords.

Le premier qui est le traité de coopération en matière de défense de 2014 en son article 26 alinéa 4 indique une procédure de dénonciation qui dit que si je décide de dénoncer aujourd’hui, l’accord ne cesse de produire ses effets vis-à-vis du Mali que six mois après. Cela veut que dire le Mali a encore des obligations vis-à-vis de l’autre partie, mais, six mois après l’accord cesse de produire tout effet sur le Mali à compter du 2 mai 2022. C’est pour le traité de coopération en matière de défense signé en 2014.

Maintenant, l’autre deuxième élément que nous devons comprendre, c’est l’accord qui préside à l’opération Barkhane pour faire la lutte anti-terrorisme, mais aussi à l’opération Takuba. Ce traité ne prévoit aucune disposition par rapport à la dénonciation.

Mais, le traité de Vienne sur le droit de traité dit clairement que même si une convention ne prévoit pas de façon expresse une procédure de dénonciation à travers les comportements d’une partie ou quand une partie procède aussi à des violations flagrantes comme nous l’avons indiqué : des mesures unilatérales qui ont été prises. Nous avons absolument le droit de mettre fin à ce traité, ce que nous avons fait. Donc, à compter du 2 mai l’accord qui concerne Barkhane et Takuba cesse de produire ses effets vis-à-vis du Mali.

Ce sont ces deux éléments que nous devons comprendre. Et ça veut dire qu’à partir de cet instant, il n’y a pas de base légale pour la France d’opérer sur le sol malien. Naturellement, ils sont en procédure de désengagement. Quoi qu’il en soit, quoi que tout ce qui se fait dans le territoire d’un état souverain doit être discuté et convenu avec l’État.

De façon tout à fait responsable, le gouvernement malien veillera à ce que les choses se fassent en bon ordre et dans le temps adéquat. Parce qu’on ne peut pas être dans une posture d’hostilité vis-à-vis du Mali à l’interne comme à l’extérieur et aussi pouvoir bénéficier de l‘ensemble des droits de circuler librement sur le territoire malien.

Le Mali a absolument le droit d’établir des zones d’interdiction et aussi d’établir de nouveaux protocoles pour des aéronefs étrangers pour circuler au dessus de notre territoire. En résumé, c’est ce qui s’est passé hier (lundi 2 mai 2022 Ndlr), c’est que le traité de coopération en matière de défense a été dénoncé par le Mali qui l’a exprimé de façon nette parce que la procédure veut qu’on fasse une notification à la France.


Hier nous avons reçu le chargé d’affaires français, cette notification à travers une note verbale qui est un document écrit leur a été remise pour indiquer l’ensemble des éléments d’informations. Ce traité de coopération en matière de défense, dans six mois, cessera de produire des effets vis-à-vis du Mali.

Maintenant, il a été déjà mis fin à l’accord qui concerne Barkhane et Takuba. C’est ce que nous essayons d’expliquer pour que nos concitoyens comprennent cela et que le Mali est en droit de le faire, vu les violations multiples par rapport à sa souveraineté et aux dispositions de ces accords parce qu’il y a des  éléments dedans qui sont attentatoires à la souveraineté du Mali.


Nous souhaitons que les uns et les autres comprennent ce qui a été décidé par rapport à cela malgré le jargon juridique qui existe. Mais je crois que c’est ce qu’on doit retenir aujourd’hui et que notre pays avancera et nous devons faire confiance à nos Forces de défense et de sécurité pour assurer la sécurité du pays. Elles sont en pleine opération.

Le Mali continuera à garder la porte ouverte à la coopération avec toutes les nations qui le souhaitent  mais dans le respect mutuel. Mais aussi  dans le respect de la souveraineté de notre pays et de notre désir d’œuvrer à la paix, à la sécurité et à la tranquillité de nos compatriotes  mais également à travailler avec l’ensemble de nos  pays voisins qui inscrivent leurs actions dans ce cadre.

Rédaction Lessor

Lire aussi : Dioïla : La campagne «N’TÉ, N’TALA» mobilise la jeunesse

La cérémonie de lancement régional de la campagne «N’té, N’tala» du Conseil régional de la jeunesse, initiative du ministère de la Jeunesse et des Sports chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, a été présidée, dimanche dernier, à Dioïla, par le conseille.

Lire aussi : Ténenkou : Réouverture des écoles à Dia

Le 11 mars 2026, des éléments de groupes armés s’étaient présentés au niveau des écoles de Dia, dans le Cercle de Ténenkou (Région de Mopti) pour inviter les enseignants à fermer les classes..

Lire aussi : Bourem : Plus de 3.200 cas de malnutrition enregistrés chez les enfants

Le district sanitaire de Bourem fait face à une montée de la malnutrition chez les enfants de 0 à 59 mois, avec un total de 3.212 cas recensés, dont 1.902 cas de malnutrition modérée et 1.310 cas sévères, a appris l’AMAP de source sanitaire..

Lire aussi : Kayes : Remise de médailles d’honneur de l’Administration du Territoire à quatre personnalités

Le gouverneur de la Région de Kayes, le Général de brigade Moussa Soumaré, a procédé, le lundi 20 avril dans la salle de conférences du gouvernorat, à la remise de médailles d’honneur de l’Administration du territoire, à Marie Dembélé, protocole du gouvernorat de Kayes, Alima Di.

Lire aussi : Mopti : Le gouverneur préside la première session ordinaire du CROCSAD au titre de 2026

Au titre de l’exercice budgétaire 2025, les membres du comité ont noté que l’État a alloué aux collectivités de la Région de Mopti, sur la dotation DIN-DIC, une subvention d’un montant total de plus de 777 millions de Fcfa.

Lire aussi : Jouets pour enfants : Un marché très lucratif

Pour satisfaire les mômes, les parents se plient volontiers à leurs caprices, ce qui fait le bonheur des vendeurs de ces objets de distraction.

Les articles de l'auteur

Ouagadougou : Echanges fructueux entre les présidents de la Confédération AES et de l’Union africaine

À l’issue de l’audience hier au Palais de Koulouba à Ouagadougou, le Président en exercice de l’Union africaine a déclaré qu’il connaît maintenant la réalité objective de la région du Sahel et il a félicité le Président du Faso et Président de la Confédération des États du Sahel (AES) pour son courage, son dévouement et son engagement pour la paix et la stabilité dans son pays.

Par Rédaction Lessor


Publié mardi 21 avril 2026 à 07:59

Mali : Salif Keïta de retour sur scène

Après une période de convalescence dans un pays étranger, la star de la musique malienne et africaine, Salif Keïta, est de retour sur scène depuis le 10 avril..

Par Rédaction Lessor


Publié vendredi 17 avril 2026 à 20:38

Cercle de Barouéli: Le ministre Sadio Camara pose la première pierre du camp de Konobougou

Après Dioila, le ministre d'État, ministre de la Défense et des anciens Combattants, le Général de corps d'armée Sadio Camara, a posé, vendredi 17 avril 2026, la première pierre du camp de Konobougou dans le Cercle de Barouéli (Région de Ségou)..

Par Rédaction Lessor


Publié vendredi 17 avril 2026 à 17:24

Sécurisation du territoire national : Bientôt un camp militaire à Dioila

Le ministre d'État, ministre de la Défense et des anciens Combattants, le Général de corps d'armée Sadio Camara, a procédé, ce jeudi 16 avril 2026, à la pose de la première pierre du camp de Dioila..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 16 avril 2026 à 19:15

Carburant : 653 camions-citernes arrivés ce mardi

-.

Par Rédaction Lessor


Publié mardi 14 avril 2026 à 17:47

Presse écrite : Mme Gakou a rendu visite aux différentes rédactions

Madame Gakou Fatou Niang s’est rendue lundi dans les rédactions de L’Essor, Podium, Kibaru et Sunjata, afin de s’entretenir avec les journalistes de la presse écrite..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 09 avril 2026 à 08:41

Caire : Les pays africains champions réunis pour la mise en œuvre du Pacte mondial pour les migrations

La rencontre vise à harmoniser les positions en vue de l’adoption d’une déclaration commune. La participation du Mali à cette rencontre revêt un intérêt stratégique majeur.

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 08 avril 2026 à 08:28

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner