Recherche et innovation : Le financement, le parent pauvre

De nombreux chercheurs sont conscients des difficultés à financer les protocoles de recherche. Le Fonds complétif pour l’innovation et la recherche technologique (Fcrit) qui devrait apporter un véritable bol d’air tarde à satisfaire les postulants

Publié lundi 13 novembre 2023 à 06:13
Recherche et innovation : Le financement, le parent pauvre

Les enseignants-chercheurs à l’ouverture des journées de recherche

 

 

La problématique du financement de la recherche est un vieux serpent de mer. Un prestigieux chercheur qui faisait autorité dans la discipline aimait répéter à qui voulait l’entendre que parler des difficultés de financement de la recherche était simplement un faux-fuyant (en tout cas dans la plupart des cas). Ce chercheur qui n’est plus de ce monde expliquait en substance qu’on a forcément le financement lorsqu’on est bon. Son avis est probablement très proche de la réalité. Cet avis doit être nuancé, car certains chercheurs ou instituts de recherche sont souvent confrontés à cette triste réalité.

Réalité à laquelle les États essaient de trouver des solutions endogènes adaptées. Ils sont conscients que la recherche est un impératif de développement. À égard, les autorités maliennes ont mis en place le Fonds complétif pour l’innovation et la recherche technologique (Fcrit), institué à la suite du sommet de l’Union africaine (UA) en janvier 2007. Lors de ce grand rendez-vous africain, les chefs d’État et de gouvernement avaient demandé aux pays membres de l’organisation panafricaine de consacrer d’ici 2020 au moins 1% de leur Produit intérieur brut (PIB) à la recherche et au développement.

 On est encore loin de cette aspiration dans notre pays qui ne consacre que 0,2% de ses recettes fiscales au Fcrit, alimenté par une subvention de l’État, soit 2 milliards de Fcfa. Ce qui suffit pour se rendre compte que le financement de la recherche est un véritable casse-tête au Mali. La question du sous-financement de la recherche était au cœur des Journées de la recherche et de l’innovation sur lesquelles les lampions se sont éteints vendredi dernier.


Une session a porté sur la thématique : «Le financement de la recherche en sciences sociales au Mali : problèmes et réalités». Au cours d’un panel qu’il a animé, le recteur de l’Université des lettres et des sciences humaines de Bamako (ULSHB), Pr Idrissa Soïba Traoré, a déclaré que la recherche dans les Institutions d’enseignement supérieur (IES) reste solitaire et timide. Elle est le parent pauvre dans les IES qui tardent à avoir le financement du Fcrit, a souligné l’universitaire.

Pour le recteur, la Politique de la recherche et de l’innovation doit composer avec la construction d’un espace malien de recherche devant servir de lieu de coordination, d’intégration partielle des politiques, des financements et de circulation des savoirs et des chercheurs. Il a aussi déploré le fait que beaucoup de recherches fondamentales sont aujourd’hui peu usitées. Du coup, les sciences sociales sont dans la tourmente, car les financements ne viennent pas dans les universités, a constaté Pr Idrissa Soïba Traoré qui reconnaît aussi que les institutions de recherche en sciences sociales et humaines produisent peu.

De ce fait, elles participent de façon peu significative aux échanges internationaux en raison de leur faible développement et efforts insuffisants de valorisation. Selon notre interlocuteur, cette extrême faiblesse est liée également au fait que le renouvellement du personnel de recherche a été négligé en même temps que la formation des postulants au métier de chercheur. La production de nouvelles connaissances doit être un souci permanent d’un État qui aspire à un développement participatif, intégré, harmonieux et consolidé. L’appui à la recherche doit être séparé de celui accordé à l’innovation industrielle dans les dépenses publiques, pense le recteur de l’ULSHB. Pour Pr Idrissa Soïba Traoré, la coopération interuniversitaire nationale et internationale n’est pas très affirmée et percutante. Il y a blocage aux initiatives communes en matière de recherche, a-t-il interpellé.


La recherche universitaire doit être prédominante. Pour favoriser une relance de la recherche de financement de la recherche en sciences sociales, le recteur de l’ULSHB propose de mutualiser les efforts sur les différents programmes gérés au niveau individuel ou par nos entités, agir dans un cadre pluridisciplinaire, transdisciplinaire et interdisciplinaire. Il suggère de valoriser nos recherches dans les enseignements, d’équiper les bibliothèques. Mais aussi de mettre les IES au cœur des politiques publiques, transformer le  Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) en Agence nationale de la recherche.

Des chercheurs proposent au gouvernement de prélever des taxes sur certains produits comme les boissons alcooliques pour financer la recherche à 15%. La chercheuse à l’Institut d’économie rurale (IER), Dr Yara Koréissi Dembélé, souhaite que le quota du Fcrit augmente de 0,2% à 1%. «Si on mettait les recommandations du colloque en œuvre, la recherche et l’innovation technologique du Mali pourraient avancer», estime la chercheuse qui révélera que 15% des chercheurs à l’IER sont des femmes.

Ce qui pourrait stimuler davantage le fait de mettre l’accent sur l’orientation des femmes vers la science. Mme Yara Koréissi Dembélé souligne que les contraintes sociales, culturelles et conjugales sont des difficultés qui entrainent les femmes à être d’éminentes chercheuses. Elle reconnaît que les Journées de la recherche et de l’innovation ont permis aux scientifiques, innovateurs, entrepreneurs et utilisateurs des résultats des recherches scientifiques et aux femmes d’échanger sur des préoccupations essentielles, mais surtout de s’exprimer. «Au cours des panels, j’ai bien compris le système national de financement de la recherche», confiera la chercheuse.

Son collègue chercheur, Dr Kalifa Traoré, soutient que les thèmes des Journées de la recherche et de l’innovation étaient d’actualité et tous les domaines ont été touchés. Les chercheurs ont appris et acquis de nouvelles connaissances les uns auprès des autres. Le rendez-vous scientifique a tenu toutes ses promesses, juge Dr Kalifa Traoré.


Sidi WAGUE

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