Édito: L’orpaillage et l’éboulement social silencieux de l’école

Lors de la session du Conseil des ministres du 5 mars dernier, le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goita est lui-même monté au créneau, et avec le gouvernement, il a eu la main lourde pour freiner les affres de l’exploitation minière artisanale, à la suite des évènements douloureux survenus à Danga (Cercle de Kangaba) et Bilalikoto (Cercle de Kéniéba).

Publié lundi 24 mars 2025 à 07:37
Édito: L’orpaillage et l’éboulement  social silencieux de l’école

L’on s’en souvient, ces drames ont endeuillé des dizaines de familles avec plusieurs victimes féminines. Parmi les mesures prises ce jour, on notait l’abrogation d’actes de nomination de responsables administratifs locaux, la suspension de permis d’exploitation de mines artisanales octroyés à des personnes étrangères ainsi que le lancement de la procédure de dissolution de la Commune de Dabia.

L’or, qui fait la gloire économique de notre pays, autant dans le passé qu’aujourd’hui, apporte également son lot de tristesse comme l’attestent les évènements évoqués plus haut. Pas que. Il y a les évènements qui font du bruit comme les éboulements de sites miniers aurifères, avec leur chapelet de morts et de blessés. Il y a aussi les conséquences silencieuses comme le montre notre reportage à Koflatié, à lire dans ce numéro.

À Koflatié, dans le Cer
cle de Kangaba, où s’est rendue notre équipe de reportage, les responsables administratifs, scolaires, des notabilités et chefs de famille se désolent du poids de l’orpaillage sur le système éducatif. Ici, ce sont des salles de classes de plus en plus vides, des scolaires drainés par leurs familles sur les sites d’orpaillage qui pullulent le cercle. Les chiffres sont effarants : 29.465 élèves ont abandonné l’école au niveau premier cycle, avec un taux d’abandon scolaire qui atteint la moyenne de 65% depuis 2003 pour les enfants âgés de 11 à 16 ans.

L’orpaillage artisanal très faiblement règlementé dans notre pays n’apporte pas que le bonheur au rythme de quelques onces découvertes et tamisées avec les moyens du bord. Chaque pépite découverte apporte par la main gauche quelques francs dans la famille mais détruit par la main droite un bras valide ou un futur cerveau pour le terroir ou la nation. Ce que nous appellerons un éboulement social silencieux de l’orpaillage traditionnel mérite une main encore plus lourde par nos hautes autorités pour sauver l’école dans ces parties de notre pays.

Car il s’agit des enfants, le Mali de demain, ceux pour qui la souveraineté est âprement défendue et qui vaut à notre Confédération AES de compter sur la carte diplomatique a
fricaine et mondiale. L’on sait, le Président de la Transition soucieux de la condition des enfants et des jeunes. Ce signal de Koflatié mérite d’être vite capté, car en plus du manque chronique d’enseignants et de salles de classes pour lequel les solutions sont en train d’être recherchées chaque an, la déperdition scolaire par le fait de l’orpaillage, vient enfoncer le doigt dans la plaie.

Le Code minier malien définit l’orpaillage comme «l’activité à petite échelle consistant à récupérer l'or contenu dans les gîtes primaires, alluvionnaires et éluvionnaires à l'intérieur d'un couloir d'exploitation artisanale par les procédés manuels associant des équipements rudimentaires, sans utilisation de produits chimiques, qui peut être indifféremment appelée orpaillage traditionnel ou orpaillage artisanal ou manuel, le tout désignant la même activité exercée dans un couloir d'exploitation artisanale».


 C’est dire que cette activité qui relève de la nuit des temps a évolué et donne lieu à l’utilisation de plus en plus de produits chimiques pour mimer l’exploitation industrielle, plus encadrée et plus maitrisée, qui protège le mineur. La réalité est amère : dans l’orpaillage, la mère et l’enfant allant chercher leur pitance finissent par trouver la potence. Cela se passe sous nos yeux. Au passage, l’on peut aussi évoquer le péril bleu de l’orpaillage sur nos cours d’eau à travers le dragage, comme l’a rappelé le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maiga, samedi dernier, lors de la cérémonie commémorative de la journée mondiale de l’Eau.


En dépit d’un Code minier assorti d’un Code du contenu local tous ambitieux et novateurs, l’orpaillage attend depuis des lustres à être encadré pour mieux profiter aux exploitants. Et pourtant les chiffres sont éloquents : la production nationale est estimée à 71 tonnes d’or, en 2019, dont 65,1 tonnes pour la production industrielle. En terme d’encadrement, la Chambre des mines attend toujours des pouvoirs publics un cadre réglementaire pouvant mener le secteur vers une organisation en coopératives comme c’est le cas au Pérou et dans d’autres pays où l’or compte parmi les ressources minières essentielles.


Il y a Koflatié, Danga, Bilalikoto et que dire des zones du Nord où une ruée vers l’or se développe au gré des sites découverts ? N’tahaka, Kidal, Tinzaoutène et leurs systèmes scolaires déjà en proie à l’hydre terroriste devraient être résilients pour éviter l’éboulement social silencieux de Koflatié. Dont ils doivent tirer tous les enseignements.

Alassane Souleymane

Lire aussi : Orange digital center : 350 jeunes diplômés prêts à relever les défis du numérique

En cinq ans, plus de 35.000 jeunes ont participé aux différents programmes de Digital center, dont 25.000 formés aux métiers du numérique. Et plus de 300 porteurs de projets et start-up ont bénéficié d'un accompagnement.

Lire aussi : Bamako : les risques d’inondations sont réels

À Missabougou-Koda, Taliko et dans plusieurs autres quartiers de la capitale, des familles vivent la peur au ventre. Dans ces endroits, les eaux de ruissellement envahissent les maisons, emportent des biens, détruisent des souvenirs et, parfois, fauchent des vies..

Lire aussi : Réforme du secteur de la justice : Le nouveau programme décennal de développement en cours de validation

L’Ecole nationale d’administration (ENA) abrite pour deux jours, un atelier de restitution et de validation technique du document consolidé du Programme décennal de développement du secteur de la justice (PDD-SJ) pour la période 2026-2035..

Lire aussi : Investissement dans le capital humain : L’Agefau consolide son partenariat avec les ministères en charge de l’éducation et de la formation

Les deux conventions ont été signées, hier, à la Primature sous la présidence du Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga. Entre 2018 et 2024, l’Agence a consacré près de 3,7 milliards de Fcfa aux infrastructures numériques dans les établissements scolaires et centres d.

Lire aussi : Orange Mali : Des offres enrichies pour plus de volume Internet

L’opérateur téléphonique a présenté, ce mercredi 22 juillet 2026 à Bamako, ses nouvelles offres et services visant à améliorer l’expérience des abonnés, avec notamment une augmentation du volume Internet, une baisse du coût des appels et de nouvelles solutions de divertissement..

Lire aussi : Libération du domaine public routier: Les opérations se poursuivent

​L’Agence nationale de la Sécurité routière (ANASER) et ses partenaires poursuivent les actions en vue de la libération des emprises du domaine public routier du District de Bamako et des capitales régionales..

Les articles de l'auteur

Finale du Mondial 2026 : La roja de yamal sur le toit du monde

Au MetLife Stadium de New York, le chronomètre affiche 90+7, ce dimanche soir de grande finale, au Mondial 2026. Le temps réglementaire de la finale Espagne–Argentine est terminé, nous sommes dans les arrêts de jeu..

Par Alassane Souleymane


Publié lundi 20 juillet 2026 à 10:10

Au Rebond : Messi-Yamal, l'héritage et le futur, en une finale

Si vous êtes un amoureux du ballon rond, et que vous êtes témoin ce dimanche de la finale de la Coupe du monde, dites-vous que le Dieu du football vous a béni. Il vous aura gratifié d'un pèlerinage virtuel à la Mecque du football. Et cette Mecque, ce sera un stade de New York presqu'inconnu du monde du football, se trouvant sur les terres d'un gigantesque pays, les USA, encore une nation modeste de ce qu'on appelle là-bas le soccer..

Par Alassane Souleymane


Publié vendredi 17 juillet 2026 à 16:49

À l’heure du Mali : La relation Maliano-Algérienne, comme dans l’ambiance du 17 mars 1962 à Koulouba

En début de soirée du vendredi 10 juillet, le communiqué 2026 003 du Gouvernement de la Transition a résonné dans l’opinion nationale comme une nouvelle venue du front d’Anéfis, cette localité stratégique où les Forces armées maliennes et leurs alliés venaient de remporter une victoire décisive contre la coalition terroriste..

Par Alassane Souleymane


Publié lundi 13 juillet 2026 à 08:31

À l’heure du Mali : Des attaques lâches devant un mur infranchissable de souveraineté

-.

Par Alassane Souleymane


Publié mardi 07 juillet 2026 à 10:19

À l’heure du Mali : L’immatériel au service du Mali Kura

-.

Par Alassane Souleymane


Publié mardi 23 juin 2026 à 10:18

À l’heure du Mali : « qui parle de l’Afrique ? »

Les terroristes, en attaquant constamment le Mali et la Confédération AES, veulent faire croire que Bamako ou toute autre ville de l’espace n’est pas fréquentable. Les quatre jours de la première édition du Forum panafricain des médias (FOPAME), tenus dans notre capitale, ont déconstruit cette image et montré aux participants étrangers, et à travers eux à leurs pays d’origine, que les Maliens sont debout, vivent et regardent l’avenir avec espoir..

Par Alassane Souleymane


Publié lundi 08 juin 2026 à 09:39

À l’heure du Mali : Mouton de Tabaski et non de panurge

Le mercredi 27 mai, la communauté musulmane de notre pays célébrera l’Aïd El-Kébir, communément appelée fête de Tabaski. Elle intervient dans un contexte encore marqué par les attaques lâches du 25 avril dernier et nous rappelle le sacrifice de nos martyrs, ainsi que la nécessité de resserrer les rangs face à l’ennemi terroriste..

Par Alassane Souleymane


Publié mardi 26 mai 2026 à 11:44

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner