Sur le vif: Les défis du souverainisme

La flamme du patriotisme est ravivée. Le souverainisme est au goût du jour. Les Africains sont bien décidés, cette fois-ci, à se débarrasser de toutes les influences et à devenir enfin maîtres chez eux. L’ambition est louable. Le programme quoique vaste et ardu, ne semble pas rebuter les nouveaux panafricanistes. C’est ce que laissent croire les proclamations à longueur de vidéos sur les réseaux sociaux.

Publié mardi 29 août 2023 à 07:58 , mis à jour dimanche 16 juin 2024 à 16:39
Sur le vif: Les défis du souverainisme

Il est grand temps en effet que les Africains songent à s’épanouir des tutelles infantilisantes qui ont longtemps maintenu le continent dans la position d’appendice du monde. La prise de conscience de la nocivité des influences extérieures est une étape importante vers l’affirmation de soi. Mais le fait est que cette prise de conscience ne date pas d’aujourd’hui. Elle a été le levain de la mobilisation pour l’indépendance.


Les mouvements de libération ont largement surfé sur l’aspiration des peuples à disposer d’eux-mêmes. À l’époque, la présence envahissante et humiliante des colonisateurs était facile à stigmatiser par les indépendantistes comme étant un frein au droit de l’homme noir à l’autodétermination. La culture des ressentiments contre les colonisateurs a favorisé le soulèvement des masses. 

Les indépendances ont été acquises, pour la plupart, dans une ferveur militante. Dans l’euphorie de la liberté retrouvée, peu de libérateurs se sont mués en bâtisseurs d’État authentiquement africains. Les nouveaux dirigeants ont tout simplement pris la place des colons, s’arrogeant les privilèges et oubliant de créer les conditions d’une vie meilleure pour les populations. Contre lesquelles les brimades ont continué ; les vexations et les humiliations n’ont pas disparu.

La suite des événements va démontrer que les colonisateurs s’étaient bien préparés à la décolonisation. En lieu et place d’une présence pesante, ils ont imaginé un autre système de domination plus subtile. Les mécanismes de gouvernance de la communauté internationale sont à leur avantage. Les règles du commerce international aussi.

Des médias puissants moulinent l’information dans le sens de leurs intérêts. La presse fait passer leurs agissements les plus injustes et les plus criminels comme étant conformes à l’ordre normal des choses. Le modèle occidental est présenté comme étant le meilleur. Et on tente de l’ériger en modèle universel.

Aujourd’hui, le nouveau mouvement panafricaniste est vent debout contre la domination étrangère. Réussira-t-il là où ont échoué les mouvements des années d’indépendance ? C’est-à-dire obtenir la libération véritable de l’Afrique. C’est possible à condition de tirer les leçons du passé.

Si les perspectives sont moins évidentes, la source de la fronde anti-domination étrangère est connue. Le vent de la révolte s’est levé et s’est renforcé dans les savanes maliennes avant de souffler comme l’harmattan vers les autres pays du Sahel. Cette nouvelle fronde est une manifestation de la crise politique et sécuritaire qui sévit dans notre pays depuis plus d’une décennie. Il traduit l’exaspération des Maliens devant les différentes solutions inopérantes proposées par la communauté internationale.


L’Accord pour la paix et la réconciliation, qui est la charpente du processus de paix, est perçue par nombre de nos compatriotes comme portant atteinte à l’unité nationale. Il met sur un pied d’égalité l’État malien et des mouvements armés indépendantistes dont les accointances avec les terroristes islamistes sont un secret de polichinelle. Cette dérive était prévisible au regard du contexte des négociations.

L’armée nationale venait d’échouer dans sa tentative de prendre Kidal par la force. Le gouvernement a donc négocié dans une position de faiblesse et presque le couteau sous la gorge.

Il est devenu plus clair par la suite que l’Accord pour la paix et la réconciliation était utilisé comme un instrument de la politique française consistant à faire perdurer la crise avec le soutien à certains groupes armés. La manifestation de cette politique était l’interdiction de la présence des forces de défense et de sécurité dans les zones considérées comme des bastions des indépendantistes.


La prétendue menace des massacres contre les populations civiles a servi de prétexte pour tenir une partie du territoire national hors du contrôle de l’armée nationale. Et la volonté ubuesque des Français de faire la distinction entre les indépendantistes et les islamistes a permis aux seconds de s’organiser et d’étendre leur réseau terroriste.

L’État malien a fini par se rendre compte que son partenaire stratégique lui plantait le couteau dans le dos par des accointances avec les groupes terroristes qu’il prétendait combattre. La demande du Mali pour présenter devant le Conseil de sécurité de l’Onu les preuves de cette traitrise de l’ancienne puissance coloniale reste lettre morte.

Les groupes terroristes ont largement bénéficié du traitement de l’information par les médias français. Les actions de l’armée malienne sont présentées systématiquement comme étant des opérations punitives contre les civils. Le jeu trouble est accrédité par les allégations des ONG, reprises abondamment par les médias sans aucune distance.

Les questions des droits de l’Homme sont devenues centrales dans le travail de la Minusma. Une bonne façon de clouer au pilori l’État malien à chaque réunion du Conseil de sécurité pour le renouvellement du mandat de la Mission onusienne. Les remarques et les complaintes des Maliens sont superbement ignorées quant à la façon dont est menée l’intervention de la communauté internationale. Le mépris est patent. Et l’humiliation insupportable.

Tant de manques de considération ont fait le lit des frustrations. Des frustrations auxquelles les autorités de la Transition ont su répondre avec un discours politique qui fait la part belle à l’honneur et à la dignité du peuple malien. La flamme de la ferveur patriotique est maintenue par la volonté de retrouver une estime et une considération que l’on estime perdues du fait des agissements de certains partenaires étrangers.

Rien d’étonnant que les Maliens acceptent de rester stoïques malgré les difficultés. Il appartient aux autorités de profiter de cet état de grâce pour construire un État solide, capable de sécuriser le territoire national. Les équipements acquis au profit de l’armée sont la preuve que le pouvoir est en train de consolider la colonne vertébrale de l’État.

Combler le vide sécuritaire créé par le départ des troupes étrangères (Barkhane et Minusma) est un test de crédibilité. Voilà pourquoi les autorités maliennes ont fait en sorte que les FAMa occupent le terrain au fur et à mesure de l’avancée du processus de rétrocession des camps de la Minusma.

Des groupes armés, bien que signataires de l’Accord, affichent leur volonté d’empêcher l’armée régulière de prendre possession de certains camps.


En dépit de leur adhésion au processus de paix, les groupes signataires cohabitent avec les terroristes dans ces zones où ils soumettent les populations à un racket lucratif.


Par exemple à Ber, selon nos sources, les divers groupes armés récoltaient des centaines de millions de Fcfa par mois en prélevant des taxes sur le trafic des marchandises et en encaissant les frais de traversée du Bac. On comprend dès lors, les cris d’orfraie dans les médias et les tentatives armées de s’opposer à l’installation des FAMa.

Leurs agissements sont contraires à l’unité nationale et nuisibles au bien-être des populations pour lesquelles ils prétendent se battre mais qu’ils tenter d’affamer en organisant des blocus. 

Malgré tout, le gouvernement reste attaché au processus de paix. Sa position a été réitérée par un communiqué publié hier par le ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, Chargé de l’Accord pour la paix et la réconciliation.


Le colonel-major Ismaël Wagué appelle les «frères des mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation à revenir à la table de négociations dans le processus de paix en vue de surmonter les défis actuels par la voie du dialogue». Le ministre Wagué ajoute que «le gouvernement reste attaché à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali ainsi qu’à l’Accord de cessez-le-feu du 24 mai 2014».

L’attachement au processus de paix n’enlève rien à l’obligation de l’État souverain du Mali d’affirmer son autorité. Les récentes livraisons de vivres à Kidal, Tombouctou, Taoudéni font partie de l’action globale allant dans ce sens. C’est un gage de sa crédibilité.

Brehima TOURE

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