Faits divers, Cour d’assises de Bamako : Dispute mortelle

À la suite d’une discussion entre deux camarades du même groupe l’un a tout simplement poignardé l’autre qui a finalement succombé suite à des blessures occasionnées. Les juges l’ont fait payer sa nervosité

Par

Publié vendredi 04 novembre 2022 à 07:37
Faits divers, Cour d’assises de Bamako : Dispute mortelle

Si le nommé Siratigui Coulibaly savait jusqu’où son acte criminel pouvait le conduire, il allait réfléchir par deux fois avant d’agir. Âgé d’une vingtaine d’années environ, ce jeune homme a été devant les juges de la Cour d’assises pour y être jugé conformément à la loi. Son crime ? à la suite d’une simple dispute entre amis au grin, il a osé porter des coups de poignard sur un certain Bou,  un de ses camarades d’âge.


Malheureusement pour lui, son acte a entrainé la mort de ce dernier peu de temps après. Cette histoire s’est passée courant 2018 à M’Bella, une Commune rurale de Kolokani (Koulikoro). Aux yeux de la loi, ces faits sont prévus et punis par les dispositions des articles 202 et 213 du code pénal pouvant donner lieu à des peines criminelles. 

Nous étions dans la nuit du 27 août 2018. Comme dans leur habitude Siratigui et son ami Bou (sa future victime) se trouvaient dans leur lieu habituel de causerie. Soudain, les échanges ont pris une tournure peu ordinaire entre eux. Conséquence. Une dispute éclata entre les deux compagnons de grin. Les autres copains ont vite fait d’intervenir pour circonscrire le malentendu et détendre l’atmosphère.

Un ami rancunier

Les choses auraient pu s’arrêter là, si Siratigui n’était pas du genre teigneux et rancunier. Aux autres copains du grin, il avait donné l’impression que tout était fini. Mais en réalité, il n’avait pas pu digérer les échanges verbaux souvent acerbes qui l’avaient opposé à Bou. Il a imaginé un plan machiavélique pour se venger  de son camarade. Au moment où ce dernier regagnait le domicile parental, Siratigui, qui avait dissimulé une arme blanche, a surgi dans la pénombre pour lui assener plusieurs coups de poignard.


L’effet de surprise était tel que la victime s’est écroulée sur le champ. Le malheureux a été rapidement secouru dans la foulée, et transporté d’urgence au Centre de santé de M’Bella. Peu de temps après, Bou a rendu l’âme suite aux blessures occasionnées par l’arme  blanche. La logique judiciaire s’est chargée de la suite. C’est comme cela que Siratigui a été interpellé puis renvoyer devant la Cour d’assises de Bamako pour y être jugé conformément à la loi.

Comme le font nombre d’inculpés, au cours de l’enquête préliminaire, le jeune homme a reconnu les faits sans grande difficulté. Il est resté dans cette logique devant le magistrat instructeur.

Justification trop simpliste

Mais une fois à la barre, il a tenté de les reconnaître qu’en partie. Il s’est défendu affirmant n’avoir jamais eu l’intention de donner la mort à son camarade. Puis, l’accusé s’est mué dans un silence total sans vouloir rien ajouter à cette affirmation. 

Cette attitude et, cette affirmation semblaient trop simplistes pour le parquet pour justifier un acte criminel de ce genre. Partant de là, le défenseur des citoyens a estimé dans sa réquisition que le jeune homme a agi en connaissance de cause. Le magistrat a qualifié l’acte de prémédité.  « Il a préparé un stratagème pour attenter à la vie de son camarade a cause d’une banale dispute. Il a volontairement donné des coups mortels à sa victime. Et c’est suite à la blessure que celle-ci a succombé ». Auparavant, le défenseur des citoyens est revenu sur les faits tels qu’ils sont ressortis de l’arrêt de renvoi.


Il a ensuite requis à la Cour d’entrer en voie de condamnation contre l’accusé sans le faire bénéficier de circonstances atténuantes. D’où la réaction de la défense qui a plaidé une peine légère pour son client. Pour l’avocat, non seulement l’accusé est très jeune, mais aussi le temps qu’il a passé derrière les barreaux lui servira de leçon. Pour mieux soutenir sa plaidoirie, le conseil a rappelé que l’accusé a fait part de son regret total depuis l’enquête préliminaire.


Mieux que çà,  il a même demandé pardon au parent du défunt. « Même si l’inculpé a passé toute sa vie en prison, cela ne peut plus faire revenir le défunt », s’est finalement défendu l’avocat. Néanmoins, la Cour a reconnu Siratigui coupable, avec le bénéfice de circonstances atténuantes. Le garçon a finalement  pris 5 ans de réclusion ferme.



 

La gifle était mortelle

Après, c’était au tour de Moumouni Diarra de comparaître pour la même infraction de coups mortels dont son épouse Kadia Coulibaly a été la victime. L’affaire s’est déroulée suite à une altercation pour une histoire de gris-gris trouvé dans leur domicile. Excédé des plaintes de son épouse, Moumouni lui a administré une gifle. Et la malheureuse en est morte. Cela s’est passé en 2018 à Sanando.

 Moumouni et sa femme sont mariés depuis plus d’une dizaine d’années. De leur union sont issus 4 enfants. Le jour des faits, un samedi, c’est une banale histoire de découverte de gris-gris qui a créé la tension dans le domicile conjugale.

Analyses médicales compromettantes

À la suite de la découverte d’un fétiche dans leur domicile, la dame a passé toute la journée à parler de cette affaire et soutenait que quelqu’un voulait l’envouter. Elle ressassait cette affaire jusqu’au crépuscule. Lassé de l’entendre râler, Moumouni n’a pas hésité de la griffer. Afin qu’elle arrête de se plaindre par rapport à sa trouvaille.

Elle tombait puis se relevait. Aux environs de 20 heures, elle disait à son mari qu’elle était malade. Celui-ci l’amena chez un guérisseur traditionnel avant de l’amener vers 21 heures au Centre de santé de référence de Sanando. Le lendemain dimanche, 9 décembre 2018, elle était évacuée à Ségou pour des examens radiographiques. La victime décédait le 10 décembre 2021 au petit matin avant que l’on ne présente le résultat de ses analyses médicales au médecin. Pour ses beaux-parents, Kadia Coulibaly est décédée des suites des coups qu’elle a reçus.

Du moins c’est ce qui ressort de l’acte d’accusation.

Moumouni tenu responsable des faits, est interpellé par la suite avant d’être inculpé pour coups mortels  devant les juges de la Cour d’assises. à la barre devant les juges, l’inculpé a reconnu le fait d’avoir porté la main sur sa femme sans pourtant admettre lui donner la mort. Il  en fut de même  depuis l’enquête préliminaire que devant le juge instructeur. « Ma gifle n’a pas causé sa mort. Je ne l’ai giflé qu’une fois.

C’était la seule fois de lever la main sur elle », dit-il. Dans ses déclarations, il a soutenu n’avoir donné seulement qu’une gifle à sa femme pour qu’elle se taise car depuis le matin elle le harcelait avec l’histoire de gris-gris découvert dans la chambre alors qu’il n’était au courant de rien. Et que depuis cette gifle, c’est durant la nuit que sa femme s’est plainte qu’elle ne se sentait pas bien. C’est ainsi qu’il l’a conduit chez le guérisseur puis à l’hôpital où elle a rendu l’âme.

Une affaire spécifique

Le ministère public s’est dit convaincu de sa culpabilité. Pour lui, à cause d’une histoire banale, il a giflé sa femme et c’est ce coup, dit-il, qui a déclenché la mort de sa pauvre femme. « Voilà une banale histoire qui s’est produite et s’est malheureusement transformée en drame. Les coups portés ont précipité sa mort », dit-il. Le parquet est allé jusqu’à dire que l’accusé fait comme si une gifle ne pouvait pas donner la mort.

La spécificité de l’affaire, a-t-il estimé, est que le coup porté était volontaire mais le résultat escompté n’a pas été souhaité. Toute chose qui lui fera dire que l’infraction de coups mortels est bien assise et que les faits étaient établis.

Partant de ce constat, il a requis de le maintenir dans les liens de l’accusation sans circonstances atténuantes. Face à la culpabilité établie de son client, le conseil de l’accusé n’a pas voulu traîner les débats. Il a plaidé coupable en sollicitant des circonstances atténuantes. Après délibération, Moumouni a été reconnu coupable des faits avec des circonstances atténuantes et a écopé de 4 ans de prison.    

Tiedié DOUMBIA

Lire aussi : Cour d’assises de Bamako : Détenu pendant 3 ans pour avoir sollicité une bise

«Attentat à la pudeur, menace de mort, séquestration de personne et charlatanisme ». Ces accusations sont reprochées à un certain Ousmane Konaté qui a comparu devant les juges de la Cour d’assises la semaine dernière pour s’expliquer et se défendre afin d’échapper à la loi..

Lire aussi : #Mali : Colloque des communautés de culture Songhoy : Recoudre le tissu social par la culture

Le Palais de la culture Amadou Hampâté Ba a abrité, les 15, 16 et 17 février derniers, la première édition du Festival des communautés de culture songhoy. À cette occasion, l’Association des communautés de culture Songhay en mouvement Irganda, initiatrice de l’évènement, a organisé,.

Lire aussi : Cour d’assises de Bamako : Ils paient pour leur intrépidité

Les deux compères s’attaquaient nuitamment aux échoppes ou ateliers de couture dans le quartier pour dérober des objets de valeur. La justice a eu la main lourde pour eux.

Lire aussi : Cour d’assises de Bamako : L’escroc écope de 15 mois de réclusion ferme

Par des manœuvres frauduleuses, il parvint à soutirer une importante somme d’argent à sa victime. Puis, il tentera de se débarrasser de cette dernière d’une manière étrange.

Lire aussi : #Mali : #Cour d’assises de Bamako : Cinq ans de réclusion pour une tentative de meurtre

Sur un coup de tête, la dame tenta d’égorger son mari, puis feint la démence devant la Cour….

Lire aussi : #Mali : Cour d’assises de Bamako : Oncle et neveu paient pour leur forfait

Au Mali, le code pénal prévoit et punit l’infraction de viol et complicité, atteinte à l’intimité de la personne en ses articles 226, 24 et 126. Amadou Coulibaly et Moussa Coulibaly ont eu la malchance de tomber sous le coup des dits articles et ont comparu devant les juges de la Cour d’.

Les articles de l'auteur

Cour d’assises de Bamako : Détenu pendant 3 ans pour avoir sollicité une bise

«Attentat à la pudeur, menace de mort, séquestration de personne et charlatanisme ». Ces accusations sont reprochées à un certain Ousmane Konaté qui a comparu devant les juges de la Cour d’assises la semaine dernière pour s’expliquer et se défendre afin d’échapper à la loi..

Par Tiedié DOUMBIA


Publié mardi 20 février 2024 à 08:10

#Mali : Colloque des communautés de culture Songhoy : Recoudre le tissu social par la culture

Le Palais de la culture Amadou Hampâté Ba a abrité, les 15, 16 et 17 février derniers, la première édition du Festival des communautés de culture songhoy. À cette occasion, l’Association des communautés de culture Songhay en mouvement Irganda, initiatrice de l’évènement, a organisé, du vendredi au samedi dernier, un colloque scientifique sur la langue et l’histoire songhoy sous le thème : «Communion et résilience pour le Mali»..

Par Tiedié DOUMBIA


Publié mardi 20 février 2024 à 07:53

Cour d’assises de Bamako : Ils paient pour leur intrépidité

Les deux compères s’attaquaient nuitamment aux échoppes ou ateliers de couture dans le quartier pour dérober des objets de valeur. La justice a eu la main lourde pour eux.

Par Tiedié DOUMBIA


Publié vendredi 16 février 2024 à 09:42

Cour d’assises de Bamako : L’escroc écope de 15 mois de réclusion ferme

Par des manœuvres frauduleuses, il parvint à soutirer une importante somme d’argent à sa victime. Puis, il tentera de se débarrasser de cette dernière d’une manière étrange.

Par Tiedié DOUMBIA


Publié mercredi 14 février 2024 à 08:25

#Mali : #Cour d’assises de Bamako : Cinq ans de réclusion pour une tentative de meurtre

Sur un coup de tête, la dame tenta d’égorger son mari, puis feint la démence devant la Cour….

Par Tiedié DOUMBIA


Publié vendredi 09 février 2024 à 08:11

#Mali : Cour d’assises de Bamako : Oncle et neveu paient pour leur forfait

Au Mali, le code pénal prévoit et punit l’infraction de viol et complicité, atteinte à l’intimité de la personne en ses articles 226, 24 et 126. Amadou Coulibaly et Moussa Coulibaly ont eu la malchance de tomber sous le coup des dits articles et ont comparu devant les juges de la Cour d’assises de Bamako pour répondre de leurs actes. Les accusés seraient tous les deux de la même famille. Le premier (Amadou) n’est autre que l’oncle du second (Moussa)..

Par Tiedié DOUMBIA


Publié mercredi 07 février 2024 à 09:20

#Mali : Tribunal militaire de Bamako : Des peines proportionnelles aux actes

Les travaux de la session d’assises militaires ont débuté la semaine dernière au Tribunal militaire de Bamako..

Par Tiedié DOUMBIA


Publié mardi 06 février 2024 à 08:06

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner