Dissolution des partis politiques et PAG : Analyses éclairées de deux universitaires

Il s’agit de Dr Jean François Marie Camara et Dr Elhadji Boubacar Touré, tous deux enseignants-chercheurs à la Faculté de droit public de l’université Kurukanfuga de Bamako

Publié mardi 20 mai 2025 à 07:32
Dissolution des partis politiques et PAG :  Analyses éclairées de deux universitaires

De gauche à droite: Dr Jean François Marie Camara et Dr Elhadji Boubacar Touré

 


Le mardi 13 mai dernier, le Chef de l’État, le Général d’armée Assimi Goïta, a promulgué la Loi n°2025-005 du 13 mai 2025 portant abrogation de la Loi n°05-047 du 18 août 2005 portant Charte des partis politiques et de la Loi n°2015-007 du 4 mars 2015 portant statut de l’opposition politique. Le même jour, il a pris un décret portant dissolution de tous les partis politiques et organisations à caractère politique sur toute l’étendue du territoire national. Dr Jean François Marie Camara et Dr Elhadji Boubacar Touré se prononcent sur le sujet qui domine encore l’actualité dans notre pays. Ils abordent également la présentation du Plan d’action du gouvernement (PAG) que le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, a présenté devant le Conseil national de Transition (CNT).

Pour Dr Jean François Marie Camara, la dissolution des partis politiques et organisations à caractère politique dénote la volonté du gouvernement d’aller vers la redéfinition de notre contrat social. À ce propos, l’enseignant-chercheur en science politique à la Faculté des sciences administratives et politiques (Fsap) pense que les autorités doivent impliquer, cette fois-ci, toutes les forces vives de la Nation dans la refondation de notre système démocratique dans le sens du pluralisme.

L’universitaire signale que l´abrogation de la Charte des partis politiques doit être une opportunité pour tous les citoyens qui aspirent à participer au jeu politique. «Cette abrogation doit permettre de clarifier un certain nombre de choses, à savoir les conditions de création des partis politiques qui doivent être durcies», préconise-t-il. Il s’agit également, selon lui, d’expliquer clairement les fonctions des partis politiques et leurs conditions de dissolution. Sans oublier de déterminer qui peut être membre d’un parti politique et de fixer les modalités de financement public des structures politiques. 

Parlant du Plan d’action du gouvernement Abdoulaye Maïga, l´enseignant-chercheur rappelle qu’il est de coutume que le Premier ministre présente la vision du Chef de l’État et l’ensemble des membres de son équipe devant le Parlement. D’après Dr Jean François Marie Camara, le contexte socio-politique de notre pays a fortement changé depuis 4 ans. «Cela sous-entend que le Premier ministre doit rassurer nos concitoyens par rapport à l’installation d’un dialogue inclusif afin d’apaiser le climat social», analyse-t-il. 

 

ASSAINISSEMENT DE LA VIE POLITIQUE- Quant au Dr Elhadji Boubacar Touré, il soutient que cette mesure de dissolution permettra l’assainissement et la moralisation de la vie politique et de la gouvernance dans notre pays. L’enseignant-chercheur à la Faculté de droit public de l’université Kurukanfuga de Bamako estime que la dissolution des partis politiques et organisations à caractère politique est une décision hautement politique.

D’après lui, elle était attendue dans la mesure où depuis les consultations nationales dans le cadre de la relecture de la Charte des partis politiques, l’épée de Damoclès était suspendue sur les formations politiques. Il ajoutera que cette mesure était soupçonnée dans le sens où le Mali s’est retrouvé dans la Confédération des États du Sahel (Confédération AES) où il y a une sorte de destin lié. «Alors, on procède de la même manière», a-t-il expliqué. 


Pour l’universitaire, les réformes politiques souhaitées ne sauraient être mises en place avec la même structuration qui date de plus de trois décennies. «Je crois que le gouvernement a procédé méthodiquement mais surtout, il s’est servi des politiques pour communiquer à sa place. Toute la communication a été faite par les partis politiques qui ont préparé leur dissolution sans se rendre compte», estime le professeur de droit. En cette période où elles n’ont pas de moyens de pression, les entités politiques auraient dû s’éclipser, pense Dr Elhadji Boubacar Touré.

Selon lui, «en déclenchant un bras de fer avec les autorités en place, tout portait à croire que la dissolution allait venir». Cependant, nuance l’universitaire, la portée de cette mesure est dommageable pour la vie politique dans la mesure où elle interdit toute activité politique. Il ajoutera que beaucoup de libertés vont être restreintes, notamment la liberté politique, celle d’association et d’opinion.  Ensuite, l’enseignant-chercheur affirme que les conséquences de cette dissolution seront l’isolement de notre pays sur le plan international et la querelle intestinale (en sourdine) entre les autorités et des «hommes politiques» issus du mouvement démocratique. D’après Dr Elhadji Boubacar Touré, ceux-ci ne vont pas s’afficher en tant qu’hommes politiques mais continueront à mener des activités pour rétablir la vie politique dans notre pays. 

Toutefois, il dira que cette mesure permettra l’assainissement et la moralisation de la vie politique et de la gouvernance au Mali. Sans oublier la rationalisation des partis politiques et la mise en place d’un meilleur cadre d’encadrement légal avec des objectifs précis et évaluables.

S’agissant de la présentation du Plan d’action du gouvernement (2025-2026), Dr Elhadji Boubacar Touré signale que c’est un exercice constitutionnel qui prévoit que chaque Premier ministre présente la déclaration de sa politique générale. 

«C’est un élément important dans le contrôle de l’action gouvernementale», dit-il. D’après l’enseignant-chercheur, les autorités seront évaluées en fonction des objectifs prioritaires qu’elles auront annoncés lors de cet exercice. C’est aussi une boussole permettant de voir la direction de l’action gouvernementale et un thermomètre pour les citoyens afin de voir le degré de prise en charge de leurs besoins concrets du moment, détaille Dr Elhadji Boubacar Touré.

Bembablin DOUMBIA

Lire aussi : 35 ans de démocratie au Mali : Du sacrifice de 1991 à l’exigence de Refondation

Le 26 mars 1991 demeure une date charnière dans l’inconscient collectif malien..

Lire aussi : Célébration du 26 mars: La nécessité de consolider les acquis de la démocratie

26 mars 1991-26 mars 2026, cela fait 35 ans jour pour jour que le Mali commémore la révolution de son peuple pour l'accession à la démocratie..

Lire aussi : France : Le rappeur Maître Gims placé en garde à vue

L’auteur du tube «Je me tire» serait impliqué dans une affaire de blanchiment d’argent en bande organisée.

Lire aussi : Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ : L’espoir est permis en 2026

Le budget 2026 de ce temple de la culture est arrêté en recettes et en dépenses à la somme de 588 millions de Fcfa en 2026, contre environ 616 millions de Fcfa en 2025, soit une baisse de 4,6 %.

Lire aussi : Start-up au Mali : L’accompagnement des incubateurs, un levier pour les jeunes

Des initiatives existent, portées aussi bien par les pouvoirs publics que par les structures d’appui à l’entrepreneuriat. Toutefois, ces efforts demeurent insuffisants pour soutenir pleinement l’innovation.

Lire aussi : ONDD : 75 % des activités réalisées en 2025

Notre pays connaît une transition démographique caractérisée par une jeunesse nombreuse et dynamique. Cette réalité, accompagnée de politiques publiques adaptées, peut constituer un levier puissant pour réduire la pauvreté.

Les articles de l'auteur

Sécurité alimentaire : Une distribution de près de 20.000 tonnes de vivres prévue en 2026

Le gouvernement malien a partagé ce mercredi 25 mars, le Plan national de réponse à la sécurité alimentaire (PNR) 2026 avec les partenaires techniques et financiers impliqués dans les actions de sécurité alimentaire. La session organisée, à cet effet, s'est tenue au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mercredi 25 mars 2026 à 20:37

Aige : Huit agents distingués par la Nation

Au nom du Président de la Transition, le Grand chancelier des ordres nationaux, le Général de brigade Amadou Sagafourou Guèye, a procédé, hier au siège de l’Autorité indépendante de gestion des élections (Aige), à la décoration de huit agents de cette structure..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mercredi 25 mars 2026 à 08:46

Fête du Ramadan : Le Président Goïta prône la paix et le vivre ensemble

À la fin de la prière collective, jeudi dernier au Palais de Koulouba, le Général d’armée Assimi Goïta a salué l’initiative «Sunkalo solidarité» durant le mois béni et les efforts des Forces de défense et de sécurité pour la stabilité de notre pays.

Par Bembablin DOUMBIA


Publié lundi 23 mars 2026 à 08:19

Fête de Ramadan : Le Président Goïta prône le vivre ensemble dans le pays

A l'occasion de la fête de l´Aïd-el Fitr, communément appelée Fête de Ramadan, le Président de la Transition, le Général d'armée Assimi Goïta a participé, au Palais de Koulouba, à la prière collective..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié jeudi 19 mars 2026 à 11:54

Uemoa : le rapport annuel 2025 de la commission présenté aux parlementaires de l’Union

Le document dresse le bilan de l'année écoulée et partage les perspectives sur le processus d’intégration de l’union.

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mardi 17 mars 2026 à 08:29

Cercle de Yélimané : Les FAMa portent un coup dur aux groupes terroristes

L'État-major général des Armées informe que, dans le cadre des opérations de surveillance du territoire, ce samedi 14 mars, les vecteurs aériens des Forces armées maliennes (FAMa) ont pris en filature trois motocyclistes des groupes armés terroristes qui ont rejoint d'autres individus non loin de Sinewali dans le Cercle de Yélimané..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié dimanche 15 mars 2026 à 05:15

57è session ordinaire du Cip-Uemoa : une pile de recommandations pour renforcer l’intégration au sein de l’espace

Les travaux de la 57è session ordinaire du Comité interparlementaire de l’Union économique et monétaire Ouest africaine (Cip-Uemoa) se sont achevés ce samedi 14 mars à Bamako..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié samedi 14 mars 2026 à 16:46

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner