Hôtels et restaurants : Une période de vaches maigres

Les établissements hôteliers vivent de grandes difficultés liées à la crise sécurité et aux effets de la Covid-19. Certains ont dégraissé un peu et d’autres risquent de mettre la clé sous le paillasson. La situation des restaurant n’est guère mieux

Publié mardi 17 décembre 2024 à 08:19
Hôtels et restaurants : Une période de vaches maigres

Beaucoup d’hôtels ont été contraints à dégraisser à cause de la crise

 

Sans clientèle, le secteur de l’hôtellerie et de la restauration n’est ni économiquement, ni financièrement viable. Et c’est de l’absence de clients dont souffrent véritablement les acteurs opérants dans ces domaines dans notre pays. Ce qui fait dire beaucoup d’entre eux qu’une réelle menace pèse sur la survie de leurs établissements qui se voient obligés de mettre des travailleurs en congé technique ou de les licencier parce que les affaires tournent au ralenti.

Tous se disent inquiets de ne plus accueillir, plus souvent, des clients qui participent à des ateliers, séminaires, colloques et conférences, des touristes ou autres visiteurs, et de prospérer. Cette situation est liée pour certains aux conditions sécuritaires dans notre pays, pour d’autres à une crise structurelle.

Un week-end dans un hôtel à Siby, une bourgade située à moins d’une quarantaine de kilomètres de Bamako. La réception commence à jaunir sous l’effet de la poussière. Le gérant se tourne les pouces. De temps à autre, il jette un petit coup d’œil sur un écran de télévision allumé en face pour voir le journal télévisé d’Africanews.

Sans lui parler de notre étonnement, il semble lire dans nos pensées et explique à brûle-pourpoint que c’est une triste situation que vit désormais son établissement hôtelier qui grouillait de monde autrefois. «Nous avons dégraissé et la dame qui s’occupait de l’entretien des chambres a été licenciée», explique-t-il.

Cette réalité rappelle les propos du secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Zurab Pololikashvili disait : «Notre secteur permet de vivre, de gagner non seulement un salaire, mais aussi d’avoir de la dignité et de l’égalité.» En d’autres termes la vulnérabilité du secteur peut avoir de graves conséquences sur beaucoup d’emplois.

L’hôtelier de Siby explique que depuis l’éclatement des crises sécuritaire et sanitaire (le coronavirus), son établissement vit une situation peu enviable parce que les clients sont rares. Ceux-ci étaient majoritairement constitués de touristes qui venaient explorer les sites historiques, touristiques voire les ruines ou vestiges de civilisations anciennes dans notre pays. Au niveau du bar de son hôtel une serveuse est aux petits soins d’une poignée de buveurs.

Cette clique par bibacité et par habitude s’y retrouve les weekends. Comme dans cet établissement hospitalier, c’est la même navrante réalité un peu partout dans les hôtels : les clients ne se bousculent pas aux portillons.

Pour y faire face des structures comme l’Agence pour la promotion touristique du Mali (APTM) ont entrepris des actions de relance du secteur. Son directeur général cite en exemple le projet «Voyage intégrateur», un séjour touristique au contenu à la fois pédagogique, culturel et ludique à l’intention des jeunes scolaires de différentes régions du pays et le City Tour destiné aux personnalités politiques, célébrités et autres catégories. En outre, explique Sidy Keïta, il y a eu des actions de communication et des spots de sensibilisation à la télévision nationale ou d’autres activités pour accompagner les acteurs.

 

19,5 MILLIARDS DE FCFA- Ces actions jugées louables ne semblent pas dissiper toutes les inquiétudes chez les hôteliers et autres restaurateurs. Le secrétaire général de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière du Mali  (FNIHM), Yamadou Diallo, figure parmi ceux qui sont loin d’être rassurés par ces démarches. Il se lance dans une comparaison de période d’avant et pendant la crise pour jauger l’ampleur de la situation, avant de déplorer l’inscription de notre pays sur la zone rouge dans les grands aéroports du monde.

Ce qui a poussé de nombreux touristes à éviter la destination Mali. Selon les statistiques de la direction nationale du tourisme de 2009, notre pays a enregistré 166.914 touristes pour un peu plus de 103 milliards de Fcfa. En 2011, ils étaient 133.877 pour environ 50 milliards de Fcfa, avant de retomber en 2021 à un peu plus de 19,5 milliards de Fcfa.

Pour inverser la tendance, le FNIHM a déclenché plusieurs actions et proposé des mesures visant à les aider à sortir la tête de l’eau. Il s’agit de la demande d’allègement de la fiscalité, de moratoires sur les redressements fiscaux et le paiement des charges sociales, ainsi que la réduction de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et la mise en place d’un fonds spécial pour soutenir le secteur. Yamadou Diallo trouve que si l’on avait agi dans ce sens, on serait peut-être dans une situation moins catastrophique aujourd’hui.

Cela aurait été un véritable bol d’air pour les hôtels et les restaurants, insiste-il. Il reconnaît qu’il y a eu des initiatives salutaires du gouvernement, notamment le décaissement d’un fonds Covid-19 pour soutenir le secteur et la distribution de céréales aux employés de l’hôtellerie et de la restauration.

Yamadou Diallo pointe du doigt un phénomène qui, selon lui, est un paradoxe dans le domaine de l’hôtellerie. «Les prestations étatiques sont attribuées à des prestataires qui ne payent ni taxe, ni impôt», tonne-t-il. Cet état de fait contribue à mettre à genoux les établissements hôteliers. Au même moment, déplore-t-il, les hôtels sont harcelés par les services des impôts. Sachant bien que les hôtels font face à plusieurs exigences sur le plan législatif et administratif.

Le secrétaire général de la FNIHM déplore également la faible fréquentation de ces établissements par les nationaux, or ces structures doivent faire face à des charges liées aux salaires du personnel et allocations familiales, mais aussi aux factures d’eau et d’électricité. Il évoque à titre d’exemple le cas des fonctionnaires en mission qui préfèrent séjourner dans les structures d’hébergement des services de l’État, moyennant une somme forfaitaire ou souvent gracieusement.

Le responsable de la FNIHM n’est pas le seul à exprimer une inquiétude. Joint au téléphone, le gérant de l’hôtel Nèma Yoro de Mopti, Amadou Dolo, parle de son amertume à qui veut l’entendre. Il incrimine le système développé par les Organisations non gouvernementales (ONG) qui, selon lui, ont décidé de bouder les hôtels et de louer des villas. Il attribue aussi la période de vaches maigres à d’autres facteurs comme la psychose liée aux multiples attaques terroristes. 

Le patron de l’établissement de restauration «Dun ka fa», prosaïquement manger à satiété en bamanankan, à Niamana, Ousmane Barry, pense arriver à joindre les deux bouts. Il souligne que c’est une question d’offre gastronomique et de type de clientèle.

«J’ai initié mon projet en tenant compte du revenu du Malien moyen. Ce qui fait que beaucoup de personnes peuvent venir s’empiffrer de bons plats dans mon restaurant à des prix abordables.

Mais, les établissements de standing européen ont forcément des soucis parce qu’ils ne sont pas accessibles à la bourse du citoyen lambda», clarifie le restaurateur. Oumar N’diaye, un client retrouvé dans un hôtel de la place, a accepté d’opiner sur la question.

Il pense que contrairement à un préjugé, manger ou séjourner dans un hôtel n’est pas forcément un signe de bourgeoisie, mais plutôt une question d’hygiène et de sécurité alimentaire. C’est aussi culturel.

Amadou SOW

Lire aussi : Tombouctou : L’Imam de la Mosquée Sankoré s’est éteint à l’âge de 92 ans

L’Imam de la Mosquée de Sankoré, Abderrahmane Ben Alhakoum Al Aquib Seyfou communément appelé par ses proches Allimam Alhakoum est décédé samedi à Tombouctou à l’âge de 92 ans des suites d’une maladie, a-t-on appris d’une source proche de sa famille..

Lire aussi : BLA: Un mort et 30 blessés dans le renversement d’un car sur la RN6

Un accident de la circulation survenu, ce samedi 3 octobre 2026, sur la Route Nationale 6 (RN6), sur l’axe Bla–San, a fait un mort et trente blessés..

Lire aussi : Session ordinaire d’octobre 2026 du CNT : Les travaux s’ouvrent ce lundi

La session ordinaire d’octobre 2026 du Conseil national de Transition (CNT) s’ouvre, ce lundi 5 octobre 2026, sous la présidence de son président le Général de corps d’armée Malick Diaw. Prévue pour une durée de 75 jours, cette session sera consacrée, notamment à l’examen et au vote.

Lire aussi : Coopération : Le ministre Fomba visite les locaux de L'UNICEF

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) déploie des actions importantes pour accompagner les efforts de l’Etat. L’organisation dispose d’un mécanisme pour valoriser les efforts de la jeunesse..

Lire aussi : Journée internationale de la non-violence : L’ambassade de l’Inde organise un marathon de l’amitié avec le Mali

L’ambassade de l’Inde au Mali a organisé, ce vendredi 02 octobre 2026, un marathon de l’amitié Inde-Mali. L’initiative s’inscrit dans le cadre de la Journée internationale de la non-violence, célébrée chaque 2 octobre et qui coïncide avec la date anniversaire de la naissance de Maha.

Lire aussi : Gestion communale : La Mairie de la commune V élabore son PDESC 2027-2031

Le document traduit la volonté des autorités communales de se projeter vers l’avenir avec une vision claire, partagée et réaliste des actions à entreprendre au cours des cinq prochaines années.

Les articles de l'auteur

Centre Kandioura Coulibaly : La continuité d’une vision

Parfois, le destin freine l’ambition des hommes. C’est le cas de Kandioura Coulibaly, artiste-compositeur et créateur de mode, qui nourrissait l’ambition de construire l’un des plus grands musées d’Afrique consacrés, à l’accoutrement et aux parures..

Par Amadou SOW


Publié jeudi 17 septembre 2026 à 16:42

Mine : Cheick Ahamed Théra, meilleur entrepreneur minier

Le PDG de Mali Mining Services (MMS) et de Salmamy Drill a été distingué lors de la 10è édition des Kewalé Pan Africa Awards.

Par Amadou SOW


Publié jeudi 17 septembre 2026 à 08:26

Rencontres africaines de la photographie : Les grands chantiers se dessinent

Le délégué général de la 15è édition et son équipe curatoriale ont fait l’état des lieux des sites retenus. Ils ont aussi échangé avec les responsables de ces structures sur la faisabilité des différents projets et les stratégies de mobilisation du public.

Par Amadou SOW


Publié mardi 15 septembre 2026 à 08:31

Théâtre : Le projet «éclat de plume» pour initier les jeunes

Le projet consiste à former 10 jeunes sur les 4 phases du théâtre; à savoir l’écriture, l’édition, jeux d’acteurs et création plus diffusion.

Par Amadou SOW


Publié mercredi 09 septembre 2026 à 09:15

Théâtre : Côté-cour restitue « les racines d’un même arbre »

C’est dans un décor animé par un grand arbre, implanté au beau milieu de la scène que l’Association culturelle Côté-cour a présenté samedi dernier, dans ses installations, « Les racines d’un même arbre »..

Par Amadou SOW


Publié mardi 01 septembre 2026 à 08:56

Taama Denw : Un pont entre les maliens

La tribune des Maliens du monde est une émission mensuelle de 45 minutes réalisée par notre confrère de la radio Altitude FM à Toulouse, Bakara Diallo. Dans cette production télévisuelle, la parole est donnée aux Maliens établis à l’extérieur.

Par Amadou SOW


Publié mardi 01 septembre 2026 à 08:53

La passion chevillée au corps

On pourrait penser que rien ne prédestinait Seydou Camara à la photographie surtout avec son cursus scolaire, mais c’est s’y méprendre parce que ce natif de Ségou, la 4è région du Mali, avait la passion de la photographie chevillée au corps et depuis sa tendre enfance..

Par Amadou SOW


Publié mercredi 19 août 2026 à 09:01

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner