Gestion des déchets à Bamako : La carotte ou le bâton ?

Malgré l’existence d’une Politique nationale d’assainissement (PNA), notre cadre de vie reste globalement insalubre. Pour inverser la courbe, il faut nécessairement éduquer, sensibiliser… mais aussi sévir

Publié jeudi 05 octobre 2023 à 07:55 , mis à jour jeudi 20 juin 2024 à 21:01
Gestion des déchets à Bamako : La carotte ou le bâton ?

Vivre dans un environnement sain est un droit constitutionnel au Mali. Cela confère à chaque citoyen, la jouissance d’un cadre de vie amélioré, exempté de vecteurs de maladies tels que les déchets solides, liquides, biomédicaux et gazeux. C’est pour matérialiser ce droit que l’État a adopté en 2009 la Politique nationale d’assainissement (PNA). C’est un document stratégique en matière d’assainissement au Mali.


Il associe cinq stratégies sectorielles spécifiques aux déchets solides, déchets liquides, déchets spéciaux, eaux pluviales, et au transfert de compétences aux collectivités territoriales. La PNA s’adosse à la Politique de protection de l’environnement (PNPE) de 1998, relue et adoptée par le décret n°2019-0954/P-RM du 05 décembre 2019. Sa légitimité se trouve dans son alignement au Cadre stratégique pour la relance économique et de développement durable (Credd).

Sa mise en œuvre prévoyait un maillage géographique en infrastructures d’assainissement, composées de 120 dépôts de transit dans le District de Bamako (20 dépôts par commune). Ce sont des espaces dédiés au stockage temporaire des déchets en vue de leur évacuation vers les décharges finales. Quatre sites (Samanko, Noumoubougou, Dialakorobougou et Fougadougou) avaient été affectés à cet effet. Sur ces prévisions, on enregistre pour le moment un seul centre d’enfouissement technique (CET) fonctionnel au Mali. Il est situé dans la ville de Sikasso. Pour ce qui est de la décharge de Noumoubougou, elle n’est pas complètement opérationnelle. Au-delà des nombreuses difficultés de fonctionnement qu’elle connait, l’accès à cette infrastructure est obstrué impunément par la construction d’un bâtiment appartenant à un particulier, signalent les services en charge de sa gestion. 

Par ailleurs, cette seule structure de Noumoubougou «ne répond pas aux normes techniques d’une décharge», affirme le directeur des services urbains de voirie et d’assainissement (DSUVA), Oumar Konaté. Pour assurer le service d’évacuation des ordures en dehors de la capitale, son service négocie avec des propriétaires de champs qui acceptent d’accueillir les chargements pour en faire du fertilisant. Toute chose qui n’est pas sans conséquences pour les cultures, puisque les déchets ne sont pas triés.

 

Moyens rudimentaires - À la question de savoir pourquoi en tant qu’acteur clé du processus, la DSUVA n’intervient pas efficacement dans la gestion des déchets ? Son premier responsable nous répond que son degré d’implication dépend des moyens mis en sa disposition. À titre d’exemple, il cite la ville de Bamako qui produit 4.000 m3 de déchets par jour. Il  faut 10 rotations de camions (une rotation  équivaut à un aller-retour d’un camion) par jour pour évacuer la totalité des dépôts de transit. «Mais, pour cela, je n’ai en ma disposition que de 12 camions, soit une capacité de 2 rotations par jour, en raison de 427 m3 par rotation», regrette Oumar Konaté.

Plus grande est l’amertume de Mariam Sanogo. Celle qui réside à Niamakoro en Commune VI, résume bien cette conséquence. En pointant du doigt un tas d’ordures devant sa porte, elle se plaint de la qualité des prestations des services de ramassage des déchets au niveau des ménages. Cette tâche est assurée pour la plupart, par des particuliers ou des Groupements d’intérêt économique (GIE) évoluant en grande partie dans l’informel. «Dix jours sont passés sans qu’ils ne viennent ramasser», lance-t-elle en colère.

Mais, les moyens de collecte dont ils disposent sont inefficaces. Ce sont des moyens rudimentaires composés de charrettes à traction animale. Le ramassage se fait de porte à porte avec un paiement immédiat. «Dans ces conditions, il ne peut pas y avoir un travail satisfaisant», console un passant. «Ce n’est plus le temps où les GIE  étaient bien organisés, avec des délais de ramassage bien précis sur la base de contrat», rappelle Bamadou Sidibé, président du Collectif des groupements intervenant dans l’assainissement au Mali (COGIAM) et fondateur du GIE Saniya Magnambougou. Selon lui, à ce jour, il n’existe que deux dépôts de transit opérationnel. «Dans le temps, nous travaillions 6 jours sur 7. Mais aujourd’hui, le service n’est plus régulier. C’est le sauve qui peut !  Chacun se cache pour chercher un endroit où décharger ses immondices à l’abri des regards», confie le promoteur.

 

Imposition financière- «Comment peut-on comprendre que depuis l’indépendance jusqu’à la date d’aujourd’hui, Bamako n’a pas de décharge finale digne de ce nom», s’interroge un usager ? Pour lui, la situation d’insalubrité chronique dans laquelle nous nous trouvons est imputable aussi bien à l’insuffisance des infrastructures d’assainissement qu’à l’incivisme de la population et le manque de rigueur des autorités. « Parce qu’au plan financier, des ressources existent», argue-t-il.


Il cite, à cet effet, le principe du pollueur payeur qui contribue financièrement à la prise en charge du traitement des déchets. Il s’agit de la taxe de voirie qui coûte 3.000 Fcfa par habitant et par an. Il y a aussi la taxe de développement régional et local (TDRL) qui coûte également 3.000 Fcfa. Elle s’impose aux individus âgés de 14 à 60 ans résidant dans le District de Bamako et qui sont susceptibles de travailler. Ces fonds sont reversés aux collectivités pour leur permettre de réaliser leur programme d’assainissement et de développement rural. Il faut reconnaître que seulement un tiers de la population est à jour dans le paiement de ces taxes, selon les statistiques.

De l’analyse de la cheffe de section des déchets solides à la direction nationale du contrôle des pollutions et nuisances (DNCPN), Mme Clissé Aïssata Coulibaly, il existe des récalcitrants. Ceux-ci refusent de respecter les règles établies juridiquement et socialement. Elle est convaincue que la solution passe par les sanctions. C’est pourquoi, elle préconise l’application de la loi dans toute sa rigueur pour mettre les gens au pas en matière d’assainissement. Il faut aussi utiliser l’imposition financière comme arme de dissuasion, en renforçant les amendes, les pénalités et les contraventions et la sensibilisation pour un changement de comportement. «C’est à ce prix-là que nous pouvons gagner un jour, le combat contre l’insalubrité dans notre pays», estime la technicienne.

Les résultats attendus de la PNA n’ont pas été atteints. Elle doit être relue aux regards des diverses évolutions internationales et nationales intervenues dans le sous-secteur. Il faut qu’il y ait une volonté politique affichée pour la réalisation des infrastructures de gestion des déchets dans le District de Bamako, qu’ils soient solides ou liquides.

Kadiatou OUATTARA

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