Filière peau et cuir : Un pilier important de l’économie nationale

La filière peau et cuir demeure un pilier stratégique de l’économie malienne. Estimée à 1,55 milliard de Fcfa, la production nationale est exportée vers le Ghana, la Côte d’ivoire, le Sénégal, le Nigeria et le Niger

Publié jeudi 19 février 2026 à 08:50
Filière peau et cuir : Un pilier important de l’économie nationale

La peau désigne la partie externe des animaux (vaches, porcs, chèvres, moutons, etc.), une couche qui protège l’animal de l’environnement qui l’entoure. Elle est considérée comme une matière première et ne peut en aucun cas être utilisée pour des fins artisanal sans avoir été préalablement traitée. Et le cuir est le produit obtenu en soumettant la peau au processus de tannage, c’est-à-dire après traitement.

Notre pays est un pays agropastoral, avec un cheptel important de bovins, d’ovins, de caprins et de camelins. Selon les statistiques de l’Institut nationale de la statistique (Instat), le cheptel demeure la principale source de subsistance pour plus de 30% de la population malienne. Et la peau et le cuir sont des sous-produits de l’élevage issus des abattages et constituent l’un des principaux pourvoyeurs de fonds du commerce du bétail et de la viande, d’où une valorisation des animaux au-delà de la viande et du lait, affirme le Directeur national des productions et industries animales (DNPIA). Diakaridia Ouattara souligne que la peau et le cuir sont d’une grande importance économique au Mali, tant sur le plan local qu’international, car les quantités de cuirs et peaux exportées sont évaluées à 1,55 milliard de Fcfa.

Il ajoute que la filière de la viande de boucherie est essentiellement financée, grâce aux fonds générés par les ventes et achats de cuirs et peaux à travers des préfinancements consentis par les partenaires étrangers. Sur le plan industriel, le directeur de la DNPIA explique que cette industrie joue un rôle significatif dans l’économie malienne. Les artisans du cuir (cordonniers, tanneurs, maroquiniers) en vivent, en particulier dans des villes comme Mopti, Ségou, Sikasso et Bamako.

Selon le directeur national de la DNPIA, la filière génère des opportunités d’emploi directes et indirectes, de la collecte à la transformation artisanale. Elle joue un rôle clé dans l’autonomisation, notamment pour les femmes et les jeunes dans les zones rurales et périurbaines. La valorisation du cuir et de la peau participe ainsi à la baisse tendancielle du taux de pauvreté national estimé à 45,3% en fin 2023, en offrant des revenus complémentaires aux éleveurs.




La filière génère des opportunités d’emploi directes et indirectes, de la collecte à la transformation artisanale

Provenant des abattages contrôlés au niveau des différents abattoirs à travers le pays, la quantité de peaux et cuirs produite dans les différents centres d’abattage du pays est estimée à 484.268 pièces de cuirs verts, 500.559 pièces de peaux ovines vertes, 858.416 peaux vertes caprines et 3.092 pièces de cuirs camelines en 2024, révèle Diakaridia Ouattara. Et de poursuivre qu’aussi, les exportations contrôlées sont d’environ 173.017 pièces de cuirs verts, 115.150 de peaux ovines, 73.272 peaux caprines. Les pays de destination sont le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Nigeria et le Niger. 

 

CRÉATION D’EMPLOIS- L’Administrateur provisoire de l’abattoir de Sabalibougou Coura confirme que la peau et le cuir font partie des revenus significatifs chez les bouchers, car c’est à partir de la vente de ces produits que les affaires des bouchers tournent. Aussi, la grande partie est destinée à l’exportation, toute chose qui fait entrer de l’argent  dans notre économie, explique Arouna Sangaré. Et d’ajouter que son abattoir abat en moyenne plus 132 bovins et 200 petits ruminants par jour.

En plus d’être un business chez les bouchers, les négociants des peaux et cuirs emploient des gens, chargés de les ramasser, les laver, sécher et emmagasiner. Toute chose qui contribue à la lutte contre le chômage et la pauvreté, indique l’administrateur provisoire. Il explique qu’en plus de cet aspect, ces sous-produits d’élevage sont utilisés pour la fabrication de plusieurs objets : chaussures, habits, tapis, coussins, ceintures, fauteuils, sacs, tam-tam, etc. Aujourd’hui, les cuirs et peaux continuent d’occuper une place prépondérante dans l’artisanat.


À la Maison des artisans sise au Grand marché de Bamako, la peau est transformée en divers objets. Bafouré Dembaga, artisan, a hérité de ce savoir de son père et depuis son enfance. Il fabrique des sacs, des ceintures et portefeuilles avec le cuir des petits ruminants. Il affirme que la peau est aussi importante que les autres parties de l’animal. Selon lui, le métier a pris un coup, car les produits fabriqués à partir de la peau ne sont pas valorisés dans notre pays. Toute chose qui oblige les artisans à vendre à l’extérieur, comme en Chine, l’Europe et l’Amérique.

Mody Diawara achète la peau à 1.500 Fcfa, qu’il transforme en sac. Il vend ces sacs entre 10.000 et 30.000 Fcfa. Pour lui, ce travail marche seulement avec les foires d’expositions à l’étranger. “En dehors de ces occasions, tu peux faire un mois sans vendre un seul sac” affirme-t-il. La vendeuse de peaux et de cuirs Aïssata Diakité estime que la peau a perdu sa valeur et qu’il n’y a plus assez de bénéfice. Celle qui travaille la peau depuis ses 10 ans, achète des peaux fraiches déchirées (non exportables par l’usine) de petits ruminants, notamment de chèvre ou de mouton.

 «Quant on a la peau à l’état brut, on enlève les poils pour qu’elle soit réutilisable par les artisans. J’ai hérité de ce travail de mes parents et grands parents depuis plus de 30 ans», explique Aïssata. Elle peut vendre plus de 10 peaux par jour et les prix varient entre 500 et 1.500 Fcfa.

Pour Drissa Sanogo de la commission assainissement de l’artisanat et non moins artisan, la peau a beaucoup d’importance, car elle contribue à créer des emplois et nourrit des familles.



 Cependant, notre interlocuteur déplore qu’en ce moment, les boutiques à l’artisanat sont remplies de produits non vendus. Selon lui, les Maliens préfèrent les produits étrangers au «made in Mali». Alors que ces produits importés coûtent plus chers et sont moins résistants.



En plus de la difficulté pour eux d’écouler leurs marchandises, les artisans font face au manque de matériels et d’équipements adéquats pour la transformation. Une situation qui amène certains à importer le cuir du Burkina Faso.

Anne Marie KEITA

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