Le drapeau national est très convoité par les Bamakois en cette période de CAN
Le
football est une compétition sportive qui fédère les énergies et les
passions et fait vibrer la fibre patriotique lors des rencontres. Quand
des compétitions sportives majeures comme la Coupe du monde de football
ou la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) se jouent, l’effervescence monte
de plusieurs crans dans nos villes et campagnes. C’est encore plus
intense si l’équipe nationale, les Aigles, est dans la compétition. Dans
les maisons comme dans les coins des rues, les gens se rassemblent pour
supporter l’équipe nationale dans la ferveur. Et à chaque victoire des
Aigles, des milliers de Maliens descendent dans la rue pour manifester
leur joie dans tout le pays.
Si
les compétitions génèrent à l’échelle des pays participants des revenus
colossaux à travers les droits de retransmission et les espaces
publicitaires, d’autres personnes, à une échelle plus modeste, tentent
de tirer leur épingle du jeu en mettant des gadgets sur le marché.
Ainsi, à chaque CAN, une ferveur particulière s’empare des rues de
Bamako où des drapeaux, bandeaux tricolores, vuvuzelas et maillots
s'invitent à presque tous les carrefours. La capitale, jadis connu pour
son dynamisme économique, devient ainsi une véritable fourmilière
commerciale le temps de la compétition.
Preuve
que cette compétition, bien plus qu’une simple activité sportive, se
transforme aussi en une opportunité qui se mue en fierté nationale. «
Quand le Mali joue, depuis le matin je me mets aux couleurs du drapeau
national. Je vends tout ce qui peut représenter le pays», confie un
jeune commerçant, drapeaux sur les épaules et vuvuzelas à la main. C’est
d’ailleurs cette ferveur qui pousse de nombreux supporters à se
transformer en vendeurs d’accessoires.
Mahamadou
Diallo, 14 ans, vend des drapeaux depuis le début de la compétition.
Rencontré aux feux tricolores de Daoudabougou, il confie: « C’est mon
business du moment et ça marche bien.» Le petit drapeau, renseigne-t-il,
est vendu à 500 Fcfa l’unité, tandis que la douzaine est cédée à 3.000
francs. Les jours de match, il affirme pouvoir écouler jusqu’à dix
paquets.
Même constat au monument de l’Indépendance en plein cœur de la capitale où Abdrahamane propose des bandeaux personnalisés aux couleurs nationales pour la tête et les mains. «Les bandeaux sont très demandés, parce qu’ils ne coûtent pas cher et c’est stylé. Avec seulement 500 Fcfa, tu peux montrer ton soutien au Mali», explique-t-il, précisant qu’il lui arrive de s'approvisionner plusieurs fois dans la journée.
UN ACTE FESTIF ET PATRIOTIQUE-
Qui dit supporter, dit également vuvuzela, une longue trompette en
plastique qui a eu un succès planétaire lors de la Coupe du monde en
2010 en Afrique du Sud. Elle est devenue un incontournable accessoire de
l’ambiance CAN. Il faut rappeler que cet instrument traditionnel sud
africain était utilisé dans les stades du pays pour encourager les
équipes de football depuis les années 1990. Il produit un bruit
assourdissant pour galvaniser les équipes sur les terrains. Très prisées
dans les rues et les fan-zones, les vuvuzela figurent parmi les
articles les plus recherchés.
« L’unité est vendue entre 500 et
2.000 Fcfa, mais en gros, la douzaine coûte entre 3.000 et 3.500 francs
en fonction des modèles. Ce sont surtout les jeunes qui les achètent
pour faire du bruit, quand on gagne», indique un vendeur de Bamako
Coura.
Les
vendeurs s’approvisionnent principalement au Grand marché de Bamako,
notamment auprès des commerçants chinois. Dès la veille des matchs,
certains liquident leur stock et se réapprovisionnent le jour du match.
«Même avec la concurrence, chacun arrive à tirer son épingle du jeu, car
les clients ne manquent pas», ajoute-t-il.
La
CAN rime également avec maillots. Si le maillot original des Aigles est
vendu à plus de 30.000 Fcfa, des versions moins chères sont largement
proposées au Grand marché de Bamako et sur les réseaux sociaux. Les prix
varient entre 3.000 et 10.000 francs, parfois avec personnalisation, au
grand bonheur des vendeurs et des clients. Ousmane Ba préfère ces
maillots accessibles le temps de voir son pays à la finale. « J’attends
d’abord la qualification des Aigles. Pour cette occasion spéciale,
j’achèterais l’original même si cela doit me coûter plus de 30.000
francs, In cha Allah !», affirme-t-il.
Pour
les clients, l’achat de ces articles est à la fois un acte festif et
patriotique. « Ce n’est pas juste un drapeau, c’est une façon de montrer
qu’on est un supporter inconditionnel des Aigles. Pour ça, aucun
sacrifice n’est de trop », soutient Adama Diarra, rencontré devant un
écran géant. Mohamed Coulibaly renchérit : «Les supporters sont le
douzième homme. C’est nous qui motivons l’équipe, et pour ça, il faut
porter les couleurs nationales et créer l’ambiance ».
De
son côté, Noss affirme que le drapeau est son accessoire
incontournable. « Je l’accroche sur ma Sotrama les jours de match »,
confie-t-il. Pour Mariam Diallo, la CAN est surtout un moment de
retrouvailles en famille : «On achète les accessoires pour tous les
membres de la famille pour regarder le match ensemble. Tel un jour de
fête.»
Au-delà
des accessoires, d’autres activités prospèrent avec la magie de la CAN.
Des vendeurs de boissons, d’eau et même de cartes de recharge
téléphonique se frottent les mains dans les lieux de regroupement. Comme
quoi, la Coupe d’Afrique des Nations est aussi synonyme
d’entrepreneuriat.
Si la CAN ne dure qu’un temps, elle constitue toutefois une source de revenus importante pour de nombreuses personnes. Cette compétition africaine apparaît ainsi comme un véritable levier économique, où passion sportive et commerce font bon ménage dans les rues de la cité.
DEMBÉLÉ Siguéta Salimata
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